2e dimanche de Pâques. Année A
Un Dieu qui ouvre les portes
Dieu est dans l’Ouvert. Il se tient dans ce qui n’enferme pas et sa vérité est souffle inspirant ; non pas un enclos, une clôture. Il laisse être, il laisse aller et venir.
Pas étonnant alors que son action que l’on peut appeler résurrection est toujours un travail dans les lieux fermés, les lieux qui, d’une manière ou d’une autre, enferment l’humain. " Lazare, sors du tombeau ". " Pierre, sors de la barque et marche sur les eaux ". " Thomas, viens et crois… ". Le travail de Dieu se passe à ouvrir les portes verrouillées.
Cela commence ainsi : les portes sont verrouillées, les gens sont verrouillés en eux-mêmes par des peurs de toutes sortes. C’est-à-dire qu’ils sont inaccessibles à autre chose, à une autre nouveauté, à un nouveau commencement.
Mais comment passer les portes fermées ? Comment venir en ce lieu fermé qu’est bien souvent le cœur humain ? Qu’est-ce qui peut bien rendre quelqu’un à nouveau accessible ? C’est un peu la question de notre évangile.
Ce qui peut passer les portes fermées, l’évangile le dit : c’est un souffle qui vient d’ailleurs et en même temps qui renouvelle l’intérieur de ceux qu’il touche. Une force qui délie de ce qui renferme, de ce qui met dans l’étroit.
Faut-il entendre là des choses extraordinaires ? Miraculeuses ?
Les mots de l’évangile sont ici des plus sobres : " Jésus était là au milieu d’eux " et il leur dit : " la paix soit avec vous ". Nous sommes ici dans une assemblée liturgique. N’est-ce pas un des lieux forts où nous faisons nous-mêmes l’expérience de la foi confiante ?
Et puis le récit nous rapporte l’épisode de Thomas.
Dans les évangiles, on a plusieurs séquences de rencontre du Christ ressuscité.
L’on y sent une double préoccupation touchant le corps du Christ ressuscité.
D’un côté, plusieurs traits veulent souligner que ce corps n’appartient plus au même espace-temps que le nôtre : Jésus ressuscité n’est, le plus souvent, pas reconnu. Il se rend présent d’une manière qui n’est pas marquée par nos limites. Le voici au milieu des disciples qui ont refermé les portes.
D’un autre côté, il s’agit aussi de dire que le Christ ressuscité n’est pas un fantôme sans chair ni os.
On assiste donc à des scènes de reconnaissance qui sont d’ailleurs différentes.
Celle avec Marie-Madeleine n’est pas celle avec Thomas.
A Marie-Madeleine qui voudrait retenir le ressuscité, Jésus dit : " ne me retiens pas ", mettant ainsi de la distance, posant un écart qui va permettre la relation juste.
Au contraire, Thomas s’entend dire : " avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté ". Jésus l’invite à vérifier l’identité du ressuscité.
Mais justement : qu’est-ce ici que vérifier ?
On pense alors que Jésus veut satisfaire un besoin d’évidences, un besoin de preuves chez un disciple douteur, un disciple qui, comme on dit, ne peut croire que ce qu’il voit.
En fait, contrairement à ce que bien des peintres ont représenté de cette scène, Thomas ne met pas son doigt dans les plaies du crucifié. Il ne fait pas la vérification que l’on attendrait. Le récit ne dit pas qu’il touche les plaies de Jésus. Au lieu d’une vérification, au lieu d’aller voir, Thomas se laisse aller à dire. Il a confiance en une parole. Les mots le précèdent en quelque sorte, comme dans la confiance, comme dans l’amour.
Ce que le récit met en évidence, c’est que le doute est reconnu chez Thomas. Thomas n’est pas désavoué dans son doute. Et c’est précisément parce qu’il est accueilli dans son doute que Thomas peut reconnaître en Jésus le visage de Dieu.
Il a pu faire ainsi un chemin de foi. Précédé par le Christ ressuscité, par Celui qui a donné sa vie jusqu’au bout parce qu’il a cru jusqu’au bout au Dieu de la vie, Thomas est finalement désarmé : " Mon Seigneur et mon Dieu ".
Pour finir, j’aimerais revenir sur le début de la première lecture tirée des Actes des apôtres. Il y est question des quatre fidélités du disciple. C’est ce que j’appelle les quatre pieds de la table chrétienne : l’écoute de la Parole, la communion fraternelle, la fraction du pain, la prière. Enlever l’un des pieds et la table ne tient plus.
Puissions-nous être gardés dans ces fidélités pour qu’à travers elles Jésus-Christ se révèle à nous. Lui que nous aimons sans le voir, en qui nous croyons sans le voir encore.
Fr. Hubert