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Il a bien eu de la chance cet apôtre Thomas, pensons-nous, il a vu le ressuscité. Il a pu avancer son doigt et sa main. Il a eu des preuves. Même s’il s’entend dire après : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Mais voilà, les évangiles ne sont pas des reportages, des enregistrements pris sur le vif. Ils ont été écrits par et pour des gens qui ne pouvaient plus mettre la main dans le côté blessé de Jésus.

Que voulait donc dire Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » ?

Si nous nous reportons à la finale du passage évangélique écouté ce matin, nous lisons : « ceux-ci (c’est-à-dire les évangiles) ont été mis par écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Messie, l’envoyé de Dieu, son Fils et que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom ».

Ce dont il est question c’est donc « la vie en son nom ». Ce dont il est question, c’est que le croyant trouve la vie. Passe dans la vie. Mais c’est quoi ? Avoir plus de preuves, plus d’explications, plus de garanties… Boucher toutes les incertitudes ? Est-ce plus de vie ? La publicité ne cesse de tenir ce discours : plus de vie, elle nous fait plein de promesses.

Le commencement ne serait-il pas de croire en la vie ? Mais de la croire plus forte que la mort. De retrouver le goût de cette vie-là, plus forte que la mort.

Est-ce croire qu’il y a une vie après la mort ? Il me semble que l’Évangile ne prend pas d’abord cette voie-là : une vie après la mort. L’Évangile, la bonne nouvelle, ce n’est pas d’abord cette croyance. J’ai toujours retenu ces mots de Marguerite Yourcenar quand elle fait dire à l’empereur Hadrien : « je n’en suis pas moins arrivé à l’âge où la vie est une défaite acceptée ». La vie est-elle finalement une défaite acceptée ? Ou bien la résurrection du Christ vient-elle traverser la vie du dedans et la renouveler ? Cela voudrait dire peut-être autre chose que s’équiper de bonnes croyances mais plutôt une vie qui s’écarte de ce qui fermente, ce qui corrompt, ce qui abîme, ce qui pourrit, une vie qui se laisse gagner par la nouveauté, celle qui génère plus d’humanité. C’est une force, une énergie renouvelantes pour rejoindre l’autre rive du monde, au-delà du meurtre sous toutes ses formes, au-delà de la haine ; tout ce qui défait la vie en fin de compte. L’autre rive du monde, il en est souvent question dans les évangiles de Pâques. Pour autant, ce n’est pas une vie idyllique, « sur un petit nuage » ; elle a ses failles, ses contradictions, ses difficultés, elle fait avec la finitude, la solitude et l’incertitude, pour reprendre les mots du philosophe Jean-Michel Longneaux. Elle fait avec mais s’écarte du morbide et du mortifère.

Finalement ce récit évangélique, avec Thomas comme personnage, ce récit raconte une défaite. C’est la défaite de l’illusion qui veut croire qu’avec des preuves, des apparitions, des démonstrations, des textes, on va mieux saisir Jésus. Or il s’agit plutôt de recevoir une vie neuve. De la recevoir, car une vie plus forte que la mort n’est pas en notre pouvoir. Elle vient du vivant, du ressuscité. Il s’agit de la laisser gagner du terrain en nous. Celui qui peut s’avancer par-là rejoint la liberté de croire. Garder la vie ouverte. On pourrait dire que Dieu passe son temps à mettre un pied dans la porte…pour qu’elle ne se referme pas. Car nous avons tendance à verrouiller nos portes …

Fr. Hubert Thomas

Lectures de la messe :

Ac 5, 12-16
Ps 117 (118), 2-4, 22-24, 25-27a
Ap 1, 9-11a.12-13.17-19
Jn 20, 19-31

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