«  Restez éveillés et priez en tout temps », nous dit Jésus dans l’Évangile.  Ailleurs dans l’évangile il associera souvent la veille et la prière notamment pour ne pas entrer en tentation.  Celui qui reste éveillé quand tout le monde est endormi est un veilleur.  C’est ainsi qu’il y a des veilleurs de nuit pour protéger un lieu: un hôtel, un hôpital, une prison.  Ils sont dès lors les gardiens de la loi.

Est-ce dans ce rôle de veilleur que la liturgie nous introduit aujourd’hui?

Je crois, qu’à la différence d’un gardien dans une usine, dans un parking ou aux portes d’un palais qui aura les yeux tournés vers l’extérieur, toujours en alerte; le veilleur de Dieu a son regard tourné vers l’intérieur: parce qu’il a son regard orienté vers Dieu, il pourra le tourner vers lui ou vers un autre qui sera à côté de lui ou à l’autre bout du monde.

En se tournant vers nous-mêmes, il est possible de découvrir des voix intérieures qui veulent nous distraire de l’essentiel et rompre notre unité intérieure.

Le moment de la veille est un temps privilégié pour se recentrer et écouter le désir profond qui habite notre âme, pour tourner ainsi notre désir vers Dieu et en faire une prière. À Noël nous fêterons la naissance de Jésus.  Le temps qui précède cet avènement est donc le temps  où Marie est au plus près de son désir qui est le désir de Dieu en elle. Celui-ci ne cesse de croître en elle pour venir au monde le 25 décembre.

Comme Marie, nous avons tous un désir que Dieu a déposé en nous et qui ne cesse de grandir pour se donner.  Une maman qui attend la naissance d’un enfant lui parle et l’écoute tous les soirs, elle le sent bouger.  Elle l’entend déjà lui parler.

La prière n’est rien d’autre que cette communion avec ce désir tourné vers Dieu en gestation en nous et qui ne demande qu’à être rencontré.  Apprendre à écouter, à regarder, à parler, à comprendre, voilà la véritable attitude du veilleur ou du priant. On est loin de l’attitude du gardien tourné vers l’extérieur.  Le veillant dans cette attitude de vigie était d’abord un sur-veillant.  De gardien de la loi, nous devenons des veilleurs de la foi.  La prière est donc la seule possibilité de retrouver la paix si notre âme est tourmentée par des voix contraires.

Mais avant d’être un veilleur de Dieu, c’est Dieu qui se fait un veillant de notre être et de notre âme.  On le dira même bien-veillant.  Comme l’enfant à l’intérieur du sein de sa mère, nous sommes chacun à l’intérieur du sein de Dieu et le grand passage auquel nous nous préparons tous n’est autre que notre véritable naissance où nous pourrons enfin voir Dieu face à face.  Comme une mère qui attend son enfant, Dieu m’attend en m’écoutant, en me regardant, en m’aimant.  Et ce dialogue entre Dieu et moi n’est perceptible que par Dieu ou par moi, personne d’autre ne peut entrer dans cette relation mystérieuse comme celle d’une mère et de son enfant. Je n’ai jamais dit que c’était la grande frustration des papas!

Vivre ce temps avant Noël est l’occasion de nous rappeler très concrètement que nous sommes enfants de Dieu, et que grâce à cette filiation d’un même père, nous devenons libres de nous reconnaître en véritables frères et soeurs.

Fr. Pierre Gabriel