Aujourd’hui, nous clôturons l’année liturgique sur un point d’orgue : la royauté du Christ, roi de l’univers.

Nous arrivons aussi doucement à la fin de l’année du calendrier. Les dernières grues sont passées en belle formation, en criant. Elles paraissent nous dire : « Il commence à faire froid. On s’en va vers le soleil, couac, couac ! » Dame neige se prépare à nous rendre visite. Elle étendra son blanc manteau. Invitation au silence ; invitation à rentrer en nous, à rentrer chez soi… Temps propice pour faire un bilan -où en sommes-nous, dans notre vie spirituelle ?-, cela pour mieux nous projeter vers l’avenir, car la conversion est toujours possible.

La péricope de l’évangile de la passion peut nous surprendre. Couvert d’un manteau rouge –couleur royale-, une couronne d’épines sur le front, un roseau dans la main, Jésus porte sa croix sur laquelle on mettra un écriteau : « Celui-ci est le roi des juifs. » La liturgie nous propose un évangile qui nous invite à traverser le paradoxe d’un Dieu fait homme, menant jusqu’à la mort son amour pour l’humanité tout entière. C’est sur la croix que naîtra l’Eglise. C’est sur la croix que le roi sauveur ouvrira les portes du paradis au bon larron. Nous, ses disciples d’aujourd’hui, nous avons suivi Jésus. Quelques-uns pendant la semaine, la plupart, de dimanche en dimanche, nous sommes témoins de ses enseignements, de ses signes et prodiges, de sa résurrection, tout au long de l’année liturgique qui finit aujourd’hui.

Si nous mettons notre évangile au centre, au milieu des deux lectures qui nous sont proposées, nous obtenons une sorte de triptyque, avec le psaume comme ornement.

La première lecture nous révèle les racines humaines de Jésus. Toutes les tribus d’Israël demandent au roi David qu’il devienne leur roi. Jusque alors il ne l’était que pour les tribus du sud, à Hébron, nom qui en hébreu signifie « compagnonnage ». David fait alliance avec eux devant le Seigneur leur Dieu. Notons l’expression « nous sommes de tes os et de ta chair », que lui adressent les chefs de tribus pour justifier leur demande. C’est une citation de ce que nous lisons dans le livre de la Genèse, lors de l’épisode du jardin d’Eden, quand Adam dit à Eve, sa compagne : « Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair. » Comme si David, la première grande figure du roi-messie, avait à renouveler la mission dévolue au couple primordial. Egaux et différents, Adam et Eve sont solidaires d’un projet qui se construit en alliance avec Dieu, depuis l’origine du monde, porté désormais par le roi-messie David, ancêtre de Jésus, le Christ, qui va le conduire tout au long de l’histoire, jusqu’à son accomplissement.

La deuxième lecture, tirée de l’épître aux colossiens, est un hymne post pascal que saint Paul utilise afin de rendre grâce pour le don de Jésus, alpha et oméga. C’est lui, Jésus, l’accomplissement des promesses faites à nos pères dans la foi. « Christ est ressuscité » : c’est le kérygme, la proclamation de notre foi, le chant de victoire devant la mort. C’est maintenant la filiation divine de Jésus qui nous est présentée, son origine divine.

Revenons à l’image du triptyque, que je vous avais proposée plus haut. Les trois parties du tableau se sont donc ouvertes devant nous comme une icône dont le centre est l’image de Jésus le Christ, deux natures, un seul Dieu. Il nous reste à évoquer l’ornement, le psaume. C’est le psaume 121. Un psaume de montées. Il signifie que nous sommes un peuple en marche vers la Jérusalem céleste. Il exprime aussi un désir messianique : toutes les tribus, nous pourrions dire : tous les peuples de la terre, sont appelées à monter, à aller vers le seul Dieu, assumant la mission de la paix, cette paix que Jésus confiera à ses disciples, cette paix dont le monde à aujourd’hui un tel besoin.

Aujourd’hui, en cette fête du Christ roi, je vous invite à souhaiter, à mettre déjà en route ce monde où règnera enfin la paix. Mais la vraie paix, fruit de la justice, don de Jésus, enracinée en Dieu.

Nous sommes tournés vers l’avenir et ses défis, dont le plus grand aujourd’hui est sans nul doute la situation de la maison commune, notre planète, qui a un besoin urgent de notre attention. A la fin de l’année liturgique, et au seuil d’une nouvelle année, marchons avec confiance et espérance : Jésus nous accompagne, lui, le seul chemin, la vérité et la vie.

Fr. Manuel Akamine