Des mots durs

Les paroles fortes de Jésus nous surprennent, dans la bouche de quelqu’un qui se dit lui-même doux et humble de cœur, et que les Ecritures annoncent comme le Prince de la paix. En filigrane de ces mots durs de souffrance et de division, se profilent sans doute la passion et la croix du Christ, mais également les conflits et les persécutions de ses premiers disciples. Déjà le prophète Jérémie avait été victime de cette pratique fort répandue chez les dictateurs et les tyrans, quand ils n’hésitent pas à se débarrasser de témoins gênants ou de résistants tenaces. En ce qui concerne Jésus, le rejet ou l’opposition vient du fait que son message et sa personne ne peuvent laisser indifférent :  il faut se situer, pour ou contre, et cela peut entrainer des conflits parfois violents. Ce fut le cas lors des persécutions des premiers siècles, dans le témoignage suprême de tant de martyrs jusqu’à nos jours – le vingtième siècle a été celui qui comptait le plus grand nombre de martyrs chrétiens, et c’est déjà bien parti pour le vingt-et-unième… En plusieurs pays, et pas loin de chez nous, des hommes et des femmes sont menacés, relégués, exclus et parfois mis à mort parce qu’ils portent le nom de chrétiens.

Baptisés dans le feu

Suivre le Christ et lui être fidèle ne va pas sans risque. « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême  et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » Jean-Baptiste avait annoncé un plus grand que lui, qui baptiserait dans l’Esprit Saint et dans le feu. L’image biblique du feu est liée à la manifestation de Dieu et à son emprise sur l’homme. Un buisson de feu révèle l’Eternel à Moïse, une colonne de feu guide le peuple de Dieu à travers le désert, Elie est emporté aux cieux sur un char de feu. Dans le langage courant, nous appliquons volontiers l’image du feu à des personnes ou des situations qui bouleversent : un homme de feu, une équipe qui a le feu sacré, une vedette qui met le feu à la foule… Jésus de Nazareth était certainement un homme de feu, tout comme Jérémie avant lui et Paul après lui. La lettre aux Hébreux caractérise bien la suite du Christ, qui est la marque du disciple : « courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus qui est à l’origine et au terme de notre foi ».

Voilà le feu qui doit brûler le chrétien : l’attachement à Jésus et la volonté de se laisser guider par lui et par son Esprit.

Les risques de la foi

Ce n’est pas un chemin facile, car il ne s’accommode ni du renoncement à la vérité ni de l’intolérance. D’où les conflits qui peuvent surgir et les impasses où ils débouchent parfois dans les familles, les groupes sociaux, les peuples… Certes, si notre foi se limite à venir à la messe, nous ne prenons pas de gros risques. Peut-être quand même des moqueries ou des haussements d’épaules dans certains milieux. Parfois des mises à l’écart quand des choix de vie ou de comportement sont guidés par l’appartenance au Christ, la droiture, l’attention au plus petit, le refus des compromissions, la place accordée à l’exilé ou au sortant de prison. La miséricorde, dont on parle beaucoup cette année dans les églises, n’est pas au top dans les médias. Pour certains jeunes, affirmer sa foi est un acte de courage…

« Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, dit encore la lettre aux Hébreux, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Il a enduré la croix, et il siège à la droite de Dieu ». Exemple à méditer, dans l’espérance d’avoir part à son règne.

Vis-à-vis de Jésus, il n’y a pas de compromis possible. Ou bien on regarde vers lui et on essaye de le suivre, ou bien on regarde vers soi-même et vers son seul profit… et alors le feu de l’amour s’éteint.

Abbé René Rouschop