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Je sais, pour l’avoir entendue plusieurs fois, la réticence de quelques-uns à célébrer la solennité de ce jour à cause de cette interrogation : Peut-on célébrer une doctrine, un développement intellectuel sur Dieu ? Ils auraient sans doute raison si la trinité n’était qu’un échafaudage de concepts derrière lequel ne résiderait que la froideur d’un système ou l’angoisse d’un vide inatteignable. Mais célébrer notre Dieu Un et Trine représente tout autre chose. En effet, la Trinité n’est pas seulement le socle sur lequel repose le christianisme d’un point de vue théorique, mais surtout la base existentielle, pratique et concrète de la vie chrétienne.

Pensons d’abord au signe de croix. Voilà un geste concret qui parsème encore nos journées. Chaque fois que vous faites un signe de croix, vous dessinez la Trinité sur votre corps, vous l’invoquez.

Pour le Père, vous mettez la main sur votre front, lieu de l’intelligence. Le Père est la source de votre capacité de penser et de votre être. Il est encore inaccessible, mais grâce à ce don qu’il vous a fait, vous pouvez tendre vers Lui et Le chercher. Alors, Père, purifie notre raison et tourne-la vers Toi.

Pour le Fils, vous mettez la main sur votre ventre, plus ou moins au niveau du nombril, lieu de notre corps, qui est la marque d’une filiation, d’une naissance. L’accès au Père nous est donné parce que le Fils est venu dans la chair. Le ventre est le symbole des appétits et désirs de toutes sortes que Le Christ en incarnant chacune de nos cellules, vient orienter vers le Père. Alors Christ, Fils du Dieu vivant, viens sanctifier nos pulsions et nos corps et fais-en ta demeure.

Pour l’Esprit, nous déposons nos doigts sur notre cœur, centre de la personne et reposoir de l’Amour, non pas les sentiments ou élans fugitifs, mais l’Amour du Père et du Fils, un Amour vivant, éternel qui nous est offert en partage et auquel nous pouvons répondre AMEN, Oui, j’y adhère, j’y participe de tout mon être.

Nous sommes bien dans l’ordre de l’expérience. Expérience aussi de reconnaître derrière la beauté de la création l’écho du « Je suis qui Je suis. », d’apprendre à approcher et à reconnaître dans l’Écriture le visage du Christ et d’y éprouver l’harmonie qui unifie notre être, d’apprendre encore à percevoir au plus profond de nous l’appel à être libre, à nous affranchir des comportements nuisibles pour nous-même et notre entourage.

De la même manière, Paul nous confirme qu’on est loin d’une théorie desséchante quand on vit la foi, don de la présence-confiance en Jésus, l’espérance qui est grâce nous introduisant à l’Infini de Dieu et à la participation à ce qu’il est, et enfin Amour dans l’Esprit, dynamisme des énergies divines et Vie en plénitude.

Dans cette approche de la Trinité, nous comprenons que la véritable connaissance de Dieu est le partage de sa Vie.

Pour conclure, j’aimerais vous partager la vision de Ramon Pannikar de notre Dieu en trois personnes. Une vision qui élargit encore l’horizon.

Si le Père représente la Transcendance, le Dieu Tout Autre inconnaissable, il est la face de Dieu privilégiée dans la compréhension du Judaïsme et de l’Islam. Si l’Esprit représente la présence immanente de Dieu en l’homme gémissant et nous appelant au plus profond de notre intériorité, il est la face de Dieu privilégiée dans l’Hindouisme et le Bouddhisme dans leur immense expérience de la méditation. Et si le Fils est le Médiateur entre Transcendance et Immanence, il est bien l’apanage du Christianisme, religion de l’Incarnation, du Christ véritablement homme et véritablement Dieu, point d’équilibre et de synthèse. Alors la Trinité n’est plus la caractéristique d’une religion, mais le principe divin qui rassemble toute l’Humanité dans sa ronde d’amour.

Que notre Amen contribue à la réalisation de cet appel.

Fr. Renaud Thon

Lectures de la messe :
Pr 8, 22-31
Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9
Rm 5, 1-5
Jn 16, 12-15

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