La gratuité du don de Dieu

Jésus marche vers Jérusalem. On sait ce qui l’attend au bout du chemin de croix. Sur la route il a rencontré des foules qu’il a enseignées au sujet du règne de Dieu, il a guéri des malades, il a mangé avec des publicains et des pécheurs… Ses disciples, semble-t-il, commencent à comprendre. Ils viennent de lui demander de faire grandir en eux la foi. Ils vont trouver ici un exemple de confiance et de foi. Un exemple surprenant, car il vient de quelqu’un qui est considéré par les Juifs comme un frère ennemi, un étranger, un Samaritain. Que nous dit cette histoire à propos de Dieu, et de notre relation à lui ?

Voici donc dix lépreux à l’entrée d’un village. A distance, comme le prévoit la loi, car cette maladie très contagieuse ne pouvait pas être guérie comme de nos jours. Plus largement, en parlant de la lèpre, la Bible évoque ce qui détruit la vie à petit feu, ce qui ronge l’humanité. Malheur applicable à de multiples situations. C’est de ces maux que Dieu veut guérir l’humanité. Il n’y a pas de frontières à cette volonté de salut. La première lecture nous montrait un général syrien, Naaman, guéri lui aussi de la lèpre par le prophète Elisée. On croit rêver : imaginer de nos jours un syrien et un palestinien guéris par un juif… C’est heureusement ce qui se passe en certains lieux. On n’enchaîne pas la parole de Dieu, dit la lettre à Timothée. Mais l’intention est ici de nous dire que le salut est pour tous. A quelle condition et suivant quelles étapes ?

Demander

La première démarche est de se tourner vers le Seigneur. « Jésus, maître, prends pitié de nous » crient les lépreux venant à sa rencontre. C’est ce que nous faisons au début de la messe. Naaman avait fait de même en se rendant en Israël avec toutes sortes de cadeaux. Il accédera plus tard à la foi au Dieu unique. Mais le premier mouvement est le même : venir vers le maître avec confiance. Nous ne sommes pas les seuls maîtres de notre vie. N’ayons pas peur de demander…

Écouter

Ensuite c’est l’écoute de la Parole. Surprenante, parce qu’elle ne répond pas à l’attente immédiate. Ils attendaient tous, vraisemblablement, un geste magique de l’homme de Dieu. Pas de magie. Au contraire, quelque chose de très simple : « va te baigner dans le Jourdain », « allez vous montrer aux prêtres » (ceux-ci avaient la charge de constater la guérison et de réintégrer à la communauté). Rien de spectaculaire donc. Déception ? Pour les lépreux, on ne le dit pas. Ce qui est sûr, c’est que tous obéissent. Et c’est alors qu’ils sont guéris.

Rendre grâce

« Dieu dit, et ce fut ainsi… ». Dès la première page de la Bible, dès le commencement, la Parole du Seigneur est source de vie, elle ne peut que conduire l’humanité vers le bonheur. Elle est dès lors à l’origine de la joie et de l’émerveillement. L’amour de Dieu n’est pas emprisonné dans des catéchismes, des dogmes ou des rites. Au contraire, il dépasse toutes les frontières : c’est un syrien qui offre des présents pour dire sa gratitude – mais le prophète refuse, car les dons de Dieu sont gratuits -, et c’est un samaritain qui vient remercier Jésus et rendre gloire à Dieu. Cette reconnaissance n’est-elle pas normale ? Oui, mais au temps de Jésus, les prescriptions religieuses étouffaient chez certains juifs leur âme d’enfant. La nôtre est menacée par une société blasée. Si nous étions conséquents avec notre foi en Christ ressuscité, toute notre vie serait action de grâce, eucharistie…

Relève-toi et va !

Ce n’est pas terminé. Nous sommes encore sur terre et le salut n’est pas complet, le royaume de Dieu n’est pas achevé. Naaman, naïf et merveilleux, emporte dans son pays un peu de terre d’Israël. Au lépreux guéri qui se prosterne à ses pieds, Jésus dit : « relève-toi et va ! ». Un mot de résurrection, un appel à vivre en homme debout, un envoi qui empêche de rester collé au Seigneur et à son autel. La joie et la paix qui envahissent ceux qui se savent sauvés doivent rayonner autour d’eux. C’est une mission essentielle qui nous est confiée à la fin de la messe d’aller répandre dans le monde la paix du Christ.

Abbé René Rouschop