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Chers frères et sœurs, chers amis,

« C’est au nom de Jésus que nous avons agi. Ce nom sauve. Ce nom unique a été donné aux hommes sous le ciel pour être sauvés » ! Voilà ce que proclame saint Pierre lors de son procès devant le Sanhédrin, toutes les autorités réunies. Ah ! ce Nom de Jésus ! Comme il a été aimé dans le cœur des fidèles, depuis les tout premiers siècles, en orient comme en occident.

Très tôt déjà, l’évangéliste Luc et le Père de l’Église Origène (vers 200) ont été des témoins de cette prédilection pour le nom propre « Jésus ». Yeshouah : « salut », « sauveur » et dans la tradition grecque on y a lu un dérive du verbe iâsthai, « guérir ». Ce nom sauve et guérit !

« Regarde les brebis », dit Macaire, le Père du Désert copte (ive siècle), « comme elles ruminent l’herbe tendre ; vois la beauté de ses joues pleines de la douceur de ce qu’elles ont ruminé dans leur bouche ! Il en va de même pour ceux qui répètent sans cesse le doux nom de Jésus sur leurs lèvres. Te souviens-tu des vieilles femmes au village qui mâchaient sans interruption une gomme composée d’herbes particulières ? Cette action faisait du bien à l’estomac et à tous les viscères, toute la digestion s’en trouvait allégée. Il en va de même pour qui ne cesse de ruminer le doux nom de Jésus : pensées, imagination, sentiments, tout en lui en subit la force bienfaisante ! » Les moines au désert en faisaient leur prière continuelle, Kyrie eleison, Kyrie eleison, Kyrie eleison, ou encore la formule plus large, appelée la prière de Jésus : « Seigneur, Jésus Christ Fils de Dieu, prends pitié de moi pécheur! »

En Occident, il y eut surtout saint Bernard, puis saint Anselme et saint Bernardin de Sienne, auteurs de longs poèmes et de traités sur le « doux nom de Jésus ». Dans les Vies de saint François d’Assise, les frères du Poverello témoignent que chaque fois qu’il prononçait le nom Jésus dans l’une ou l’autre prière, il se passait la langue sur les lèvres, comme s’il se délectait… Par ailleurs, il ne supportait pas qu’une quelconque note écrite traîne par terre ; il la ramassait instantanément de peur que les lettres du saint nom de Jésus y figurent et qu’un passant, par inadvertance, ne le piétine…

Plusieurs anciens poèmes français témoignent aussi d’un même amour passionné pour ce nom, qui en vient à envahir chacun des organes de la personne et la vie tout entière, jusqu’à la mort même :

Jésus soit en ma tête et en mon entendement.
Jésus soit en mes yeux et en mon regardement.
Jésus soit en ma bouche et en mon parlement.
Jésus soit en mon cœur et en mon pensement.
Jésus soit en ma vie et en mon trépassement
.

Un autre poème où le nom de Jésus revient jusqu’à vingt fois en douze lignes, offre une thématique assez analogue :

Jésus soit mon espoir, Jésus soit ma liesse
Jésus soit mon savoir, Jésus soit ma richesse
Jésus soit ma défense et Jésus soit mon Roi
Jésus soit mon bonheur et Jésus soit ma Loi.

 Jésus soit mon désir, Jésus soit mon envie
Jésus soit en mon goût et en mon ouïe
Jésus vive toujours dans mon entendement
Jésus soit mon désir et mon contentement

 Jésus soit en mes yeux,  Jésus soit en ma bouche
Jésus soit en mes mains et en ce que je touche
Jésus soit mon sentier, Jésus soit en mes pas
Jésus me soit Jésus le jour de mon trépas.

Le dernier trait : « Jésus me soit Jésus le jour de mon trépas ! » rappelle un mot qu’on trouve déjà chez saint Anselme (XIe siècle), exprimé en latin : Jesus sit mihi Jesus in hora mortis. Amen – « Que Jésus soit mon ‘sauveur’  à l’heure de la mort. Amen ». On voit donc comment cette belle profession de foi de saint Pierre devant le Sanhédrin – « il n’y a pas d’autre nom sous le soleil donné aux hommes pour être sauvé » – a provoqué un amour du Nom incomparable !

Dans la deuxième lecture, Jean nous dit qu’un jour « nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est » ! On devient ce qu’on voit, et à voir l’invisible, à voir Dieu tel qu’il est, cela nous rend semblables à lui ! Il faut se recueillir un peu pour rejoindre une telle pensée, une telle ouverture, une telle transformation. Le texte ajoute : « Quiconque attend cela, se rend pur comme Celui-là est pur ! » Ce que nous attendons de plus élevé que tout, se traduit dans nos vies comme une belle exigence, de pureté, de sainteté, de vie conforme à l’appel le plus haut : « Soyez saints car moi, le Seigneur je suis saint ! »

Et l’évangile ? Il est court mais c’est de la liqueur : on ne le boit pas comme du petit lait ! Il faut y aller doucement, par petites gorgées ! « Je donne ma vie pour mes brebis ». « Le Père m’aime parce que je donne ma vie ». Quiconque donne sa vie, sera aimé du Père ! « Il y aura un seul troupeau, un seul pasteur », au futur, comme une attente qu’on retrouve si souvent dans notre psalmodie quotidienne. On marche vers une unité qui est devant nous, à l’horizon, voulue par Dieu et réalisée au fur et à mesure que nous suivons l’Esprit qui est secrètement en personne le désir même de Dieu et qui gémit jusque dans notre cœur. Combien de paroles qui soulignent les écarts, les obstacles, les résistances farouches à une telle unité illustrent notre difficulté à rester branchés sur le mouvement que l’Esprit imprime dans nos cœurs vers le projet de Dieu sur nous tous, comme humanité ?

Chers frères et sœurs, chers amis,

Le nom sauveur de Jésus dans le cœur et sur les lèvres, la dignité de fils, en croissance vers un devenir qui correspond à ce que l’on voit : Dieu tel qu’il est, et l’imitation de ce berger qui donne sa vie pour ses brebis, est aimé de Dieu et nous attire par l’Esprit vers l’unité finale. Voilà ce que la Parole de Dieu sollicite pour chacun de nous en ce dimanche du Bon Pasteur. Renouvelons notre vocation de fils et filles de la Résurrection, marchons sur les traces de cet Agneau-Pasteur qui nous précède et qui donne sa vie, ruminons dans le cœur le beau Nom sauveur qui a été invoqué sur nous lors de notre baptême. Devenons enfin à notre tour des hommes et des femmes qui sollicitent des vocations autour de nous, chez des collègues, des proches, des amis ou des jeunes : « N’est-ce pas là quelque chose pour toi ? » Que le bon parfum de l’évangile sorte du flacon et se répande, avec toute sa force irrésistible. Impossible d’ailleurs, une fois le flacon ouvert, de le renfermer à nouveau dans récipient ! Qu’il en soit ainsi ! Amen.

Fr. Benoît Standaert

Lectures de la messe :
Ac 4, 8-12
Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29
1 Jn 3, 1-2
Jn 10, 11-18

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