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Comment cet homme peut-il dire qu’il est descendu ciel ? Nous connaissons sa famille. Comment cet homme-là peut-il donner sa chair à manger ?

« Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter … ». « A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui ».

L’évangile marque là, très explicitement un point de rupture. Il faut bien le reconnaître, nous ne sommes plus guère habitués à ce langage de rupture. Car enfin, pensons-nous, pourquoi l’Évangile devrait-il être ou devenir intolérable ? Ne faut-il pas, au contraire, qu’il vienne à la rencontre de notre goût de la tolérance, de la bonne entente entre nous, de l’absence de conflits ? Ne faut-il pas voir large, n’exclure personne. Oui, un évangile pour tous, à la portée de tous. N’allons donc pas scandaliser par des propos intolérants à une époque qui met justement son point d’honneur à être tolérante.

C’est un peu ce que l’on pourrait se dire à l’écoute de cet évangile. Il reste que c’est Jésus lui-même qui, consciemment, par sa parole même fait rupture. Mais pourquoi ? C’est certainement un premier sujet de méditation.

Ce qu’il faut voir en second lieu, c’est le point de dérangement, ce qui dérange, ce qui n’est pas tolérable. C’est ceci : « celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ». Ce n’est pas un point touchant la morale ou la justice ou encore le pardon. Ce qui est en cause, c’est la personne même de Jésus. Dire : « celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle », c’est une parole inouïe, exorbitante, tout à fait en dehors de nos attentes. Intolérable. Est-ce pour cela que les gens quittent l’Église ? On se le demanderait bien.

Ce qui ressort en tout cas de cette parole vive de Jésus est que l’Évangile est bel et bien attaché à sa personne même. Ce n’est pas un message, une doctrine, c’est d’abord l’événement qu’est sa personne elle-même, à écouter ou non, à accompagner ou non. Il est significatif que notre évangile dise ici : « on ne peut pas continuer à l’écouter » et beaucoup de disciples « cessèrent de marcher avec lui ». Écouter et marcher avec, ce sont les deux verbes pour signifier ce qu’est la vie selon l’Évangile.

Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? Jésus ne parle pas sur un plan matérialiste mais sur un plan symbolique. Ce qui peut le faire comprendre, c’est l’amour entre deux personnes, deux êtres qui s’aiment : là, nous sentons bien que les verbes manger et boire prennent tout leur sens sur un plan symbolique tout en étant concret et physique. Jésus ne dit pas simplement qu’il faut se fier à lui, lui faire confiance, lui donner notre confiance. Il dit que sa chair va pouvoir devenir une nourriture de vie. Et ce ne sont pas des paroles en l’air. C’est parce qu’il va livrer sa vie, verser son sang que Jésus peut oser ces paroles inouïes. En d’autres termes, il va falloir que lui-même se livre et s’abandonne. Et donc il ne s’agit pas là non plus de mettre au point une doctrine religieuse, une doctrine eucharistique. Mais qu’est-ce que c’est vivre ? Qu’est-ce que c’est être existant ? Vivre humainement ?

« Cela vous heurte », dit Jésus. Ne faut-il pas reconnaître qu’à un moment ou l’autre, sur notre chemin, l’Évangile devient intolérable, impossible ? Ne faut-il pas reconnaître qu’à un moment, nous sommes carrément réduits au silence, ne pouvant pas trouver les mots pour encore dire des choses sensées, produire du sens ? Alors, nous sentons bien que le sens nous échappe. Alors que nous n’avons cessé de vouloir tout expliquer, interpréter, nous ne pouvons plus rien dire. Peut-être faut-il que l’Évangile nous rejoigne ainsi, comme silence sur tout ce qui peut être dit ? A la manière du prophète Élie, qui ne reçoit Dieu que dans une écoute du fin silence.

Nous ne pouvons plus rien dire. C’est Jésus lui-même qui doit relancer le dialogue : « allez-vous partir, vous aussi ? »

Reprenant la confession de foi de Pierre, nous pourrions lui dire: « Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie ». Peut-être n’y a-t-il rien à ajouter ? Peut-être ne faut-il rien ajouter ?

Fr. Hubert Thomas

Lectures de la messe :
Jos 24, 1-2a.15-17.18b
Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23
Ep 5, 21-32
Jn 6, 60-69

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