« Vanités des vanités, disait Qohélet. Vanité des vanités, et tout est vanité ».

Chers frères et sœurs, avons-nous scruté jusqu’au bout ce vide, ce creux, ce rien, cette « vanité des vanités » ? Un sage y a consacré sa vie et son livre est passé dans le recueil canonique des saintes Ecritures. Ce qui veut dire, qu’en l’écoutant, c’est Dieu qui nous parle et nous ouvre les yeux. Mais voulons-nous voir que nous courons derrière des chimères, que nous accumulons des objets inutiles, sans valeur aucune, que nous investissons dans ce qui ne passera pas l’hiver ? Le sage a sondé ses soifs, ses désirs les plus variés et les plus fous, et il en est revenu : je n’arrive pas à m’assouvir si je reste branché sur du plein, sur la frénésie de combler mes manques. Plus je cours pour échapper à la mort, plus je me précipite vers elle, sans comprendre d’ailleurs ce qui m’arrive.

« Revenons à la sagesse », disait le psalmiste. Le temps des vacances est utile pour arrêter cette frénésie aveugle qui nous habite, et revenir à la sagesse. Prendre le temps de voir passer le temps et réfléchir…

Le psaume de ce dimanche, psaume 89, est une méditation fort proche de celle de notre Qohélet, l’auteur du livret sur « vanité des vanités et tout est vain et vide ».

« D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge. Avant que naissent les montagnes, que tu enfantes la terre et le monde, toi tu es, de toujours à toujours. Mille ans sont comme un jour pour toi ! ». Ce Dieu éternel impressionne le poète. En face de cette éternité l’homme n’est toujours que très éphémère : « comme l’herbe des champs, rien qu’un songe, une herbe changeante, elle fleurit le matin, elle change, le soir, elle est fanée, desséchée. Nos jours s’en vont, nos années s’évanouissent dans un souffle… Le nombre de nos années ? soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! Qui peut comprendre cela ? Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs reviennent à la sagesse ! » Voilà la première partie du poème, sondant en contraste le côté changeant, instable, fuyant de toute existence sous le soleil, alors que Dieu est « de toujours à toujours ».

Puis le ton change. On supplie : « Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi, par égard pour tes serviteurs ! Rassasie-nous au matin de ton amour, que nous passions nos jours dans la joie et les chants ! » Oui, « Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils. La douceur du Seigneur soit sur nous ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains, oui, consolide l’ouvrage de nos mains ! »

Le psaume médite à presque tous les versets sur le temps : ce temps qui fuit, en contraste avec cette éternité « de toujours à toujours » qui caractérise l’être de Dieu. Et le psalmiste nous conduit de l’éternité qui inspire crainte et révérence, vers le temps où nous sommes au jour le jour, et où le Seigneur veut bien nous prendre en charge, être notre refuge d’âge en âge, oui manifester sa tendresse et sa douceur, allant jusqu’à confirmer l’ouvrage de nos mains… Or ce mouvement correspond précisément à l’œuvre de la sagesse, à la compréhension juste des choses. Au centre du psaume il y avait ce verset : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours, Fais-nous revenir de cœur à la sagesse ! Que la douceur sur Seigneur soit sur nous ! »

Frères et sœurs, voilà un beau programme pour les vacances. Faire silence, et s’ouvrir à une intelligence large qui à la fois découvre l’éphémère et savoure ce qui demeure éternellement.  Même pour comprendre quelque peu cette actualité brûlante qui nous prend à la gorge, on a besoin de recul, de méditation qui conduit à la contemplation. Les Psaumes sont un lieu privilégié dans toutes les Ecritures pour nourrir l’homme intérieur et retrouver ce que Paul nommait tout à l’heure « l’homme nouveau qui est recréé par Dieu », « toujours neuf » « à l’image de Dieu, pour nous conduire à la vraie connaissance », à cette remarquable contemplation où les différences entre Juifs et musulmans et chrétiens et bouddhistes, s’abolissent en face de l’unité en Christ : « Là il n’y a plus de Grec et de Juif, d’Israélite et de païen, il n’y a plus de barbare, de sauvage, d’esclave, d’homme libre, il n’y a que le Christ qui est tout et en tous ».

La grande sagesse retrouve la sérénité, la communion, la douceur du Seigneur et l’unité de tous. Prenons le temps, dans les silences de cette eucharistie et dans les moments quotidiens de silence pour revenir à la sagesse du cœur et découvrir le vouloir divin, fait de lumière et de pureté, de patience, de douceur et de service de la vie, et alors rendons grâce, encore et encore. Le P. Jacques Hamel du haut de ses 86 ans témoigne de cette belle volonté de rendre grâces jusque dans la mort. Avec lui, en Christ, nous prions comme le psalmiste : « D’âge en âge tu as été pour nous, Seigneur, un refuge. Que ta douceur soit sur nous ». Amen.

Fr. Benoît Standaert