La liturgie nous propose aujourd’hui tout un chapitre de l’évangile de Luc, composé d’une introduction suivie de trois paraboles.  Tout nous y parle d’un Dieu de miséricorde.  Je suppose que nous aimons tous écouter des histoires, et pour cela, Jésus a        l’art de nous les raconter :  des récits énigmatiques, parfois paradoxaux, qui nous fascinent.  Par leur simplicité, ils réveillent le poète qui est en chacun de nous.  Ils présentent des images de la vie quotidienne, d’une grande force.

Les paraboles nous appellent à voyager, à entamer des exodes, à aller vers les frontières où la Parole de Dieu s’adresse à divers interlocuteurs, et entre autres, à nous-mêmes.  Mais il y a toujours des surprises, de bonnes nouvelles.  Les paraboles éveillent l’affectif et l’intellect, et nous emmènent au monde de l’imagination.  Dans des situations difficiles, elles ouvrent des portes.  Les paraboles disent Dieu,… et ne le disent pas !  Elles sont dialogue, pont, passerelle, tremplin.

Regardons avec attention le début de notre évangile :  « En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.  Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :  Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux. »  Ce commentaire des pharisiens, nous pouvons l’entendre plus comme un reproche ou un étonnement que comme une attaque, car ils se sentent proches de Jésus.  A l’occasion, ils l’invitent à prendre des repas chez eux.  Ce sont eux, les pharisiens, qui avertissent Jésus :  « Pars, vas-t-en d’ici, Hérode veut te tuer » selon ce que nous rapporte Luc un peu plus haut (chapitre 13).  Certainement, il y a des controverses entre eux et Jésus, et le fossé se creuse petit à petit.  Dans cette situation difficile, Jésus leur adresse des paraboles.  Il faut y voir, comme en filigrane, leur image dans le personnage du fils aîné qui ne veut pas rentrer festoyer pour le retour du fils cadet, son frère.

Par ces trois paraboles, Jésus veut faire comprendre aux pharisiens comment entrer dans la compréhension de la miséricorde de Dieu envers les exclus, les égarés, ceux qui sont perdus, qui sont dans la poussière :  eux aussi sont fils de Dieu, objets de son attention paternelle et maternelle.  Ces pharisiens, Jésus veut changer leur regard par la foi, comme cela s’est passé pour saint Paul, lui aussi pharisien, fils de pharisiens.  Nous l’avons entendu dans la lettre à Timothée :  « Moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur violent… »  Un fondamentaliste, dirait-on aujourd’hui.  Mais « Il m’a été fait miséricorde.  J’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi. »  Paul n’avait pas compris l’amour qui est le Christ Jésus.

Rapprochons-nous maintenant un peu plus de nos trois paraboles.  Celle du bon pasteur :  une image proche de l’auditoire de Jésus, pleine de vigueur, très dynamique.  Le berger possède cent brebis.  Si le chiffre « 10 » exprime la totalité, alors, dix fois dix, cent, c’est le comble de la totalité.  Mais attention, une brebis s’égare ! Le berger fera tout pour la retrouver :  c’est qu’il a une relation personnalisée envers chacune.  Dieu est soucieux de tous, de préférence de ceux qui sont exclus et marginalisés  Ils font partie, eux aussi, de la totalité des fils de Dieu.  Personne n’est de trop.

La deuxième parabole est au féminin.  La femme a dix pièces d’argent et en perd une.  Pour la chercher, elle commence par allumer une lampe.  Le thème de la lumière est très parlant et cher au monde biblique.  Le psaume 118, par exemple, nous dit :  « Ta parole est une lampe pour mes pieds et une lumière pour mon sentier. »  De même, la Bible nous invite à bien regarder, car l’œil est comme une lampe.  Donc, la femme de la parabole balaie, car la monnaie est cachée dans la poussière.  Les maisons du peuple, à l’époque de Jésus, avaient pour la plupart leur sol en terre battue.  Jésus utilise là une image très réaliste. Alors, pour parvenir à son unification, à son achèvement (il lui manque une pièce, n’est-ce pas ?), la femme devait trouver dans la poussière, cette poussière originelle de laquelle fut formé l’être humain, quelque chose qui lui manque, qui l’empêche de s’éveiller:  peut-être doit-elle faire sur elle-même un travail de miséricorde.

Dans la troisième parabole, le fils aîné comme le cadet ont, ici aussi, du travail à réaliser sur eux-mêmes.  Le premier :  l’errance, et l’autre :  la peur qui paralyse et le laisse dépendant de son père.  Découvrira-t-il l’amour et la gratuité du père, la miséricorde de Dieu ?  On ne le sait pas :  la parabole n’y répond pas, elle reste ouverte…

Les trois paraboles se finissent en fête, en joie qui invite au partage.  Dieu est en fête chaque fois qu’il y a une conversion.

A mon sens, il est bon de nous rappeler l’étymologie du mot « parabole ».  C’est du grec.  « Para »:  à côté ;  « Ballô » :  lancer, jeter.  La parabole correspond à la trajectoire d’un projectile qu’on lance et qui retombe à terre.  Eh bien, aujourd’hui, trois paraboles ont été lancées à côté de chacun de nous.  Nous sommes invités à les ramasser, les interpréter, les faire nôtres.  C’est un bon exemple de la liberté que le Seigneur nous manifeste.  Le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu de la Bible, est proche.  Il se laisse interpeler, questionner.  Il est toujours miséricorde.

Fr. Manuel Akamine