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« Monsieur l’Automne » est arrivé ! Il est là, il peint la nature d’innombrables tonalités de jaune. Les feuilles sèchent et tombent avec l’aide d’un vent de plus en plus froid. Les oiseaux migrateurs s’envolent. La toussaint est passée. La fin de l’année s’approche. Saint Nicolas… Noël. A la cuisine, nous pensons déjà au réveillon et à la choucroute du premier dîner de l’année. Car il faut rester fidèles aux traditions locales. C’est bon !

Situons notre évangile. Jésus est déjà à Jérusalem. Il vient de faire son entrée triomphale. Il est très prudent : en effet, pendant la journée, il prêche et rencontre les gens dans le temple, mais quand le soir s’approche, il s’en va passer la nuit quelque part sur le mont des oliviers, en compagnie de ses proches, les seuls à connaître l’endroit.

Notre parabole fait partie du dernier discours de Jésus, qu’il terminera en disant : « vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours et que le Fils de l’Homme va être livré pour être crucifié. Jésus est très fin, il est un grand connaisseur de l’âme humaine. Comment parler de la mort et du jugement dernier ? Comment rejoindre chacun pour éveiller leur conscience à une réalité qui viendra, mais « dont on ne sait ni le jour ni l’heure » ? Il le fait en racontant un parabole. Les évangiles nous ont transmis quarante paraboles, en plus d’une trentaine d’aphorismes imagés. Certaines, comme on le voit avec l’interprétation de la parabole du semeur, ont été lues et interprétées par les premières communautés chrétiennes. Mais toutes gardent cette fraîcheur qui les rattache à celui qui les a racontées. Les paraboles sont des récits énigmatiques. Surprenantes, elles ont séduit et fasciné les croyants ainsi que les poètes depuis toujours. C’est qu’elles peuvent exprimer l’indicible à travers un appel à l’imagination qui associe discernement et sagesse, comme nous l’avons entendu dans la première lecture. Les paraboles ne nécessitent pas ou peu d’explication : leur rôle est plutôt de nous donner à penser.

Notre parabole des dix vierges a comme point de départ, des traditions de noces dans la campagne de Galilée. Qui dit noces, dit fête, joie. Et comme partout dans le monde, on cherche les meilleures dates de l’année. Les amies de la fiancée sont des demoiselles d’honneur. Elles devaient aller chercher le fiancé chez lui. A mon sens, la parabole nous fait réfléchir sur leur chemin de conversion (donc aussi le nôtre…). Elles sont sorties, nous dit le texte. Nous aussi, nous devons sortir de nous-mêmes, nous ouvrir, marcher sur le chemin de conversion. Les jeunes filles portent leurs lampes allumées. Elles arrivent à la fin de leur voyage, à la frontière de la vie et de la mort. Elles vont à la rencontre du Seigneur.

Dix filles ! Notre parabole est incarnée au féminin. Les cinq prévoyantes sont comme la Bien-aimée du Cantique des cantiques qui dit : « Je dors, mais mon cœur veille. » Elles s’endorment toutes. S’endormir, c’est passer vers l’autre rive, se présenter devant le Créateur qui nous jugera, comme le dit le prophète Osée au chapitre 11 : « Mon peuple s’accroche à leur apostasie. On les appelle d’en haut mais tous, tant qu’ils sont, ils ne se lèvent pas. Comment te traiterais-je, Ephraïm, te livrerais-je, Israël ? Mon cœur est bouleversé en moi. En même temps ma pitié s’est émue. Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère… Car je suis Dieu et pas homme… je ne viendrai pas avec rage. » C’est vraiment une parole réconfortante.

Si nous lisons de près notre parabole, il y a un mystérieux personnage dont on n’entend que la voix : « Au milieu de la nuit, un cri se fait entendre : Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! » C’est peut-être la voix de l’archange que nous avons entendue dans la deuxième lecture ?

« Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » Cet appel à la vigilance est adressé à chacun d’entre nous, là où nous sommes, sur nos chemins de conversion. Nous sommes donc invités à remplir nos lampes, jusqu’à avoir de l’huile en réserve. De goutte en goutte, dans le contenant de la foi, nous remplissons nos lampes avec les actes dont Jésus nous parlera dans une autre parabole, celle que nous entendrons dans deux dimanche, lors de la solennité du Christ-Roi : « J’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais malade, j’étais nu, j’étais en prison. » Tout ça, c’est l’huile, c’est la pratique des béatitudes, avec un amour donné gratuitement, sans calcul.

J’invite chacun de vous à entrer dans la dynamique des paraboles, à faire le voyage avec Jésus, à construire avec lui votre propre interprétation, à aller au-delà des frontières. Ainsi, la Parole de Dieu donnera toute son huile, comme nous le dit le prophète Isaïe au chapitre 55 : « Ainsi ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »

Amen

Fr. Manuel Akamine

Lectures de la messe :
Sg 6, 12-16
Ps 62
1 Th 4, 13-18
Mt 25, 1-13

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