Mère de Dieu:
Quand fut arrivé le huitième jour, c'est-à-dire aujourd'hui. A certains égards, ce jour est pour nous le premier, le premier d'une année nouvelle, que nous nous souhaitons bonne et heureuse. Sainte aussi, pourquoi pas ? Mais ce jour est surtout le huitième, celui dont vient de nous parler le dernier verset de l'évangile, celui de la circoncision. Avant le Concile, l'évangile du premier janvier se limitait à ce seul verset : Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l'ange lui avait donné avant sa conception. On pouvait vite se rasseoir. Tous les chants de Noël qui donnent le nom de Jésus à l'enfant de la crèche font de l'anticipation. C'est seulement aujourd'hui qu'il reçoit son nom.
C'est donc aujourd'hui le jour de sa circoncision. Dans les calendriers de mon enfance, c'était le nom de la fête. Officiellement jusqu'en 1960. Sans doute un peu plus tard encore, en pratique, le temps que les imprimeurs se mettent à jour. Cela ne manquait pas d'intérêt. Rappeler que Jésus, en ce jour, a été circoncis, c'est souligner tout à la fois la réalité de son incarnation et son enracinement dans la religion juive. Comme l'apôtre Paul, il pourra dire de lui-même : circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, Hébreu fils d'Hébreu (Ph 3,5).
L'Église romaine a renoué avec une tradition très vénérable, qui avait fixé au premier janvier la plus ancienne fête de Marie, en l'honorant sous le titre de Mère de Dieu. On pourrait trouver que c'est regrettable. D'abord parce que cela repousse un peu dans l'ombre ce que je viens de rappeler du huitième jour et de la circoncision. Et aussi parce que cela nous fait commencer l'année civile par une célébration qui risque d'indisposer nos frères et sœurs des Églises issues de la Réforme. N'est-ce pas dommage, en cette journée de la paix, des bonnes résolutions et des heureuses dispositions, de commencer l'année en affirmant solennellement ce qui nous sépare ?
Sans vouloir apporter une réponse définitive à cette question, je voudrais rappeler ce que nous disons quand nous appelons Marie Mère de Dieu. Quel est l'enjeu de ce titre ? Dans l'histoire de l'Église, il est apparu comme un rempart contre une hérésie. Certains pensaient que Jésus n'était pas un homme véritable. Qu'il avait bien un corps semblable au nôtre, une chair humaine, née de la Vierge Marie, mais qu'il n'avait pas d'âme. Que le Verbe de Dieu lui tenait lieu d'âme. Cela voulait dire que Dieu ne s'était pas vraiment fait homme, qu'il s'était contenté de prendre une enveloppe charnelle, un déguisement d'homme. Marie alors n'était guère plus que la costumière de Dieu. L'Incarnation était une farce, dont Marie s'était rendue complice.
C'est peut-être paradoxal, mais en proclamant que Marie est Mère de Dieu, l'Église ne s'est pas d'abord intéressée à Marie ou à la divinité du Christ, elle a voulu dire nettement sa foi en l'humanité de Jésus. Voilà l'enjeu. Jésus est vraiment un homme, en toute chose, corps et âme, un homme dont l'humanité n'a rien à envier à la nôtre. Et Marie est sa mère, la mère de tout ce qu'il est, pas seulement la mère d'un morceau. En disant que Marie est Mère de Dieu, du Dieu fait homme, nous voulons dire que Dieu s'est vraiment fait homme, sans demi-mesures, loyalement, sans tricher. En Jésus, Dieu et l'homme sont inséparables. Marie ne peut pas être la mère de l'homme sans être aussi la mère de Dieu.
Fr. François Dehotte