1er dimanche de carême A :

L'histoire du peuple de Dieu est aussi notre histoire. Et puisque le carême est un temps de retour à Dieu, notre Père nous invite à vivre ce retour comme un retournement, c'est-à-dire un temps de conversion. Dieu vient convertir nos déserts en champs fertiles. Il nous attend dans la terre qu'il nous a promise.

Il y a plusieurs milliers d'années, Dieu a appelé Moïse pour qu'il sorte le peuple de Dieu du pays de l'esclavage. Moïse a eu peur (qui suis-je dira-t-il pour sortir mon peuple d'Egypte?), mais le Seigneur lui a assuré sa présence à ses côtés pour emmener les Israélites dans la terre de la promesse qui est aussi la terre de Dieu, là où ruissellera le lait et le miel. Ce peuple, c'est aussi nous et aujourd'hui Dieu nous appelle à prendre du temps pour sortir de nos esclavages afin de revenir à lui.

Jésus qui est tenté par le diable fait preuve d'une grande liberté pour le rejeter. Par là, Jésus nous dit que nous sommes capables de cette même liberté car elle nous est confiée par Dieu. Le carême peut nous apprendre à devenir profondément libre. Plutôt que de s'enfermer à ce qui nous enchaîne et nous empêche d'être nous-même, Jésus nous invite à nous tourner résolument vers son père. La liberté sera dès lors la conséquence d'une grande écoute de Dieu qui nous parle dans l'Écriture, sa propre parole puisée et prononcée dans son histoire avec les hommes. Mais Dieu nous parle aussi par notre intuition, notre bon sens qu'il ne faut pas trop vite étouffer, comme aussi par les autres et peut-être ceux-là vers qui on ne se tournerait pas volontiers. Le carême est le temps par excellence où l'on retourne aux différentes sources par lesquelles Dieu se donne au monde. La lecture de la bible, la pratique des sacrement et surtout l’écoute des autres.

Mais une fois le peuple libéré et sorti d'Egypte il doit traverser le désert. Or, dans le désert, on ne peut tenir en vie que si nous acceptons de nous simplifier l'existence en nous dépouillant de tout ce qui charge nos épaules, et cela est possible si nous acceptons de travailler ensemble la vérité en chacun de nous et avec nos frères et soeurs qui forment nos familles, nos communautés. La vérité de ces relations est le reflet de notre vérité avec Dieu. Après le temps de l'esclavage en Égypte, le désert est le temps de la vérité. C'est aussi la vérité qui permettra une liberté authentique dans nos relations.

La vérité n'est pas simple à vivre et le carême est aussi le temps où la prière nous est donnée pour nous orienter vers Dieu, pour le louer ou le supplier lorsque le poids de la vie, de la souffrance ou des relations humaines est trop lourd à porter. Si Dieu nous a appelé dans telle famille, dans telle communauté, dans tel travail, il reste là à nos côtés pour nous aider à découvrir la paix, à nous libérer et à "être" nous même en vérité. Dieu donne une direction à notre vie et nous propose de le suivre. Même si ce chemin passe nécessairement par la croix.

Après le désert, il y a encore la traversée du Jourdain et l'installation en terre de Canaan. Cette terre promise n'a pas été ouverte aux israélites sans le moindre obstacle, il leur fallait encore la conquérir en s'appuyant sur la promesse de Dieu. Le carême est aussi un temps où nous sommes confrontés à nos résistances et à la résistance de l'autre.

Aujourd'hui, le Seigneur nous invite à redécouvrir l'amour dans toute sa force et surtout dans toute sa fécondité. Au fond, l'amour fait peur comme la vérité et même aussi la liberté. Or la source de l'amour se trouve d'abord en Dieu. L'amour est notre affaire parce que c'est l'affaire de Dieu. Pourquoi alors avons-nous peur d'aimer? Aurions-nous peur de Dieu?

La relation qui constitue l'être humain est un don original de Dieu que la Genèse nous évoque. Et le serpent pour la femme de la Genèse comme le diable pour Jésus dans l'évangile veulent tous deux empêcher leur liberté en leur promettant de posséder tout. Mais si l'être humain veut entrer dans le jeu du serpent et accaparer pour lui tout le don, il restera seul et il mourra. C'est ce que Dieu voudrait lui éviter. Pour vivre, il est nécessaire que l'homme assume certaines limites pour que l'autre ait aussi de la place pour découvrir son être en vérité et qu'une relation soit possible.

Notre Dieu est un Dieu libre, vrai et profondément amoureux des hommes, des femmes et des enfants de ce monde. Le carême est un retour à ce Dieu-là. Un Dieu qui vit, qui souffre aussi de nos égarements et qui souhaite notre bonheur de tout son coeur.

Demandons lui qu'il nous aide à faire de ce carême un temps de joie et d'amour, en nous mettant à l'école de l'autre, notre soeur, notre frère qui est avec nous sur cette route sacrée de la vie. Demeurons à l'école de la parole de Dieu: une parole de vérité et une parole d'un amour qui rend libre sur un parcours parfois bien sinueux mais jamais habituel et lassant, car il est tous les jours nouveaux.

fr.Pierre Gabriel