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 » Le bonheur ne se réduit pas à un canapé. »

Le pape François aime à interpeller les jeunes par une de ses phrases  » choc » dont il a le secret. Et il a raison, la sagesse est là pour nous faire bouger, pour nous mettre debout. Comment ? Par le questionnement. Elle est la force de la question. La question sur ma vie et sur le sens profond de toute chose me fait lever pour quérir un début de réponse qui me mènera à une autre question en me poussant à rencontrer, à écouter, à interroger,…

Quand ce mouvement est amorcé, fini le canapé ! Plus besoin de se morfondre. La vie devient passionnante et chaque instant peut être mis à profit pour une nouvelle découverte. Même si vous ratez votre train et devez attendre une heure sur le quai, vous sortez votre bible, vous récitez lentement une prière que vous aimez, vous contemplez les visages des passants en les confiant au Seigneur, vous osez adresser la parole à votre voisin et vivez une rencontre inédite, bref,… vous n’êtes plus seul: vous êtes habité et vous habitez votre vie.

C’est l’œuvre de la sagesse qui bâtit sa maison en vous et sculpte 7 colonnes: pour que la pierre devienne colonne, elle doit être taillée, comme la sagesse nous sculpte en éliminant ce qui nous alourdit. Elle nous oriente vers le haut; elle nous élève.

Elle nous nourrit aussi et réjouit notre cœur par ses lumières et toutes ces rencontres même pas imaginable lorsque nous étions recroquevillés dans notre confort.

Elle nous conduit de la maison à la table du festin, et du banquet à la cité, la polis, c’est-à-dire jusqu’au témoignage et à l’engagement dans la vie de la société.

 » Quittez votre folie et vous vivrez, suivez le chemin de l’intelligence. » Mais l’intelligence, qu’est-ce que c’est ? On pourrait dire que c’est d’abord distinguer l’espace entre les choses: différencier. Remarquez que c’est ce que nous faisons pour lire: laisser un espace entre les mots pour les laisser dire leur signification et les lier ensemble dans l’éclat de l’harmonie d’une phrase.

L’intelligence est donc d’abord une attention: apercevoir, remarquer ce qui nous entoure, capter les détails du réel pour le comprendre et vivre ainsi une expérience nous menant à une connaissance, un savoir ou quelque chose qui donne du goût aux événements. Quand on dit de quelqu’un:  » Il voit les choses. », c’est dire qu’il voit ce qu’une situation attend de lui, il la comprend et il agit en conséquence. Il sait interpréter.

C’est ce que dit saint Paul: commencez par être attentif à votre conduite, sentez les événements et les choses, ne vous laissez pas remplir par ce qui trompe, mais dans les difficultés de notre temps, cherchez l’occasion de répondre aux appels du Seigneur. Laissez-vous remplir par ce qui maintient en sa présence: psaumes, hymnes, louanges, chants, musique, poésie, paroles vraies, dialogue de cœur à cœur, … et acceptez de le recevoir lui-même comme nourriture. Il est sagesse, puisqu’en le recevant en conscience, il nous fait demeurer dans l’Amour. Nous pouvons manger sa chair et boire son sang, parce que de ces éléments qui font le poids d’un homme, il a fait un corps signifiant par le sens qu’il a donné à son histoire, un corps donné par amour. C’est toute sa vie offerte que nous recevons pour animer la nôtre dans l’eucharistie.

Le pain, c’est aussi la quotidienneté qui ouvre à l’éternité par la valeur qu’on y met. Le pain partagé jour après jour dans une communauté, dans un couple; pain des jours sombres et pain de joie. En néerlandais on dit wittebroodweken pour signifier la lune de miel. Le pain noir et le pain blanc unis dans la fidélité, pendant 60 ans pour, nos voisins, Mr et Mme de Borman. Avec eux, nous célébrons ce témoignage et cet itinéraire d’humanité.

Fr. Renaud Thon

Lectures de la messe :
Pr 9, 1-6
Ps 33 (34), 2-3, 10-11, 12-13, 14-15
Ep 5, 15-20
Jn 6, 51-58

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