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Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. C’est ainsi que s’ouvre la Parole que Dieu nous adresse en cette nuit de Noël. Une joyeuse annonce qui date d’il y a plus de 25 siècles, et qui garde toute son actualité. Pas seulement parce que nous fêtons symboliquement la nativité du Christ au moment où le soleil commence à l’emporter sur la nuit – « nous gagnons une minute de clarté », disent les présentateurs de la météo … Le vrai sens de Noël n’est pas non plus dans la débauche des illuminations et des commerces. Ce qu’il convient de regarder, c’est d’abord ce peuple qui marche dans les ténèbres.

« Pour comprendre Noël, disait récemment l’archevêque de Luxembourg, il faut comprendre l’obscurité ». En effet, ce sont de pauvres bergers, marginaux dans la société de l’époque, qui reçoivent les premiers la bonne nouvelle. Les pauvres aujourd’hui dans le monde sont de plus en plus nombreux tandis que les riches deviennent de plus en plus riches. Beaucoup de gens n’ont plus de points de repère et les grandes institutions sont remises en question – « une société liquide », disent les sociologues ; « tout est devenu flou », chantent les jeunes ; et beaucoup d’entre eux nous alertent aussi face aux changements climatiques … Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les ténèbres qui pèsent sur tout un monde : nous serions nous-mêmes plongés dans l’aveuglement ou l’illusion.

Mais toute nuit pressent la lumière et l’astre d’en-haut est venu nous visiter pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et conduire nos pas au chemin de la paix … Celui qui était annoncé par les prophètes comme le Prince de la paix, qui affermira le droit et la justice, c’est celui que les bergers ont découvert couché dans une mangeoire. Oui, la bonne nouvelle de l’amour de Dieu pour tous les humains passe par l’impuissance d’un bébé naissant dans la précarité et par l’humiliation d’un innocent crucifié. Scandale pour les juifs et folie pour les autres, écrira plus tard saint Paul. La bienheureuse espérance, pour reprendre encore les mots de l’apôtre, vient de la foi au Christ vivant – « le soleil nouveau, le soleil de justice », selon les Pères de l’Église. Il s’est donné pour nous afin que nous soyons un peuple ardent à faire le bien.

Voici donc, face aux ténèbres qui risquent de nous envahir, une double invitation pour ceux qui en ont pris conscience : d’une part, l’espérance pour faire le bien ; d’autre part, le bonheur de la foi. Faire le bien, ce n’est pas un programme impossible ni un rêve irréaliste. C’est une réalité de tous les jours, à la portée de tout un chacun. « Dans la nuit des conflits, écrit le pape François, chacun de nous peut être une bougie allumée, qui rappelle que la lumière est plus forte que les ténèbres ». Cela commence par un simple sourire, et par cette volonté positive que soulignait l’abbé Pierre il y déjà bien des années : « Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir ; je continuerai à aimer, même si les autres distillent la haine ; je continuerai à construire, même si les autres détruisent, et à parler de paix, même au milieu d’une guerre ; je continuerai à illuminer, même au milieu de l’obscurité ».

L’autre attitude que Noël suscite en nous est la joie de la foi. Que Dieu épouse la condition humaine jusqu’à nous rejoindre dans la vie d’un petit enfant dans un petit pays chez de petites gens, c’est l’originalité du christianisme parmi toutes les religions, mais c’est surtout la raison dernière de croire en l’homme et le motif premier d’en remercier Dieu. La confiance dans le Seigneur va de pair avec la gratitude. Chantons-lui notre reconnaissance : c’est le sens même du mot « eucharistie ».

Abbé René Rouschop

Lectures de la messe :
Is 9, 1-6
Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc
Tt 2, 11-14
Lc 2, 1-14

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