Le temps pascal que nous vivons jusqu’à la Pentecôte est un temps de grâce où nous sommes tout entourés de la résurrection de Jésus, mais c’est aussi un temps d’interrogation qui nous remet devant notre capacité d’aimer.  S’aimer soi-même avant tout, aussi aimer les autres et surtout retrouver notre amour de Dieu lui-même.

Nous l’avons entendu dans le livre des actes des apôtres, la résurrection de Jésus est vécue différemment par chaque chrétien en fonction de son origine, pourtant qui que nous soyons, elle nous donne de porter un regard nouveau sur le Christ et aussi sur nous-mêmes.  Oui, nous croyons que le Christ est vivant; mais nous autres, croyons-nous vraiment que nous sommes des vivants? Comment vivons-nous avec notre différence ? Notre corps? Nos sentiments? Nos faiblesses? Nos dons?  Ce ne sont pas des questions théoriques car chacun de nous a une réponse intime, une réponse provisoire sans doute, mais heureusement une réponse originale.  Chacun, en effet, vit  une solitude unique qui est difficile à assumer si elle est vécue comme un isolement.  Mais si nous pouvons dire notre solitude à quelqu’un, même l’exprimer à nous-mêmes,(par l’écriture, l’art, le dessin, la peinture, la musique ou aussi par la prière), alors elle devient un dialogue et peut nous sortir de la prison qui nous isolait.  Je crois que la résurrection de Jésus vient nous sortir de l’enfermement que peut créer l’isolement, pour nous ouvrir à la conscience de qui nous sommes et à la connaissance de nous-mêmes.

Ensuite, la résurrection de Jésus nous donne aussi de porter un regard nouveau sur l’autre.  L’autre, qu’il soit proche ou plus lointain, est toujours différent de moi.  Je pourrais me dire que ce serait plus facile de l’aimer si je le connaissais mieux, si je le comprenais mieux.  À première vue c’est vrai.  Mais ne risquerions-nous pas de mettre plus facilement la main sur sa liberté si nous voulons le cerner complètement?

« Com-prendre » quelqu’un, n’est-ce pas aussi risquer de vouloir se l’approprier »?

Rappelez-vous: Marie-Madeleine a dû accepter de se dessaisir de Jésus pour le rencontrer avec un visage qu’elle ne lui connaissait pas.  Elle ne reconnaissait pas Jésus quand elle l’a vu en tenue de jardiner à côté du tombeau vide.  Elle a dû être reconnue elle-même pour se retourner et découvrir à son tour que Jésus l’appelait. Quand vous êtes dans la rue et quelqu’un crie votre prénom (« fr Renaud! ») de suite on se sent touché, on se retourne.

Comme Marie-Madeleine a mis du temps pour se détacher de son Seigneur qu’elle cherchait un peu fébrilement après sa mort, nous devons aussi accepter de nous détacher de l’autre pour lui appartenir d’une manière nouvelle.  C’est quand une personne nous quitte que nous nous rendons compte du prix qu’avait sa présence à nos côtés.

Sortir de l’attachement à l’autre pour vivre l’appartenance, c’est sans doute ce chemin vers l’autre que nous indique la résurrection de Jésus.

Après avoir renouvelé notre regard sur nous-mêmes, puis sur l’autre, la résurrection de Jésus renouvelle enfin notre amour envers Dieu lui-même.  Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous irons demeurer auprès de lui, disait Jésus.

C’est la fidélité à la parole de Dieu qui nous permet d’entrer dans  son intimité en le respectant.  Mais elle est aussi l’occasion de laisser Dieu venir demeurer en nous. Jésus disait dans l’évangile : je m’en vais mais je reviens vers vous. Oui, Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes et il nous aide à grandir dans l’acceptation de notre fragilité, de nos pauvretés, et de notre étonnement devant sa résurrection.  Parce que Dieu est ressuscité, nous croyons qu’il nous donnera la joie de découvrir enfin ce que signifie aimer et être fidèle.

Fr. Pierre Gabriel