« Maître que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle? »

La parabole du Bon Samaritain nous montre Jésus à l’oeuvre sur le terrain.  À cette question posée par un docteur de la loi, c’est-à-dire un intellectuel de l’époque, Jésus l’invite tout d’abord à poser un regard lucide sur son environnement religieux, sur ses règles et sa pratique.  Mais il ne veut pas en rester au stade d’une critique extérieure; il propose aussi un comportement différent, un regard neuf sur le comportement entre les hommes.

La question du docteur de la loi à Jésus est le genre de question qui devait donner lieu à des discussions interminables entre les spécialistes de l’époque… comme plus tard aussi entre les chrétiens.  Comment faire pour avoir part à la vie éternelle? Comment être un bon chrétien ?

Pour Jésus, il ne s’agit pas de se laisser entraîner dans une dialectique oiseuse mais de déboucher aussi vite que possible sur un agir.: « Dans la loi qu’y a-t-il d’écrit? demanda Jésus.  Le docteur répondit: Aimer le Seigneur Dieu et son prochain. Fais ainsi et tu auras la vie. Lui dit Jésus.  Et le légiste d’insister et de poser une question supplémentaire: Qui est mon prochain?  Cette question va permettre à Jésus de sortir de la logique doctrinale en proposant une vision neuve de la relation entre les hommes, une vision non légaliste mais personnelle. Qui se fait proche de moi?

Jésus oriente d’abord notre regard sur la situation à vivre.  Il ne s’agit plus de se demander ce qu’il faut faire pour avoir en héritage la vie éternelle en général, mais il s’agit de secourir le prochain qui est en danger. Celui-là qui est devant moi, il a un prénom et il est sur mon chemin.  L’important se passe sur ma route plus que dans les écoles de théologie ou dans les églises. (je n’ai pas dit dans les monastères!)

Ensuite Jésus nous indique une attitude nouvelle à vivre: il ne s’agit plus de réfléchir et se demander si les prescriptions relatives à la pureté permettent de s’approcher d’un mourant (qui est peut-être déjà mort), dans l’urgence il faut secourir sans réfléchir, naïvement peut-être.

Enfin la troisième nouveauté concerne la personne devant laquelle je suis: il s’agit de secourir d’abord la victime avant de courir après le coupable.  Certes, nous savons combien on pourrait abuser de ce texte en en faisant un absolu et s’en emparer pour retomber dans les risques d’une charité ponctuelle et émotionnelle.

Quand Jésus avait demandé au légiste ce qu’il lisait dans la loi, sa réponse fut sans appel: »Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même. »  Mais il fallait aussi montrer comment cette réponse s’inscrivait dans la réalité…  Les personnages mis en scène accentuent encore la portée de la parabole.  Après le prêtre et le lévite qui passent, les auditeurs de Jésus ont dû être stupéfaits de voir arriver un samaritain, un étranger et de voir cet ennemi du peuple juif se proposer en modèle de dévouement (cfr A. Thayse, Luc revisité, p.139-140).

La Parabole nous invite donc à nous ouvrir ou à nous laisser évangéliser par le différent, l’autre. Dans la mesure où une personne secourt le plus faible, on ne va pas l’interroger sur ses convictions religieuses pour la juger.  Nous la jugerons sur son geste.  Quelqu’un qui pose le geste qui sauve nous dit quelque chose de son identité de sauver.  N’est-ce pas celle-là la véritable mission du croyant?

Dans les traits de celui qui accueille et de celui qui est blessé, nous reconnaissons Jésus. Il nous encourage à dépasser nos a priori et nos idées toutes faites sur le croyant.  Par Jésus, Dieu nous invite à croire en chaque personne et spécialement à celle qui est là sur mon chemin et qui se présente à moi dans ses souffrances, qui se fait proche de moi.

Le blessé au bord du chemin comme le Samaritain qui lui tend la main incarnent tous deux à leur manière le visage de Jésus.  Chacun nous dit une parole de Jésus en lançant un cri ou en posant un geste de salut.

Pour conclure, j’étais frappé de lire et de constater comment le samaritain était attentif à prendre soin du blessé. Non seulement lui-même a pris soin du blessé, mais à l’aubergiste il demande aussi de prendre soin de lui.

Au fond, Aimer, n’est-ce pas prendre soin les uns des autres ?  Je le crois.

                                                                                                                                              Fr. Pierre Gabriel