Messe du Jour de Noël 2011:

Aujourd’hui c’est Noël ! Cette nuit, Dieu était célébré dans son humanité sous les traits d’un nourrisson et ce matin, nous célébrons son avènement dans la lumière. Qu’y a-t-il de plus fragile et de plus délicat qu’un nourrisson qui vient de naître ? Et qu’y a-t-il de plus éblouissant que la lumière du matin pour quelqu’un qui était plongé dans le sommeil d’une nuit profonde ?

De la nuit obscure a surgi une lumière resplendissante et dans un nourrisson se révèle un Dieu qui veut rejoindre chacun dans sa chair.

Nous l’entendons tous les jours, notre humanité est fragile ; c’est tel pays amoindri par son économie, c’est telle femme violentée par la société, ou encore tel homme accidenté par la vie ou bien cet enfant rejeté par sa différence d’avec les autres. Jésus n’est pas le petit bonhomme invulnérable devant qui tout le monde se prosterne car il a toutes les qualités. Jésus est la manifestation de Dieu parmi nous. Ça change tout. Dieu se révèle dans tout ce qui vit dans le monde. Même blessée, la femme ne cesse pas d’être une femme digne d’être aimée ; même diminué par la maladie ou le handicap, l’homme garde son sens et sa fierté dans sa famille et même rejeté ou exilé, l’enfant exprime l’espérance d’une vie en devenir.

En Dieu, ce qui est fragile ne casse pas ; en Dieu, tout ce qui est beau est fragile.

A Pâques, nous fêterons la résurrection comme la lumière qui renouvelle le monde ; à Noël, la lumière est plus discrète et plus cachée, pourtant très réelle, il nous faudra bien toute notre vie terrestre ainsi que notre vie éternelle pour la contempler.

Cette lumière qui survient de l’humanité précaire ouvre notre regard et nous donne d’apercevoir le monde autrement. Le monde n’est pas noir ou blanc, il y a toute un éventail de nuances qui laissent deviner la complexité et la beauté de la réalité. Noël est l’occasion dans l’année de recevoir avec certitude l’annonce d’une bonne nouvelle : Dieu n’est pas une idée abstraite, par Jésus, Dieu est un être vivant au milieu de nous et sa mission sera de nous devancer pour nous guider ou bien être derrière nous pour nous attendre et nous relever. Les médias se chargent bien de nous dresser le bilan de l’année et les agences dites de notations d’évaluer la valeur de nos pays ; mais ils ne nous diront jamais pourquoi Noël est une bonne nouvelle. C’est à nous de le reconnaître, c’est notre responsabilité de croyants de témoigner que Noël transfigure le monde ; Dieu est vivant au milieu de nous, dans la fragilité de notre existence. C’est Dieu qui donne le sens – même le salut - à l’humanité, pour Dieu chacun a un prix inestimable.

Dans le langage courant, il est normal de s’entendre dire que l’homme est voué à la mort, c’est une certitude.

Mais Noël nous rappelle que nous sommes d’abord voués à la vie. La vie est aussi une certitude.

Zundel, un théologien, disait que le vrai problème n'est pas tant de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort.

Par la naissance de Jésus, le verbe s’est fait chair.

Noël est la célébration de l’incarnation de Dieu dans le monde. Et nous qui faisons partie de l’humanité, sommes-nous vraiment incarnés ? Sommes-nous des vivants ? Faisons-nous corps avec notre corps ?

Oui, Noël est l’occasion de prendre conscience de notre corps et de croire davantage en lui. La lumière ne vient pas de l’extérieur pour nous éblouir, elle sourd au-dedans de nous. Souvent, nous pouvons être attentifs à la santé des autres, à la vie d’autrui… A Noël, c’est Dieu qui prend corps en nous et il dit à chacun ma lumière veut habiter ton corps, quel qu’il soit, ma lumière veut traverser ton corps pour rayonner sur le monde. Oui, la lumière éclaire, réchauffe, rassemble. Mais elle brûle aussi et vient consumer le vieil homme pour nous ouvrir à un monde nouveau.

Laissons Dieu demeurer et prendre corps en nous.

Fr. Pierre Gabriel