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Y a-t-il une politique chrétienne ? Un Etat peut-il revendiquer d’être instauré au nom du Christ ou de l’Islam ? Et quels sont les rapports entre la religion et la politique, c’est-à-dire l’organisation de la cité ?

Voilà des questions qui ne sont pas étrangères à l’actualité des attentats, élections, referendums et autres remous qui secouent plusieurs Etats. Elles ne sont pas étrangères non plus à l’Evangile. Faut-il payer l’impôt à César ?

La question est un piège posé à Jésus par deux groupes antagonistes, qui se rejoignent ici pour le mettre en difficulté. Les pharisiens sont des Juifs soucieux d’une grande fidélité à la loi de Moïse et ils considèrent que la terre promise appartient à Dieu et revient au peuple élu ; les partisans d’Hérode au contraire espèrent tirer profit de la collaboration avec l’occupant romain. Si le Christ répond oui, il sera accusé par les premiers de renier leur religion ; s’il répond qu’il ne faut pas payer l’impôt, les seconds vont le dénoncer comme résistant à l’autorité et ennemi de Rome.

« Montrez-moi la monnaie de l’impôt » répond Jésus en déjouant le piège. Or, sur ces pièces, il était écrit ‘Tibère César, fils du Divin Auguste, Empereur’… Nous connaissons la suite et le fameux « rendez à César » qui est entré dans le langage courant. Est-ce à dire que le Christ renvoie ses opposants dos à dos, les curés à la sacristie et les puissants à leurs luttes de pouvoir ? Ce serait trop court. En nous invitant à rendre à César ce qui lui appartient, ne nous invite-t-il pas à contribuer aux frais des services publics et à nous engager au service du bien commun ? Et pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu, ne faut-il pas reconnaître son effigie en tout être humain, marqué de l’inscription ‘à son image et selon sa ressemblance’ écrite à la première page de la Bible ?

Au fond, ce récit nous permet, à la suite de Jésus, d’échapper à une triple tentation.

La première est d’utiliser la religion au service de l’Etat : se servir de Dieu pour imposer sa loi. C’est le ‘Gott mit uns’ sur les ceinturons ou le ‘Allah akhbar’ des djihadistes. On a voulu faire de Jésus un roi, mais il a suivi son chemin. « Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël » s’interrogeaient encore les disciples d’Emmaüs au soir de Pâques. Son Royaume n’est pas de ce monde.

La deuxième tentation est de se servir de l’Etat pour imposer sa religion. Le vieil adage latin « cujus regio ejus religio » – la religion du roi devient celle de son pays – a entraîné bien des guerres de religion, et elles ont laissé des traces très malheureuses dans la mémoire des peuples. Jésus refuse la proposition de Satan qui lui offre tous les royaumes de la terre. Le champ de Dieu n’est pas uniforme : il y a de l’ivraie qui pousse parmi les blés mais on fera le tri lors de la moisson, et le filet ramené sur le rivage ne contient pas seulement les meilleurs poissons…

La troisième tentation est peut-être la plus actuelle dans nos pays européens : renvoyer la religion dans le domaine privé. Puisque les religions sont source d’enfermement et de violence, écartons-les de la vie sociale. Que la foi soit une affaire personnelle, et qu’elle soit évacuée de la place publique, de l’école, etc. Que les croyants se réunissent dans leurs églises ou leurs mosquées, et qu’en dehors ils se taisent ! Et les puissants pourraient alors se partager le monde et l’argent, pendant que nous prions, tournés vers l’au-delà…

Mais la monnaie de Dieu, c’est son image au cœur de l’homme. Et c’est là que se joue son règne. Il faudrait citer ici toute la constitution de Vatican II ‘Gaudium et Spes’ : Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Eglise sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. En deux mots : servir Dieu, c’est servir l’homme.

Dans l’eucharistie, nous allons rendre à Dieu, symboliquement, avec le sacrifice du Christ, tout ce qui lui revient : la vie du monde. « Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre » disait-il par le prophète au roi Cyrus. Et j’aime beaucoup les mots de St Paul aux chrétiens de Thessalonique, parce que c’est le tout premier écrit du Nouveau Testament, vingt ans seulement après la mort du Christ : « Nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous…votre foi est active, votre charité se donne de la peine, votre espérance tient bon… » N’est-ce pas aussi un beau programme pour notre engagement dans le monde ?

Abbé René Rouschop

Lectures de la messe :
Is 45, 1.4-6
Ps 95
1 Th 1, 1-5b
Mt 22, 15-21

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