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En méditant les textes proposés à la liturgie de ce jour, j’étais touché de voir comment ils rejoignaient notre humanité dans ce qu’elle a de plus profond, peut-être même de plus silencieux.

Le livre de la Sagesse met déjà les choses au point: Dieu ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Si nous sommes tous appelés à mourir un jour, Dieu n’y est pour rien. Ce n’est pas celui qui veut notre mort… Dieu est heureux que nous soyons ici, des vivants avec lui. Notre véritable mort serait de nous séparer de lui. Peut-être que la femme qui a touché le vêtement de Jésus avait peur de se séparer de lui et de mourir. En plus, dans son cas, touché quelqu’un était le rendre impur. Elle a effleuré son vêtement tellement elle croyait que sa guérison en dépendait. Car le désir de la femme était un désir de vivre et elle savait que Jésus allait la reconnecter à la vie.

Le psalmiste remercie le Seigneur de le relever et Paul dans sa lettre aux Corinthiens nous rappelle que tout ce que nous avons doit être partagé pour qu’il n’y ait pas d’injustice ou d’inégalité.

Enfin l’évangile nous met en présence de Jaïre dont la jeune fille est déjà à l’extrémité de sa vie et il nous parle de la femme en train de perdre anormalement son sang, chacun est unique et a un chemin différent qui l’amène à la vie. On a souvent dit que la femme était une hémorroïsse, pourtant Jésus n’identifie pas la femme à son problème de santé. Ce n’est pas non plus une femme comme une autre. Elle est unique comme chacun et elle cherche avant tout à ne pas perdre la vie.

Jaïre, un des chefs de la synagogue vient implorer Jésus d’imposer les mains sur sa jeune fille en train de mourir afin qu’elle vive. Jaïre veut  » réaliser ou rendre réaliste » (je ne trouve pas le mot) le lien unique entre Jésus et sa fille. La mort véritable serait donc bien l’absence du lien entre sa fille et Dieu.

Jésus lui dira: ne crains pas, crois seulement ! La réanimation de la fille de Jaïre est une image et un avant-goût de notre résurrection : comme Jésus a pris la jeune fille par la main, ainsi nous prendra-t-il la main, chacun à notre tour. Comme disait Isaïe : « Moi, le SEIGNEUR, je suis ton Dieu qui tiens ta main droite, qui te dis : Ne crains pas, c’est moi qui t’aide. » (Is 41, 13). C’est à toute l’humanité qu’un jour le Sauveur dira : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, lève-toi !»

Mais nous restons libres ; refuser de croire, prendre le parti des « moqueurs » (« Mais on se moquait de lui » disait Marc dans l’évangile, verset 40), c’est « nous ranger dans le parti de la mort », comme dit le livre de la Sagesse (notre première lecture) : refuser d’entrer dans le chemin de la vie, c’est rester loin de Dieu et donc loin de la vie (cfr commentaire de M.-N. Thabut).

Quand je disais au début que Jésus nous rejoignait au plus profond de notre humanité, je crois qu’il vient nous comprendre ou nous rejoindre jusqu’à à l’extrême de notre vie.

Aussi bien la femme qui veut toucher Jésus que la fille qui sera bénie par lui, toutes deux seront sauvées par leur lien avec Jésus. Un lien qui libère et non un lien qui les étouffe.

La femme en train de perdre son sang anormalement, la fille de Jaïre en train de perdre sa vie anormalement à 12 ans; aussi bien pour l’une que pour l’autre, Jésus n’est pas un magicien qui supprime les disfonctionnements de notre humanité, il croit en la femme et il croit en la vie de la jeune fille. Il ne supprime pas la maladie ou la mort, il fait surgir (ou sourdre) la vie en croyant en elles. Je dirais même qu’il suscite la puissance de la foi dans le vivant. Il nous dit à chacun: ne perds pas confiance, vas-y ! Crois.

Fr. Pierre Gabriel

Lectures de la messe :
Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24
Ps 29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13
2 Co 8, 7.9.13-15
Mc 5, 21-43

© 2016 - Monastère Saint-Remacle de Wavreumont

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