Jour de Pâques 2017 015

Nicodème et Joseph d’Arimathie avaient pris des linges avec lesquels ils avaient lié le corps de Jésus détaché de la croix. Auparavant, ils l’avaient enduit d’aromates. Rites funéraires habituels au temps de Jésus !

Alors pourquoi Marie Madeleine se rend seule au tombeau alors qu’il fait encore sombre ? Le soleil ne s’est pas encore levé et, sans doute aussi, l’obscurité habite encore son cœur ! N’est-ce pas l’amour pour son Maître

Jésus qui la met ainsi en mouvement ?

Voyant la pierre enlevée, elle prend peur et s’enfuit en courant pour trouver les Apôtres. Quand on a peur, on imagine plein de choses ! Arrivée auprès de Pierre et de Jean, Marie Magdeleine leur annonce que, de nuit, on a enlevé le corps de Jésus ! Mis en mouvement par Marie Madeleine, à leur tour, ils se hâtent vers le tombeau ! Pierre, futur premier pape, et Jean, futur responsable de communauté, mis en route par une femme ! Nous avons souvent besoin de quelqu’un pour nous éveiller et nous inciter à nous mettre en route !

L’un avec l’autre, les deux ensemble mais chacun à son rythme, ils courent au tombeau. Etrange description : s’ils étaient ensemble pourquoi l’un arrive avant l’autre ? Courir ensemble ne veut donc pas dire courir au même pas ! Etre ensemble, n’est pas opposé à « avancer chacun à son rythme. » La communion au sein de l’Eglise ne signifie pas uniformité, confusion mais respect de la particularité des personnes et de chaque Eglise locale ! N’en est-il pas de même au sein d’un couple, d’une communauté, d’une famille ?

Entrant dans le tombeau, Pierre et Jean découvrent les linges posés à plat et le suaire ayant entouré la tête de Jésus roulé à part. Le corps de Jésus n’a donc pas été dérobé par des voleurs ou des disciples ! Quel voleur aurait pris le temps d’enlever les linges et le suaire et de les poser ainsi ? N’est-ce pas là indices invitant le lecteur à voir plus loin ? C’est ce que pensait déjà Jean Chrysostome !

Mais si on n’a pas enlevé le corps de Jésus, qu’est-ce que cela signifie ? C’est, que pour les disciples, Dieu l’a ressuscité ! Signe renvoyant à autre chose et non pas preuve s’imposant à tous! Croyance déjà présente dans certains courants du judaïsme. C’est-à-dire que Dieu, appelé Père par Jésus, est intervenu en sa faveur ? En le ressuscitant, il a reconnu son innocence et donné tort aux autorités religieuses et politiques qui l’avaient condamné à mort pour le faire taire ! Jésus n’est pas simplement passé dans la pièce d’à côté! L’enjeu défendu par Jésus était de taille ! Il révélait un Dieu ouvert à l’homme blessé, à la femme condamnée par ses juges. Il donnait priorité à la vie, ne craignant pas de se compromettre avec l’exclu. Attitudes intolérables aux yeux des responsables religieux, gardiens de la loi, enfermant l’homme dans une multitude de préceptes, de règlements ! Lois devenues carcans car détachées de toute relation vraie avec Dieu et avec autrui! En ressuscitant son Fils, en prenant parti pour lui contre ses juges, le Père introduisait du neuf, de l’inédit. Celui qui juge est jugé et le condamné innocenté! N’est-ce pas le monde à l’envers? Dieu mettait en question le pouvoir des hommes quand on en faisait un absolu, quand on écrasait l’homme, la femme! Vocation toujours incarnée jusqu’à ce jour à travers d’hommes et de femmes fragiles et parfois malmenés mais restés debout. A la suite du Christ, ils empêchent le monde de tourner en rond, parfois au prix de leur vie!

Par la suite, l’expérience de la rencontre avec le ressuscité se fit aussi autour d’un repas, comme le faisait Jésus avant de mourir. Insistance pour signifier que l’expérience du ressuscité n’était pas illusion des disciples !

Et peu à peu, la foi en la résurrection du Christ amène les disciples à lever les yeux vers le ciel, vers le Père du Christ devenu notre Père invitant à partager la vie de son Fils! Relevé du tombeau, désormais Jésus attire à lui la multitude, peuples, races, générations! C’est ce qu’exprime Paul quand il recourt à l’image « assis à la droite de Dieu. » Nouvel aspect de notre vocation

Cette expérience faite par les disciples en milieu juif n’est pas restée lettre morte, On dirait aujourd’hui : ragots de sacristie. Habités par une force, plus forte que la peur, ils se sont mis à parler, à témoigner en public de ce qu’ils avaient découvert. Partis du milieu juif, peu à peu au gré des rencontres, des appels, ils se sont adressés aux romains. Au centurion évoqué dans la première lecture !

C’est ce témoignage qui, de générations en générations, a été transmis et vécu bien imparfaitement dans les communautés chrétiennes. C’est ce témoignage qui a conduit et qui aujourd’hui conduit des hommes et des femmes à donner leur vie par amour du Christ, par amour pour leurs frères. Près de chez nous, je pense aux risques encourus par l’accueil d’un réfugié non reconnu ! Ce témoignage que j’essaie, bien maladroitement de vous transmettre aujourd’hui !

Là où nous vivons en famille, en communauté, dans nos lieux de travail et de loisirs, offrons à Dieu, régulièrement un temps, un lieu pour le laisser agir, faire brèche en nous. Marie Madeleine a ouvert un chemin et mis en route Pierre et Jean! Emboîtons-lui, emboîtons leur le pas à notre tour!

Homélie inspirée de « Feu Nouveau » 60/3 – Février-mars 2017

Frère Jean Albert Dumoulin

Lectures de la messe :
Ac 10, 34a.37-43
Ps 117
Col 3, 1-4
Jn 20, 1-9

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