En ce jour de la fête de la glorification de Marie, nous sommes dans la joie.  Il a été demandé à Marie de porter et d’enfanter le Christ.  Elle est invitée aujourd’hui à participer aux joies célestes, joies qui nous sont également promises par le Christ.  En effet, par sa résurrection, il nous entraîne dans le même mouvement vers sa demeure véritable.  Marie qui a accueilli Jésus dans son Corps puis dans sa maison, une pauvre maison en forme de mangeoire sur le bord du chemin, est accueillie aujourd’hui dans la demeure de Dieu.

Alors que l’Eglise, depuis plus de 2000 ans, est passée et passe encore par des moments de découragement ou même de dépression où les chrétiens se sentent abandonnés ou lassés, aujourd’hui Marie refait l’expérience du don gratuit de la vie éternelle et de l’amour véritable par lequel elle a reçu Jésus.  Ces dons de la vie et de l’amour dont Marie est la bénéficiaire ne sont pas des dons réservés, mais des dons promis dont tous les chrétiens recevront une mesure débordante, comme à Cana.

Tel un bouquet de fleurs, cette fête de l’Assomption nous sort de notre quotidien gris pour nous rendre l’enthousiasme de la vie en nous partageant la lumière et les couleurs de Dieu.  Nos vies en voient de toutes les couleurs et Dieu vient aujourd’hui les assumer pour s’enrichir de notre expérience, comme il s’enrichit de celle de Marie.  À l’image d’un bouquet de fleurs, chacun nous sommes différents:  il y a des grands comme des glaïeuls, des petits comme des violettes. certains sont lumineux comme des tournesols, il y a des contradictoires comme la rose, ils sentent bon, mais ils piquent: d’autres sont plus tristes comme les chrysanthèmes, mais beaucoup sont doux et élégants comme des iris.  Et tous ensemble nous faisons le bonheur de Dieu.

Marie rassemble en elle-même tout le genre humain dans une seule gerbe d’amour.  Toute sa vie, elle a été présente au milieu des ambiguïtés et des contradictions du monde.  Elle en souffre encore aujourd’hui, comme une maman.  Les attentats que nous connaissons chez nous comme dans le monde, sont le comme dragon qui tente de supprimer les forces d’amour comme il a supprimé Jésus; mais, heureusement, l’amour de Dieu continue à déployer la force de son bras pour renverser les puissants et élever les humbles.  Marie n’était pas seulement la femme en bleu et blanc de nos images pieuses, elle est aussi la femme en rouge comme le feu de la révolution ou en vert comme l’herbe qui représente la fécondité de la terre promise par Dieu.

Par sa sensibilité, Marie n’avait pas besoin de grandes explications pour comprendre et entrer dans le mystère de Dieu.  C’est d’ailleurs Dieu qui est entré en elle pour ensuite se manifester dans le sein d’Elisabeth.  Par la rencontre de Marie et d’Elisabeth, saint Luc met en image le don de l’Esprit et de la foi qui grandit en chacun de nous;  en disant à Marie : « tu es bénie ou bien le fruit de tes entrailles est béni, Élisabeth veut dire : Dieu agit en toi et par toi et Dieu agit en ton fils et par ton fils.  L’Esprit Saint nous donne de découvrir dans nos vies et celle des autres –tous les autres-, la trace de l’œuvre de Dieu.

Dieu continue à naître et à renaître dans le monde par notre personnalité, notre charisme, notre couleur.  Si le mal destructeur est toujours à l’oeuvre dans le monde pour encourager les guerres, les attentats, la glorification de Marie nous rappelle que l’amour dans la force de sa gratuité aura le dernier mot.

Je me rappelle, il y a des années, j’étais à Banneux avec une amie et on voyait une pauvre femme déambuler dans une allée du sanctuaire avec des sacs et faisant les poubelles une après l’autre, et mon amie me dit: « Tu vois cette dame…  eh bien, c’est pour elle que Marie est venue.

Fr. Pierre Gabriel