4e dimanche de l’Avent. B
C’est une des scènes d’évangile parmi les plus connues que nous venons d’entendre. Et peut-être avant même de l’écouter l’avons-nous sous les yeux puisque tant de peintres en ont fait une représentation.
A l’entendre, nous nous rendons bien compte que l’auteur de ce récit utilise le langage de son temps. Un langage tissé de références à la Bible, avec des images, comme celle de l’ange qui est familière à la culture religieuse juive.
Devant cette scène, nous pourrions nous dire dans un premier temps: c’est un récit mythologique ou bien c’est un conte de fées.
Il est clair que nous ne sommes pas en présence d’un reportage journalistique visant à nous dire : ça s’est passé comme ça.
Mais l’auteur a cependant pris soin de placer dans sa narration de quoi nous donner accès à son message, à nous qui venons bien après lui et c’est sur ces indications que je voudrais m’arrêter un peu.
Apparemment il n’y a que deux personnages dans ce récit mais le narrateur nous fournit toutes sortes d’indications renvoyant à un troisième personnage, le personnage de Dieu. C’est un personnage qui n’est pas sur la scène mais qui est pourtant présent, caché mais agissant. Et c’est important de le noter : c’est un personnage de l’histoire mais il la laisse se faire, il la laisse se dérouler dans le jeu des libertés humaines. C’est très bien rendu par les trois " voici " : " voici, tu concevras ", " et voici Elisabeth qui a conçu elle aussi ", " voici la servante du Seigneur ". Ces trois voici suggèrent à la fois que l’histoire avance mais sans sortir du temps humain.
Ceci nous permet de voir que Marie est tout à fait libre et doit donner son consentement : qu’est-ce que c’est cette salutation de l’ange, se demande-t-elle ? Comment cela se fera-t-il ? Le récit exprime bien tout le chemin de Marie pour arriver à consentir. De ses questions au consentement libre. A partir de là nous comprenons mieux que le personnage de Dieu ne court-circuite pas les humains, leur liberté, leur responsabilité. C’est un Dieu d’alliance ; il travaille en alliance. Pas autrement.
Mais que veut-il ? Savons-nous ce qu’il veut ? A partir de cette histoire de naissance annoncée, nous comprenons mieux que ce Dieu-là est un Dieu des naissances. Un Dieu pour la vie, un Dieu de la vie. Quand l’ange évoque auprès de Marie sa parente Elisabeth, ce n’est pas tant pour lui donner un signe afin qu’elle puisse se décider, c’est pour lui dire que Dieu ouvre des possibilités inattendues, des possibilités qui viennent ouvrir l’avenir qui humainement est fermé. La stérilité ne doit pas être le dernier mot d’une vie comme de toute l’histoire. Avec Dieu, il faut s’attendre à des histoires, à de nouvelles histoires.
Rien n’est impossible à Dieu. Est-ce donc un Dieu qui vient brouiller les cartes, déranger et contrarier le cours des choses ? C’est plutôt pour ouvrir le monde au-delà de l’humain. La stérilité, tout comme celle de ne pas connaître d’homme représentent l’impossibilité d’avoir un enfant. Mais il y a de l’au-delà de l’impossible humain.
C’est ce que l’évangéliste appelle la grâce. Et nous disons habituellement le travail de la grâce. On la voit à l’œuvre en parcourant les évangiles. La grâce vient comme ouvrir ce qui risque de bloquer la vie, les pesanteurs qui sont comme des crans d’arrêt. C’est vrai, il y a des pesanteurs dans nos vies et dans l’histoire : les contraintes, les nécessités biologiques et psychologiques mais aussi le lien entre le mérite et la récompense (à travail égal, salaire égal) ou encore les contraintes de la loi. Eh bien, l’Évangile invente par-delà. Il dit que la nouveauté que Dieu fait n’est pas tenue de prendre les chemins de la nature, du mérite ou de la loi. La stérilité n’empêche pas la fécondité. Les ouvriers de la 11ème heure peuvent être payés comme ceux de la première. Et ce n’est pas parce que l’on a observé la loi que l’on est juste. Les publicains et les prostituées peuvent passer devant.
Dieu crée donc des surprises, de l’inattendu. Quand il introduit son Fils dans le monde, c’est comme nouvel Adam, comme germe d’une nouvelle humanité. Celui qui va naître, dit l’ange à Marie sera appelé fils de Dieu et l’Eglise lit cela comme une incarnation de Dieu.
Alors ce matin, comme Marie, allons-nous nous poser cette question : " Qu’est-ce que c’est cette salutation ? "
Fr. Hubert