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En ce temps-là … Les livres liturgiques ont pris l’habitude de commencer ainsi la lecture de l’Évangile. Pourtant, c’est une parole pour aujourd’hui que nous venons d’entendre. Que nous dit-elle ? Peut-être faut-il quand même faire un détour « dans le temps » pour mieux saisir ce qui est en cause …

En ce temps-là donc, au temps de Jésus, les spécialistes de la Loi juive discutaient entre eux pour mettre de l’ordre parmi les 613 commandements répertoriés dans les Écritures. Pas étonnant dès lors que la question soit posée à celui qui est déjà considéré comme un Maître : dans la Loi, quel est le plus grand commandement ?

L’originalité de la réponse est d’associer inséparablement deux préceptes tirés de deux livres différents : dans le Deutéronome, aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit – dans le Lévitique : aimer son prochain comme soi-même.

En ce temps-là, au 6ème siècle après le Christ, un moine de Gaza (on parle souvent de ce territoire palestinien enclavé en Israël), Dorothée de Gaza parlait ainsi à ses moines : « mes frères, ayons soin de vivre bien unis les uns aux autres ; car plus on est uni au prochain, plus on est uni à Dieu … Supposons un grand cercle tracé sur le sol, autour d’un point central. Eh bien, ce cercle est notre monde, et le centre en est le Dieu vivant, et tous les rayons sont les différentes voies ou manières de vivre des hommes [sans doute la roue de bicyclette n’existait-elle pas encore …] Quand nous désirons nous approcher de Dieu et que nous marchons vers le milieu du cercle, nous nous rapprochons nécessairement les uns des autres, en même temps que de Dieu au centre. Ainsi, plus nous approchons de Dieu, plus nous nous rapprochons les uns des autres … Vous comprenez qu’il en est de même en sens inverse ».

En ce temps-là, au 13ème siècle, François d’Assise se plaignait que l’amour n’est pas aimé. Son disciple du 20ème siècle, Éloi Leclerc, dans son beau livre « Sagesse d’un Pauvre », lui prête ces paroles : « Évangéliser un homme, c’est lui dire : tu es aimé de Dieu. Et pas seulement le lui dire, mais se comporter avec lui de telle manière qu’il sente et découvre qu’il y a en lui quelque chose de plus grand et de plus noble que ce qu’il pensait … C’est cela lui annoncer la Bonne Nouvelle. Tu ne peux le faire qu’en lui offrant ton amitié. »

En ce temps-là, vraisemblablement six siècles avant le Christ, la composition du livre de l’Exode ; nous venons d’en écouter un extrait : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes immigrés au pays d’Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin … car moi je suis compatissant ». Deux raisons déjà de respecter l’autre, l’étranger, le pauvre : souviens-toi que tu as été dépendant de l’autre (bébé entièrement dépendant, étranger sans papiers …), ce qui revient à dire avec Marc Oraison : « aimer, c’est considérer l’autre comme autant existant que soi » – et deuxième raison avancée par l’auteur de l’Exode : « car moi je suis compatissant », compatir, souffrir avec l’autre parce que c’est ainsi que Dieu se comporte. Celui qui dit aimer Dieu sans aimer son prochain est un menteur (1 Jn).

En ce temps-là … la liste serait trop longue. Arrêtons-nous quelque peu en ce temps-ci.

En ce temps de migration, quelle est notre attitude à l’égard des étrangers venus habiter chez nous, des réfugiés, des demandeurs d’asile ? Un bonjour, un regard amical, une réflexion positive peut être déjà un souffle d’air frais qui assainit le climat.

En ce temps de pandémie, quel soin prenons-nous des autres et de nous-mêmes ? Le respect des consignes de sécurité, le respect des soignants et de tous ceux et celles qui travaillent pour le bien commun, l’attention aux malades et aux isolés qui ont besoin d’un contact même si c’est à distance… Comme l’écrit le pape François dans sa dernière encyclique : « le plus grand danger, c’est de ne pas aimer ».

Et en ce moment, dans cette église, comment suis-je ouvert et réceptif à la Parole du Seigneur, à son Esprit, à sa présence ? Pour que pénètre dans mon cœur, mon âme et mon esprit tout l’amour qui le constitue, et que je devienne compatissant comme Lui.

Abbé René Rouschop

Lectures de la messe :
Ex 22, 20-26
Ps 17 (18), 2-3, 4.20, 47.51ab
1 Th 1, 5c-10
Mt 22, 34-40

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