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Et si nous mettions notre évangile dans son contexte ? A mon sens, cela pourrait nous donner quelques éclaircissements. Jésus descend du mont Tabor, là où a eu lieu la transfiguration. Élie et Moïse s’entretenaient avec lui. L’évangéliste Luc nous dit qu’ils parlaient de son exode qui allait s’accomplir à Jérusalem. Jésus interdit à Pierre, Jacques et Jean de parler de cette vision à qui que ce soit, avant que le Fils de l’Homme ressuscite d’entre les morts. Mais les trois disciples se demandaient entre eux ce que voulait dire « ressusciter d’entre les morts ».

Jésus part de là et traverse la Galilée en évitant les foules. Il ne voulait pas qu’on sache qu’il était là car il voulait s’entretenir en privé avec ses disciples. Le Fils de l’Homme est livré aux hommes. Ils le tueront et trois jours après sa mort, il ressuscitera. C’est la deuxième annonce de sa passion sur les trois qu’il adresse à ses disciples, sans réussir à faire passer le message.

Les disciples avaient de la honte et de la peur. Honte, car ils avaient discuté en chemin pour savoir qui était le plus grand. Le projet du Royaume tel que Jésus et eux le concevaient, n’était pas du tout le même. Pour Jésus, mort et résurrection. Pour les disciples, l’honneur et la gloire. Le récit nous donne l’impression qu’entre Jésus et ses disciples, il y a une série d’incompréhensions, comme si entre eux, deux logiques s’opposaient. Comme s’ils marchaient sur deux chemins différents. Le thème du chemin est très biblique. L’un est large et apparemment aplani et facile, mais il conduit à la perdition. L’autre est étroit. Son entrée, il faut la chercher. Souvent, il faut combattre avec soi-même pour y rester. Il faut l’aide de Dieu pour avancer et voir plus clair.

Pour nous aujourd’hui, le chemin à la suite de Jésus, n’est pas évident non plus. Nous, qui croyons sans avoir vu, avons beaucoup besoin de l’aide du Seigneur.

Revenons à notre évangile. Les disciples sont sur leur chemin de conversion. Ils vivent le « déjà » et le « pas encore ». Le « déjà-là », car ils sont avec Jésus et ils marchent à ses côtés. Le « pas encore » n’a pas eu lieu, ni sa mort, ni sa résurrection : ils sont sur le chemin vers Jérusalem, lieu de l’accomplissement de l’itinéraire accepté librement de Jésus.

Un silence chargé de honte, quand Jésus les questionne : « De quoi discutiez-vous ? » et de la peur, car ils n’osaient pas poser de question. Le chemin de conversion ne se fait pas d’un coup. Ce n’est qu’après Pâques qu’ils feront mémoire et qu’ils comprendront. Les paroles de Jésus trouvent alors tout leur sens. Croire, mort et résurrection, lavement des pieds, dernière cène, manger son corps, boire son sang…

Le « déjà » et le « pas encore », c’est aussi ce que nous vivons. Après la résurrection de Jésus, le Royaume de Dieu est là, mais pas encore achevé. Le Seigneur compte sur nous pour faire advenir son règne. Nous avons l’impression aujourd’hui que le chemin large ne finit pas de s’élargir. Les faux dieux sont là ; les idoles se multiplient et grandissent : l’argent, le pouvoir, la jeunesse éternelle. La mondanité est hyper-présente. Mais par la foi, nous avons la conviction que la porte qui conduit au vrai chemin est là quelque part. Pour la trouver, il faut du discernement, de la persévérance et de la confiance. Nous comptons surtout sur la lumière qui vient de Dieu, la lampe de sa Parole.

Ils arrivent donc à Capharnaüm, dont le nom signifie « consolation ». Mais on ne sait pas dans quelle maison ils se sont retrouvés. A qui est cette maison ? Il faut le dire, nous ne le saurons jamais. A la maison, il y avait aussi un enfant –des enfants ?- A l’époque de Jésus, les enfants n’avaient pas de droits. Mais un enfant porte en lui le germe de l’avenir. Il est curieux, il a le désir d’apprendre. Il a la confiance et l’espérance. C’est l’attitude que Dieu attend de nous. Il faut dire cependant : il ne faut pas être un enfant, mais bien : être comme un enfant, ouvert à la présence de ce Dieu qui nous appelle à sortir de nous-mêmes, à son exemple, et à semer comme lui : rappelons-nous la parabole du semeur : Dieu sort toujours. Il n’est pas enfermé dans son ciel. Il sème à pleines mains.

Dans notre évangile, Jésus s’assoit. Ce geste indique qu’il est le maître et qu’il se donne du temps pour expliquer. Il attend des questions de la part de ses disciples, mais la peur les paralyse. C’est une image qui nous concerne, nous aussi : invitation à nous accepter nous-mêmes. Accueillons-nous, comme dit Jésus, accueillons-nous comme nous sommes et pas comme nous voudrions être. Accueillons aussi les autres avec simplicité et vérité. Accueillons-nous avec nos fragilités, comme Dieu nous accueille. Ce sont les pauvres que Jésus appelle bienheureux, car ils verront Dieu, Dieu le Père, qui a envoyé le Fils dans le monde, pour le sauver, annoncer la bonne nouvelle du Royaume et pour lui donner la vie en plénitude.

C’est vrai, aujourd’hui, parler de mort et de résurrection n’est pas plus facile que pour les disciples, même dans les milieux chrétiens. Comme le dit saint Paul, si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine, elle n’a pas de sens. La résurrection est au cœur de notre foi. Depuis la Pentecôte, l’Esprit de vérité, le Consolateur (je rappelle que le nom « Capharnaüm » veut dire consolation) nous accompagne sur le sentier de nos vies. Levons-nous et continuons à suivre Jésus dans sa montée vers Jérusalem, lui qui est le seul chemin, la vérité et la vie.

Fr. Manuel Akamine

Lectures de la messe :
Sg 2, 12.17-20
Ps 53 (54), 3-4, 5, 6.8
Jc 3, 16 – 4, 3
Mc 9, 30-37

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