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L’évangile de Jean ne propose pas d’enseignement sur la prière, comme Matthieu et Luc, mais il nous montre Jésus qui prie longuement, en conclusion du dernier repas avec ses disciples. Et cette prière est un exemple pour eux, comme le montrent les Actes des Apôtres et la lettre de Pierre : ils étaient assidus à la prière …, que le chrétien n’ait pas de honte et qu’il rende gloire à Dieu pour le nom du Christ. C’est aussi un exemple pour nous, disciples du 21e siècle.

En premier lieu : « Père ». Ce premier mot rejoint ce que rapportent Matthieu et Luc quand les apôtres demandent « apprends-nous à prier », et que Jésus répond par le ‘Notre Père’. Le premier apprentissage de la prière est de se situer dans cette relation à laquelle le Christ nous introduit : la relation avec Dieu est une relation filiale, la confiance et la reconnaissance, en un mot l’amour qu’un enfant a pour son papa ou sa maman. Abba, papa : ce premier mot de la prière de Jésus dit déjà tout de ce que peut être la nôtre. Avons-nous assez conscience de la révolution que cette perspective représente, non seulement dans la conception qu’on se faisait de Dieu à l’époque, mais encore aujourd’hui où bien des gens se situent souvent dans une relation marchande, un commerce de donnant-donnant avec un Dieu qui récompense le bien et punit le mal – comme je l’avais appris dans le ‘petit catéchisme de Belgique’ quand j’avais 10 ans ?

« Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils ». Voici le moment essentiel de la révélation : manifester qui est vraiment le Fils pour que celui-ci manifeste qui est vraiment le Père. Notre vocabulaire est déficient pour rendre les nuances du mot grec employé par l’évangile : le sens premier de ‘glorifier’ est faire connaître, assurer la réputation, montrer le poids, l’influence réelle de la personne. Être dans une relation juste avec Dieu et savoir la vivre et l’exprimer : voilà l’objectif premier du priant.

Jésus revient ensuite sur la mission qu’il a reçue du Père et qui n’est pas terminée : le don de la vie. La vie de l’humanité lui a été confiée et il est venu pour que nous ayons la vie en abondance. En cette heure décisive, il prie pour que cela se réalise. Quelle est cette vie en abondance, en plénitude, cette vie éternelle ? Dès maintenant, c’est connaître Dieu et son envoyé Jésus Christ. Connaître : P.Claudel proposait une étymologie particulière : ‘naître avec’ (ce qui rejoint le terme hébreu). Naître avec Dieu, renaître avec Jésus, être en communion intime avec Lui, n’est-ce pas le but réel, conscient ou pas, de toute prière ?

Cependant, le priant n’est pas fermé sur lui-même. Il a les yeux ouverts sur ses proches d’abord. « Ceux que tu as pris dans le monde pour me les donner » dit Jésus. Ils ont gardé ta parole. La parole de Dieu, toute l’Écriture sainte, nous garde sur le chemin de la connaissance et de la reconnaissance du Christ qui est la Parole vivante, le Verbe fait chair. Voilà un bon guide pour notre prière : la Bible, la Parole du Seigneur.

En priant pour ses apôtres, le Christ ne prie-t-il pas aussi pour nous, qui avons reçu les paroles et reconnu l’envoyé du Père, nous qui sommes dans le monde, où nous poursuivons sa mission ? N’est-ce pas émouvant de penser qu’en ce moment solennel, Jésus a prié pour nous ? A notre tour de prier les uns pour les autres, pour toute l’Eglise et sa mission… Mais de cette mission il sera question dimanche prochain. A chaque jour suffit sa peine…

En attendant, rendons grâce au Seigneur qui nous guide par sa parole, et nous apprend à prier grâce à sa propre prière.

Abbé René Rouschop

Lectures de la messe:
Ac 1, 12-14
Ps 26 (27), 1, 4, 7-8
1 P 4, 13-16
Jn 17, 1b-11a

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