Lumière ! Gloire ! renommée ! des foules de chameaux, de dromadaires, apportant de l’or, de l’encens… « Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira, se dilatera » !

Quelle prophétie merveilleuse, chers frères et sœurs, que ce grand chapitre 60 d’Isaïe ! Il faut le relire en entier, 22 versets ! Quelle plénitude ! Et il concerne Sion, Jérusalem, le Temple et tous ses ornements en or, en argent !

On lit cela aujourd’hui avec cette haute conscience que cette prophétie s’est accomplie à la lettre quand sont venus les mages de l’Orient ! Notons le paradoxe : ces mages viennent mais passent Jérusalem et vont jusqu’au petit bourg de Bethléem, « le plus petit des clans de Juda », comme il est écrit dans le livre du prophète Michée ! Et ils viennent voir un bébé, un nouveau-né, assez minable, sans gloire aucune ! Et pourtant : « Debout, Jérusalem, elle est venue ta lumière et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi ! » La liturgie nous fait faire des bonds de joie ! entrons dans la danse, jubilons !

Paul dans la deuxième lecture est lui-même comme en transe : il a compris des choses restées cachées si longtemps, voilées depuis des siècles, mystérieuses, mais qui maintenant se révèlent, se dévoilent en une épiphanie merveilleuse. Car les païens, les goyim si souvent déconsidérés dans toute la tradition, les voici qu’ils sont à l’honneur, qu’ils entrent dans le corps, dans l’héritage, et qu’ils sont associés à la même Promesse du Messie Jésus par l’annonce de l’Evangile ! Quelque chose éclate désormais : une ouverture universelle, annoncée depuis les toutes premières promesses messianiques à Abraham mais enfin réalisées sous nos yeux, dit-il.

Aujourd’hui la fête de Noël éclate dans sa largeur universaliste. Ce que Luc nous avait décrit dans une étable, de nuit, avec quelques pauvres témoins que furent les bergers, voici que Matthieu l’expose en faisant venir de l’orient lointain des magoi, des mages, des sages qui ont scruté le ciel et aperçu dans les étoiles le nouveau advenu sur terre. Ils partent donc guidée par une étoile. Ils interrogent le roi Hérode à Jérusalem qui du coup frémit, s’inquiète, interroge les savants pour apprendre que de fait un roi messianique naîtrait un jour à Bethléem ! C’est écrit ! L’universel du langage des étoiles trouve sa confirmation dans le particulier du livre des prophéties. Les mages reprennent leur route, ils voient, ils adorent, ils offrent ce qu’ils ont emmenés : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Agenouillons-nous à notre tour, dans notre cœur, tels que nous sommes devant cette Epiphanie de Dieu, contemplé dans la fragilité d’un nouveau-né. Qu’avons-nous à offrir ? Qui sommes-nous d’abord ? Bergers avec des moutons et un jeu de flûte, de pipeau ou d’orgue ? sommes-nous des rois avec de l’or ? des prêtres avec de l’encens ? des embaumeuses avec de la myrrhe pour le jour du trépas ?

Notre P. Michel Coune, décédé il y a dix ans déjà, avait des élans poétiques et une fantaisie capable de rejoindre l’enfant au fond de chacun de nous. Il a raconté au moins une dizaine de récits de Noël, inventés ou recopiés d’autres narrateurs populaires. Il raconte que voici qu’un homme bien mis s’approche de la crèche. Il a enlevé poliment son chapeau et a regardé. Il était un peu raide pour s’agenouiller, mais de ses lunettes il regardait tant et plus. Or soudain l’enfant se mit à parler ! Oui à lui parler. Ce fils de Salomon lui lança un vieux proverbe de son ancêtre : « Donne-moi ton cœur ! Donne-moi ton cœur ! » Le brave homme n’y comprenait rien, mais que faire, que dire, il entra dans son par-dessus et fouilla jusqu’à retrouver cet organe un peu gluant, plein de graisse et de cholestérol, et le présenta à l’enfant qui le prit aussitôt dans ses deux petites mains, et commença à frictionner et sucer et masser ce cœur engourdi. Le bonhomme n’en croyait pas ses yeux et l’enfant n’avait de cesse… Enfin il remit, tel un jouet, ce cœur dans la main du monsieur qui précautionneusement le remit derrière son par-dessus comme dans une poche intérieure : le cœur au bon endroit ! Et voilà que ce cœur battait, oui bondissait de joie ! Il ne se reconnaissait plus, il pleurait de joie, lui qui avait désappris ce qu’étaient les larmes ! je ne vous raconte pas la surprise que vous pouvez vous imaginer quand sa femme l’a vu rentrer à la maison. « Mais il est fou ! mais ce n’est plus même ! C’est ça mon homme ? »

Eh ! voilà. Célébrons l’Epiphanie. Et rentrons comme les sages par un autre chemin à la maison. Que tous puissent dire : ce n’est plus le même ! Que tous découvrent que l’Humilité de Dieu guérit l’homme, quel qu’il soit, et engendre une humanité nouvelle, joyeuse, solidaire, capable de miséricorde au nom même du Dieu miséricordieux révélé en Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen !

Dieu s’est manifesté. Il est Epiphanie : lumière née de la lumière. Confessons-le, avec joie et confiance.

Fr. Benoît Standaert