4e dimanche de Pâques A

" Tirez la chevillette et la bobinette cherra. "

Que les étrangers de cette assemblée se rassurent, je parle français, même les francophones se demandent encore ce que signifie cette expression que nous avons tous entendue un jour ou un soir dans notre enfance. Et même si à peu près personne ne comprenait le sens de cette formule emblématique du Petit Chaperon rouge, tout le monde se rappelle la phrase que la grand-mère criait de son lit pour ouvrir sa porte au loup dans le conte de Perrault : " Tirez la chevillette et la bobinette cherra. " Car le problème était bien d’ouvrir la porte.

Dernièrement, je lisais sans un article: " quand je visite une ville ou un village, mon regard est souvent attiré par les portes. Elles révèlent un univers mystérieux. Derrière elles, il y a des gens qui vivent, qui s’aiment, qui se disputent, qui sont tristes ou joyeux ; il y a des meubles et des objets, des bruits de voix, des odeurs de soupe…, tout un univers clos et mystérieux pour celui qui passe ou qui attend sur le seuil après avoir frappé ou poussé sur le bouton de sonnette. " En effet, une porte fermée interroge, nous avons tous envie de savoir ce qu’elle cache.

C’est bien le rôle d’une porte : être ouverte ou fermée ; quand elle est ouverte, elle est toujours le lieu d’un passage.

Quand le Christ dit qu’il est la porte, il dit aussi qu’en passant par lui (la porte est bien le lieu d’un passage) quelqu’un pourra aller et venir. J’entends par là qu’il laisse chacun libre d’entrer ou de sortir. Le Christ n’est pourtant pas seulement une porte qui pourrait être fermée ou ouverte. Le Christ est une porte ouverte. Toujours ouverte et si elle semble fermée, c’est que nos yeux la ferment encore.

Il ne forcera jamais quelqu’un de passer par lui ou de faire alliance avec lui ; il n’est pas non plus comme un gardien de prison qui empêche les hôtes d’entrer. Le Christ est ouvert, il accueille et écoute, il respectera le visiteur.

Mais Jésus n’est pas seulement la porte de la bergerie comme dit l’évangile, il est aussi le berger. Il nous rappelle que celui qui passe par la porte c’est le berger qui montre le chemin à ses brebis. Comme des brebis, nous avons tous besoin d’un guide pour nous indiquer un itinéraire.

Si nous demandons à quelqu’un de prendre la porte, on lui demande de sortir, mais une porte ouverte est aussi une invitation à entrer et demeurer. Comme la porte est séparation et relation, le berger va s’intéresser à chacune de ses brebis en particulier et il va aussi veiller qu’elles restent groupées pour avancer ensemble, le berger rend possible leur relation.

Je crois que notre vocation de chrétien nous appelle à retisser le lien et restaurer la relation. Nous devons remettre de l’ouvert pour reprendre les mots de frère Hubert, par le Christ, nous devenons des bergers pour écouter plus spécialement les brebis les plus blessées qui sont sur notre chemin mais aussi pour encourager les brebis en forme, heureuses d’emmener le troupeau vers les portes ouvertes de la vie.

Non, les chrétiens ne sont pas de pauvres brebis galeuses… Les chrétiens sont des hommes et des femmes debout, libres d’entrer et de demeurer là où le Seigneur les appelle. Chacun peut devenir un berger et aussi une porte, veillons à la laisser ouverte !

fr. Pierre Gabriel