1er dimanche de l’Avent B
Le temps de l’Avent nous est donné au début de chaque année liturgique pour nous préparer à la venue du Seigneur. Traditionnellement le premier dimanche nous exhorte à la vigilance, à être prêts pour recevoir Celui qui vient : " soyez vigilants…soyez attentifs…restez éveillés… ". Ces recommandations reviennent comme un refrain. Etre des veilleurs, c’est notre vocation de chrétiens et plus spécialement celle des moines. C’est notre responsabilité vis-à-vis du Seigneur et vis-à-vis de l’humanité. Ces avertissements de Jésus mettent une note de gravité qui empêche de faire de l’attente de Noël un temps de joie un peu facile et sentimentale.
L’évangile de ce dimanche nous raconte une petite parabole, l’histoire d’un grand propriétaire qui est parti pour un voyage lointain, ce qui laisse supposer une longue absence. Il a confié sa maison et ses biens à ses serviteurs en qui il a toute confiance puisqu’il leur a donné tout pouvoir pour gérer les choses au mieux. Il a fixé à chacun son travail. S’il y a des problèmes, ils ont la compétence et les moyens de les résoudre par eux-mêmes. Le maître sait que son absence est l’occasion pour eux de prendre les choses en main car il souhaite pouvoir compter sur de vrais collaborateurs capables de prendre des initiatives et non sur de simples exécutants. Ainsi Dieu a confié à l’homme le monde, son développement, son progrès. Nous avons à veiller à aménager la maison de notre société humaine pour qu’elle soit plus harmonieuse et accueillante à tous, plus imprégnée des valeurs évangéliques. C’est une nécessité particulièrement urgente aujourd’hui.
Tout est confié aux serviteurs et pourtant, même absent, le maître reste très présent. Il y a une relation qui reste vivante entre le maître et chaque serviteur : un attachement né de la confiance donnée aux serviteurs lors du départ et entretenu par l’attente de son retour. Ainsi chaque décision sera prise par les serviteurs en s’appuyant non seulement sur leurs propres compétences et leurs idées mais aussi en se référant au maître, en se souvenant de la manière dont il agissait. Qu’est-ce qu’il aurait fait s’il avait été là ? C’est une question que se posait souvent Charles de Foucauld : " Qu’est-ce que Jésus aurait fait à ma place dans telle situation ? " Si ce sont des serviteurs loyaux, ils vont s’efforcer de mener les affaires dans le même esprit que leur maître.
Ce premier dimanche de l’Avent nous encourage donc à ajuster notre manière de vivre pour qu’elle soit toujours plus en conformité avec celle de Jésus. Car en définitive c’est le Seigneur qui doit pouvoir agir à travers nous, qui sommes ses serviteurs. Notre vigilance pendant ce temps de l’Avent consistera d’abord à être attentifs à nous ouvrir davantage à l’Esprit Saint. Combien de projets généreux empêchent, plus qu’ils ne favorisent, l’avènement du Royaume. Et cela parce qu’ils restent le fruit de notre seule initiative, qui n’est pas nécessairement celle voulue par Dieu. Il s’agit d’entrer activement dans le dessein d’amour que Dieu a sur nous et sur le monde. Pour cela il nous faut nous souvenir de ses paroles et les méditer pour modeler notre agir dans l’esprit voulu par le maître absent. Il s’agit de nous laisser modeler, selon la belle expression d’Isaïe : " Nous sommes l’argile et tu es le potier ". Ce n’est que si elle est pétrie par tes mains, Seigneur, que notre existence sera belle et nos entreprises promises à un avenir fécond.
Au début de l’Avent nous sommes invités aussi à ajuster notre regard. Notre vision est le plus souvent très courte, alors que nous ne devrions jamais perdre de vue la ligne de l’horizon de notre destinée. Il est bon qu’il nous soit rappelé le but vers lequel nous marchons. La foi chrétienne est tendue et orientée vers une venue, un retour. Voilà pourquoi le temps de l’Avent nous invite à creuser notre désir de cette rencontre en pleine lumière avec le Christ. " Ah, si tu déchirais les cieux ", s’exclame Isaïe. Et si Jésus répète avec tant d’insistance: " veillez ", c’est parce que lui, le premier, désire cette rencontre avec chacun de nous.
Affiner notre écoute, affiner notre regard, affiner aussi notre agir et l’ajuster à l’évangile. La crise actuelle est une occasion de revoir nos priorités pour qu’elles soient plus conformes à l’évangile. Celui-ci ne met pas en avant le rendement à tout prix et le profit individuel mais il prône la croissance des personnes, la valorisation des talents, la solidarité pour le profit de toute la collectivité. C’est dans la mesure où nous aurons été de bons serviteurs, des artisans de paix, dans la mesure où nous aurons lutté pour un monde plus juste et humain que nous n’avons pas à craindre le retour imprévisible du Maître. Celui-ci nous a donné toute sa confiance pour aménager au mieux sa maison qu’est notre petite planète. Dès le commencement d’un nouveau cycle liturgique, la liturgie, en bonne pédagogue, a soin de nous rappeler notre responsabilité et l’enjeu de notre existence.
Fr. Bernard de Briey