La grâce de Dieu

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes… Il vient celui qui est plus fort que moi : lui vous baptisera dans l’Esprit Saint ». Le baptême de Jésus est l’occasion de faire le point sur notre relation avec lui, et sur notre propre baptême.

« Jésus, c’est qui pour toi ? » Cette question m’a été posée il y a quelque temps déjà par un garçon d’une dizaine d’années à l’esprit particulièrement vif. Pris de court, j’ai répondu à peu près « c’est celui qui me montre qui est Dieu ».  ‘Voici votre Dieu’ annonçait le prophète, sans savoir très bien ce qu’il disait – mais il était inspiré par l’Esprit Saint. ‘Dieu, personne ne l’a jamais vu, avons-nous entendu le jour de Noël, le Fils unique, c’est lui qui nous l’a fait connaître’.

Au-dessus du Jourdain – lieu symbolique : c’est le dernier passage des Hébreux vers la Terre promise – ,  le ciel s’ouvre lors du baptême de Jésus. Sa venue ouvre une brèche dans un ciel plombé qui empêchait l’humanité d’accéder à une juste connaissance de Dieu : l’invisible, l’inconnaissable, celui dont on ne pouvait même pas prononcer le nom dans la meilleure des approches terrestres, celle du monde juif.

Une colombe descend sur celui qui est immergé au plus profond de la condition humaine : cette colombe au-dessus des eaux  rappelle le souffle de Dieu qui au commencement planait sur les eaux. C’est la colombe de Noé après le déluge pour une nouvelle création. Voici l’alliance nouvelle et éternelle dans l’Esprit Saint qui remplit toute la vie de Jésus. Et la voix céleste ajoute : ‘Toi, tu es mon fils bien-aimé’. Tout est dit. Dieu est là. Nous n’avons plus à chercher ailleurs… La suite de l’Evangile nous dira comment ce Dieu-là se comporte quand il entre dans la peau d’un homme…

Pas un club

A nous aussi il a été dit lors de notre baptême : « tu es mon fils – ma fille… bien-aimé(e) » ‘Par le bain du baptême, dit l’apôtre à son collaborateur Tite, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint’. Notre baptême n’est donc pas une simple inscription à un club, fût-ce un club chrétien. On m’a proposé récemment d’entrer dans un club de marcheurs. On a le choix de participer à telle ou telle marche… Etre baptisé, ce n’est pas avoir la possibilité de venir à l’église de temps en temps. C’est recevoir la marque du feu de l’Esprit Saint qui nous fait participer à la vie même du Christ. Une vie nouvelle. Et cela entraine des conséquences pratiques. Je voudrais seulement en citer deux.

La première vient d’une petite remarque qui est propre à St Luc dans le récit du baptême. Il écrit : ‘après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait’…C’est à ce moment-là que le ciel s’ouvre et que l’Esprit descend. A plus forte raison nous aussi, après avoir été baptisés, nous faut-il prier et nous ouvrir ainsi davantage à l’Esprit Saint. Peu importe la manière, l’essentiel est de prier. S’ouvrir à Dieu, lui parler, et surtout l’écouter. Nous mettre à l’écoute de sa Parole, seul et en communauté. Cultiver notre attachement personnel au Christ comme on aime rencontrer un ami, l’entendre dire ce qui lui est arrivé, lui raconter les événements de notre vie, échanger au sujet de l’actualité – ou simplement se taire parce qu’on est bien ensemble…

Ma deuxième remarque – ceci n’a rien d’exhaustif – concerne le regard que nous portons les uns sur les autres. Eux aussi, quels qu’ils soient, sont des humains, fils et filles de Dieu. Le pape François, dans son message pour la journée mondiale de la Paix le 1 janvier, invite à vaincre l’indifférence pour conquérir la paix. « Avec le jubilé de la miséricorde, écrit-il, je veux inviter l’Eglise à prier et à travailler pour que tout chrétien puisse mûrir un cœur humble et compatissant, capable d’annoncer et de témoigner la miséricorde, de pardonner et de donner… »  ‘Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux’  dira Jésus. Et la lettre à Tite que nous venons d’entendre : ‘Dieu nous a sauvés, non pas à cause de nos propres actes, mais par sa miséricorde… La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes’

« Seigneur Jésus, (c’est la prière du pape pour cette année sainte), tu es le visage visible du Père invisible…Que ton amour se déverse sur chacun de nous et ouvre notre cœur aux cris, aux souffrances et aux espérances de nos frères et sœurs proches et lointains. Nous témoignerons ainsi que tous les hommes ont du prix et sont aimés par notre Père Miséricordieux. Amen ! »

 Abbé René Rouschop