2010-08-05-021_1

« Exaltez le Seigneur notre Dieu. Prosternez-vous devant sa sainte montagne : dans sa lumière nous voyons la lumière. Alléluia ! »

Bien chers frères et sœurs, Jésus emmène les siens à l’écart sur une haute montagne. Montons avec lui, veillons avec lui, ouvrons les yeux pour voir, ouvrons nos oreilles pour entendre vraiment, dans le silence de la nuit celui qui parle, ouvrons nos cœurs pour comprendre ce qui s’y passe. Jésus est actif au départ, comme s’il portait sur ses épaules ces trois disciples, les premiers appelés, les témoins assez uniques de ce qu’il vit dans l’intimité secrète avec son Dieu et Père. Laissons-nous porter par lui, au plus haut, si possible. Puis soudain Jésus devient totalement passif, il subit ce qui arrive : « il fut transfiguré », dit le texte. Et les disciples sont témoins tout d’abord d’une double apparition : Moïse et Élie, puis ils captent que ceux-ci s’entretiennent avec Jésus. Jésus, Moïse, Élie : ils ont des choses à se dire, par-delà les siècles. Aujourd’hui, avec Romano Guardini, on peut s’interroger : Jésus et le Bouddha, ont-ils des choses à se dire ? Et avec le fr. Christian de Chergé, prieur de Tibhirine et avec le jésuite Paolo dall’Oglio, porté disparu en Syrie, on peut s’interroger à notre tour : Jésus et Mohammed, ont-ils des choses à se dire ? Gardons l’esprit largement ouvert. L’entretien au sommet de la montagne fait converger les esprits : « Tout ce qui monte converge », se disait Teilhard de Chardin.

Toutefois, du contenu de leur entretien on n’apprend rien, rien dans Matthieu, rien non plus dans Marc. Seul Luc ouvre la perspective sur « Jérusalem » et sur « l’exode », la sortie, la mort qu’il allait « accomplir » dans la Ville sainte ! Au sommet on envisage l’ultime ? Le sens de la vie, le sens de la mort, le sens de l’histoire, en marche vers un plénitude, dans la Ville des promesses messianiques, la ville de David, figure du Messie qui vient, oui qui est là, au milieu de nous.

La vue cède le pas pour une voix. Celle-ci retentit de la nuée, comme au baptême dans le Jourdain, mais à l’adresse des disciples et donc à notre adresse : « Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. Ecoutez-le ! » Toute la Bible est dans ce seul verset ! La Torah, les Prophètes et les Ecrits. Plénitude de celui qui est présenté comme l’autre Moïse, annoncé en Dt 18 : « écoutez-le » ; plénitude de celui qui apparaît comme l’Isaac de Dieu, « le fils bien-aimé » qui ne sera toutefois pas épargné ; plénitude de celui qui prend sur lui la destinée du Serviteur dans Isaïe 42 : « Tout mon amour est sur lui » ; plénitude enfin de celui qui, selon le psaume de David, reçoit l’investiture comme roi en Sion : « Tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré ! ».

« Ecoutez-le ! Ecoutez-le ! » Car il devient désormais la référence majeure, unique, décisive pour votre vie à vous ! Il vous montre le chemin de vie, chemin de croix et chemin de gloire.

Chez Matthieu les disciples en sont écrasés. Transis de crainte après cette parole du Ciel, ils se prosternent à terre.

Et c’est alors que l’on voit quelque chose d’unique : Jésus s’avance et vient même les toucher, les inviter à se relever, sans crainte aucune.

Ici on est témoin d’une constante dans la présentation de qui est Jésus chez Matthieu. Une force d’attraction émane de lui partout où il surgit simplement : tout le monde vient vers lui, « s’avance », dit le texte bien 40 fois, le recherche, amis et ennemis, tous font ce mouvement d’ « approcher » pour le voir, l’entendre, le toucher si possible, afin d’être guéri par exemple. Jésus lui-même ne doit pas bouger : on vient vers lui. Par contre, quand il apparaît en gloire, comme ici et au dernier chapitre de l’évangile, lors de la résurrection, c’est chaque fois Jésus qui « s’approche », « s’avance », « vient à la rencontre ». Il sort de sa gloire qui effraie et il touche, il ôte la crainte, se laissant par exemple toucher par les femmes qui baisent ses pieds, et il dit aux disciples qui doutent encore : « Voici, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

Retenons ce message, chers frères et sœurs, en descendant de la montagne. Dans son humanité la plus simple Jésus attire comme une fascination constante ; dans sa gloire divine, il s’approche lui-même et vient nous toucher, avec pitié et confiance : « Ne craignez pas ! C’est moi ! Pourquoi encore douter ! Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Le divin pénètre son apparence humaine ; l’humain surgit en toute simplicité quand il apparaît en gloire divine. Plus nous entrons dans le mystère de Jésus, plus nous serons remplis d’une crainte révérencielle infinie, mais, nous dit saint Matthieu, plus nous découvrirons aussi son étonnante proximité, car en Jésus, c’est Dieu lui-même qui « avance », qui est ce « Dieu-avec-nous », cet Emmanuel annoncé par les prophètes, qui nous touche, pour de bon. Or l’Eglise qui célèbre est le lieu où cette proximité divine est vécue, expérimentée, avec joie et crainte, avec confiance et un immense respect.

Poursuivons donc notre célébration avec crainte et joie, avec la proclamation de notre foi dans le Credo et l’élévation de notre cœur à la Préface, l’action de grâce pour tout ce qui nous est révélé en ce jour puis la communion la plus intime à sa proximité merveilleuse dans le pain partagé et la coupe offerte. Oui, tout dit ce que la première et la dernière page de saint Matthieu affirme : « Je suis l’Emmanuel, Dieu-avec-nous : Je suis avec vous tous les jours. Soyez sans crainte ». Amen.

Fr. Benoît Standaert

Lectures de la messe :
Dn 7, 9-10.13-14
Ps 96
2 P 1, 16-19
Mt 17, 1-9

 

© 2016 - Monastère Saint-Remacle de Wavreumont

Nous suivre :