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Jusqu’à ces dernières heures, je suis resté sans voix, sans inspiration. Que dire, comment vous rejoindre, en ce jour de Noël. Rattrapé moi aussi par le Covid, je me demandais que dire, que leur dire … ?

Noël, c’est faire mémoire de l’incarnation de Dieu. Mais comment dire cela ? Cette chose incroyable. Peut-être simplement esquisser quelques ouvertures.

Dieu s’incarnant n’entre pas simplement dans la vie comme s’il était parachuté du haut des cieux et largué dans la chair.

Il entre dans une certaine forme de vie, une vie bien particulière, laissant par là entendre que le décisif n’est pas d’être dans la vie, comme un poisson dans l’eau, dans son élément. Mais d’être dans une certaine forme de vie, dans une vie qui a une certaine forme, un certain style. Dieu a fait le choix de s’incarner en Jésus de Nazareth, comme s’il nous suggérait que c’est bien dans notre vie particulière que nous avons à vivre. Tâchant de faire de notre existence un chemin par où avancer, une vie qui n’est pas dans la soumission mais veut être créatrice et féconde si possible et aussi une vie vraie, qui n’est pas livrée aux mensonges et aux illusions.

Faut-il dire que Jésus vient montrer la « vraie vie » ? Vient révéler la vraie vie ou la vérité de la vie ? Comme si sa vie venait en quelque sorte désavouer nos vies à nous, les discréditer. Il nous inviterait, en quelque sorte, à faire un copier-coller et ainsi nos vies deviendraient évangéliques ou plus évangéliques. J’avoue que tout cela ne me satisfait pas, comme s’il s’agissait d’imiter la vie de Jésus de Nazareth, de la reproduire alors qu’elle est sa vie particulière.

J’ai toujours été frappé par le fait que Jésus ne nous a pas laissé d’écrit, ne nous a pas laissé son Évangile écrit noir sur blanc. Il ne nous laisse pas d’écrit de sa main. Et c’est pourquoi nous ne sommes pas, comme on le dit encore souvent, une religion du Livre. Jésus ne nous laisse pas d’écrit fondateur mais nous donne son Esprit. Il nous demande non pas de reproduire, de répéter mais de nous laisser inspirer par son Esprit.

La vraie vie, ce n’est pas sa vie à répéter ou à introduire dans nos existences, c’est imaginer nos existences hors de ce qui les tient dans le morbide et le mortifère. C’est écouter encore et toujours l’ange de la vie qui nous dit : ne restez pas ici, dans les tombeaux. Rejoignez votre vie dans ses éclats, dans ses brisures comme dans ses plaisirs et ses fêtes, ses peines et ses doutes. Délivrez-vous du mal en laissant encore votre cœur se convertir, passer du cœur de pierre au cœur de chair. C’est cela l’incarnation !

Je pense de plus en plus que le contraire de l’Évangile, ce n’est pas une vie idéale ou idéalisée de quelque manière, le contraire de l’Évangile, c’est ce qui détruit, ce qui défait la vie, la violence meurtrière sous toutes ses formes. Ce qui est encore et toujours à sauver, à sauvegarder, c’est ce que l’Évangile appelle la sainteté. Non pas les actes héroïques, les actions d’’éclat, les actes extraordinaires mais ce qui donne à la vie son sel : la gratuité, la bonté, la générosité et d’autres choses encore qui sont dites dans les paraboles de Jésus. Le philosophe Paul Ricœur met bien en contraste une logique de la surabondance qui traverse les évangiles et le Nouveau Testament et une logique d’équivalence, une logique du contrat où risque de s’enfermer le monde. Ne faut-il pas qu’une logique de la surabondance vienne faire ouverture dans la logique du donnant-donnant ? On me dit que dans ce temps de pandémie et d’inondations, ce qui a grandi, ce qui a augmenté, c’est le bénévolat. N’est-ce pas magnifique que des ressources créatrices soient ainsi venues au jour et comme redevenues à la mode ?

J’écoute en moi ce poème d’Aragon chanté par Jean Ferrat et voilà que ses mots prennent leur envol comme l’oiseau sur la plus haute branche. Je regarde la crèche dérisoire : cet enfant de la femme est-il inutilement né ? J’entends ce qui est dit : « un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange ». Ce ne sont pas des mots tirés de la Bible mais la voix qui les dit, c’est la bouche de la protestation autant que l’espoir ineffaçable d’un monde autre.

Fr. Hubert Thomas

Lectures de la messe :
Is 52, 7-10
Ps 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4, 5-6
He 1, 1-6
Jn 1, 1-18

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