2e dimanche de l'Avent B:
Au cours d’un pèlerinage vécu en Italie avec un ami, il y a quelques années, il nous est arrivé de vivre des moments difficiles ! Je songe spécialement au terme d’une journée pluvieuse. Déjà mis à l’épreuve par plusieurs jours de pluie, trempés à nouveau, il nous fallait longer une route très fréquentée dépourvue d’accotement stabilisé et donc assez dangereuse ! Face à telle situation que faire, comment réagir ? Râler sur les chauffeurs roulant à plein gaz et nous éclaboussant ? Regretter d’avoir entamé cette démarche qui s’avérait être assez rude et, en plus, à l’occasion dangereuse !
Or ce n’est pas l’attitude adoptée par Isaïe au cours de l’exil. Sans, doute, il rejoint la tristesse, le découragement de son peuple. Sans doute aussi, il entend les récriminations, les " on aurait du " Il rejoint même le sentiment de culpabilité de certains : " C’est Dieu qui nous puni. " Mais sans s’y appesantir, sans en rajouter une couche, Isaïe console inlassablement son peuple et l’invite à préparer courageusement un avenir. Et comment le fait-il ? Il invite le peuple à traverser ce temps de désert, ce temps sans espérance. Il l’invite non pas à gémir, à arrêter de marcher pour ressasser un passé dépassé mais il lui propose d’envisager un avenir en traçant des chemins inédits dans la situation hostile rencontrée. " Aplanissez, redressez, comblez, réduisez les inégalités de reliefs… " Toutes images assez parlantes en ce temps de crise ! Ne trouvez-vous pas ?
Isaïe va au-delà. Il professe que l’épreuve aura un terme, une fin. Le Seigneur viendra et son bras sera victorieux. Le mal et le temps d’épreuve n’auront pas le dernier mot. Jean le Baptiste, choisissant librement de rejoindre l’éprouvé en vivant au désert en tenue de désert, mangeant ce qu’on y trouve évoque par-là que le temps d’épreuve, le temps de perte des repères est un temps et un lieu où le cœur peut plus facilement s’ouvrir à Dieu. Ne provoquons ces passages, la vie elle-même s’en chargera ! Et dans pareille situation, Jean invite à poser un geste symbolique : être plongé dans l’eau, en rejoindre le fond non pour y rester mais pour en sortir plus vivant qu’avant. N’est-ce pas ce geste que nous avons posé ou plus exactement qu’on a voulu signifier en versant quelques gouttes d’eau sur notre front lors notre baptême ? Frères et sœurs, qu’en avons-nous fait ? A travers ce geste, celui que Jean annonçait nous a rejoints et nous a saisis pour nous entraîner à sa suite au-delà des épreuves, au-delà de la mort. Mais y croyons-nous vraiment ?
Frères et sœurs, sommes-nous prêts à quitter des repères anciens, à renoncer à certaines images de bonheur, à certaines images de Dieu ? Acceptons-nous parfois de vivre et de traverser un certain vide en nous ? Expérience parfois angoissante et exploitée par des prophètes de malheur mais combien décapante! Expérience qui permet à Dieu de parler à notre cœur ! Sommes-nous disposés à nous laisser émouvoir et interpellés par le Christ, par sa Parole et par la crise actuelle pour chercher ensemble comment rencontrer et relever peu à peu certains défis nouveaux ? Il y va de notre avenir, de l’avenir des plus jeunes voir de la planète entière.
L’homme d’aujourd’hui est pressé par des échéances immédiates. Ce qui augmente la pression et le stress. A ce propos, le disciple de Pierre rappelle la patience de Dieu et sa fidélité. Ce qu’Il a fait hier vis-à-vis et avec Israël ne pourrait-il pas le refaire avec nous aujourd’hui ? Avec Isaïe élevons la voix, ne craignons pas de dire à nos concitoyens cette bonne nouvelle : " Comme un berger Dieu conduit son peuple au temps de l’épreuve pour l’amener vers un au-delà ! " Avons-nous assez de foi en Dieu, en nous et dans les autres pour accueillir mais encore pour répercuter cet appel au-delà des résistances rencontrées? Assez de foi en l’Esprit-Saint travaillant ces résistances hier, aujourd’hui et pour les siècles des siècles ! A la fin de l’empire romain on préférait du pain et des jeux !
Fr. Jean-Albert Dumoulin