Comme il est beau de vivre un printemps éclatant qui accompagne si bien la joie du temps pascal !  Une fois de plus, je vous signale l’harmonie de l’année liturgique avec les différentes saisons… de l’hémisphère Nord, bien sûr…

Dans l’évangile que nous venons d’entendre en ce cinquième dimanche de Pâques, nous nous trouvons à la fin du repas pascal que Jésus prend avec ses disciples, quelques heures avant son arrestation.  Judas vient de quitter la salle.  Il fait nuit.  Mais Jésus est en paix.  C’est comme si un grand fardeau était sorti avec Judas.  Jésus déclare :  « Maintenant, le Fils de l’Homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui.  Lui, le Christ, la lumière du monde, laisse aux onze, et par eux, aux chrétiens des générations à suivre, ses dernières recommandations, son testament spirituel, par lequel il nous lègue son bien le plus précieux, le commandement nouveau :  nous aimer comme il nous a aimés.  Par la mise en pratique de cette parole, nous manifestons au monde la présence de Dieu en nous et autour de nous.

Dans ce sens, notre dimanche peut aussi s’appeler le « Dimanche de la Nouveauté ».  La première lecture met en évidence la force inédite avec laquelle les premiers chrétiens ont annoncé la bonne Nouvelle.  Par elle, ils ont ouvert les peuples païens à un message non encore entendu jusque là, car leur mission a pour vocation l’universalité.  Le « mouvement Jésus », en pleine expansion, connaissait les différents mots qui expriment les nuances du terme « amour ».  Tout d’abord le mot « philia », pour dire l’affection vers quelqu’un de proche, ami ou parent.  Ensuite, le mot « eros », l’amour passionné, l’attirance sensuelle ou sexuelle.  Dans les communautés chrétiennes, on parle d' »agapè », qui englobe un amour de partage et un amour de service.  Autour d’un repas commun, les agapes, chacun apporte quelque chose.  On s’assied à table en frères, car on est fils d’un même Père, unis dans la même foi en Jésus-Christ.  Partager l’espérance d’un monde à venir, pratiquer l’agapè, la charité partagée, la miséricorde les uns envers les autres.  Agapè, un terme presqu’inconnu, se revêt désormais d’un contenu nouveau :  une concrétisation de la suite de Jésus, inspirée de son amour pour nous.

Les évangiles traduisent donc le mot grec « entolh » (entolè) par « commandement », alors que le mot signifie d’abord :  « recommandation, mission ».  La racine « telos » indique un but, une direction, un mouvement vers…  Certainement, traduire n’est pas facile.  Le risque d’un glissement de sens est possible.  Voilà d’autres petits exemples :  le mot hébreu « Torah » signifie d’abord « enseignement, doctrine », plutôt que « loi ».  Une doctrine, un enseignement se propose.  Une loi s’impose.  Le mot hébreu « devarim » signifie « paroles ».  Le mot « décalogue » traduit bien « dix paroles »  Mais, si on traduit par « dix commandements », il y a un glissement qui induit une relation autoritaire de Dieu envers nous.

Revenons à notre évangile.  Dans une logique d’Alliance, le mot « mission » est donc plus ajusté, car il signifie que nous sommes envoyés par Jésus.  Nous aimer les uns les autres est la mission qu’il nous confie, et c’est par là que le monde saura voir que nous sommes les disciples de Jésus.  Bien sûr, le commandement de l’amour n’est pas nouveau en soi.  Nous le trouvons déjà dans le livre du Lévitique (19,18) :  « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».  La nouveauté réside dans la façon d’exprimer cet amour à l’exemple de Jésus :  « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.  Ainsi, si je vous ai lavé les pieds… vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns les autres ».  Exemple d’amour et de service.

Grand défi !  Un chemin de conversion, une école de vie, car l’amour fraternel au sein de nos communautés et au sein de l’Eglise tout entière, n’est pas évident.  Notre expérience de vie, l’histoire de l’Eglise et l’histoire universelle, nous montrent combien c’est difficile.  Cette mission que Jésus nous a laissée, il nous est demandé de la vivre dans la vie quotidienne.  Mais maintenant, cette ouverture aux autres, avec l’aide de l’Esprit, nous sommes appelés à la confronter à un nouveau défi, à un nouveau signe des temps qui nous interpelle :  la rencontre de ceux qui ne partagent ni notre foi ni nos convictions chrétiennes.  Cela exige de nous, entre autres choses, d’affermir notre propre tradition, pour, ainsi, trouver notre juste place dans cet agapè nouveau où toute l’humanité est invitée à se découvrir, dans l’étonnement, comme enfants d’un même Père.

Ce sera la réalité de la nouvelle Jérusalem dont nous parle l’Apocalypse, qui n’a pas de temple, car c’est le Christ qui en est le temple vivant, comme il le dit lui-même :  « Détruisez-ce temple, et en trois jours je le relèverai. »  Désormais, c’est la communauté, avec le Christ comme pierre angulaire, qui est le nouveau temple toujours à construire.  Car les chrétiens ont pris conscience d’être le corps du Christ, unis par le baptême, solidaires de la mission, soucieux de transmettre la flamme de la foi en Celui qui nous a tant aimés, Jésus-Christ, notre pasteur.

Fr. Manuel Akamine