Le mystère de Noël ?  Laisser naître en nous la Parole vivante du Dieu vivant…

Au plus profond de nous, donner un espace à cette Parole, comme une matrice qui offre son creux, sa chaleur, son eau, sa vitalité, sa protection, son terreau :  le lieu même de la formation de la vie à naître.  Etre mère de la Parole vivante que Dieu dépose en nous, lui parler, lui offrir nos rêves, nos espoirs, lui ouvrir nos désirs…

Mettre au monde, à travers la maladresse de nos mots, une Parole autre… Pas seulement la nôtre, justement, pas seulement nous, pas seulement le bruit de nos abîmes :  mystérieusement, laisser advenir par notre bouche cette Parole différente, qui peut aussi nous surprendre nous-mêmes…  Comment mettre au jour la Parole du Bien-aimé, comment la laisser fleurir sur nos lèvres, autre matrice de l’abîme d’amour où nous invite à plonger le Dieu qui crée par sa Parole un monde nouveau ?

Se vider de soi pour qu’une autre Parole puisse prendre corps, se construire, se consolider, se nourrir de nos moelles, prendre notre substance, sans chercher cependant à la ramener à nous, sans chercher à en devenir le maître, sans la posséder :  s’émerveiller, au contraire, de cette Parole qui sans fin se donne et se fait proche de celui qui s’y abandonne, de celui qui se fait serviteur…

Lui donner vie…  lui donner notre vie…

La laisser exister, la laisser mystérieusement agir…  La faire naître, mais en même temps la laisser nous mettre au monde…  N’est-ce pas l’énigme de la naissance de tout enfant ?

L’aimer, s’y livrer, s’en imprégner…

La laisser nous étreindre, l’embrasser :  Pourquoi pas ?

Nous ouvrir à l’Esprit qu’elle porte, au souffle qui coule en elle comme le sang irriguant le corps…

Le souffle ?  L’haleine des origines, celle que Dieu respira dans le nez du premier homme, de l’adam originel :

Laisser le souffle de Dieu respirer en nous…  Souffle ténu, fragile, frais et chaud à la fois, vibration aérienne, vibration spirituelle

sans laquelle aucun mot ne saurait se faire entendre,

sans laquelle aucune Parole ne vient habiter les mots,

sans laquelle aucune voix ne peut féconder la Parole,

pour résonner au cœur de notre monde, lui redonner sa pulsation vitale, battant en lui d’un battement nouveau, celui du cœur divin, de son amour et de sa paix.

Une voix crie, dit quelque part le prophète Isaïe.  Quelle voix ?  N’est-ce pas celle de l’enfant de Noël, sur la bouche duquel le Dieu de l’Alliance a déposé les mots de son appel éternel ?

Que la beauté de cette voix puisse à nouveau nous émerveiller,

et nous habiter tout au long de cette année.

Fr. Étienne