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Cette parabole qu’on désigne habituellement comme celle de l’enfant prodigue, beaucoup l’appellent à juste titre celle du père miséricordieux. C’est en effet la figure du Père qui est centrale, car Jésus veut ici nous faire découvrir le vrai visage de son Père.

Dans l’histoire, les deux fils sont bien différents de caractère, le cadet se montrant rebelle et claquant la porte alors que l’aîné reste à la maison et continue à aider à la ferme. Pourtant, tous deux ont une attitude semblable avec leur père. Tous deux conçoivent leur relation avec lui en termes de mérite. « Je ne mérite plus d’être appelé ton fils », dit le cadet, alors que l’aîné se plaint : « j’aurais bien mérité, ne fut-ce qu’un agneau, pour faire la fête avec mes amis. » Mais le père ne s’arrête pas à ces calculs de mérite. Il aime ses fils sans condition avec un cœur de père et de mère.

Ce qui nous surprend d’abord, c’est le silence du père. Quand le plus jeune lui réclame la part d’héritage qui lui revient, il la lui donne sans discuter. Cette attitude nous paraît quelque peu irresponsable. Le père se tait. Dieu se tait, nous laissant agir et respectant notre liberté, malgré les risques. Face à nos péchés, à nos fautes, même face à nos crimes, Dieu garde le silence. Et ce silence reste un mystère qu’il nous est difficile de comprendre et d’accepter. Dieu respecte entièrement notre liberté jusqu’aux ultimes conséquences, mais il est toujours celui qui nous attend. Il nous attend avec amour et prêt à nous ouvrir les bras.

« Il rentra en lui-même », est-il dit à propos du fils prodigue. C’est le moment clef, le tournant décisif qui va entraîner son retour. A propos de saint Benoît qui risquait de perdre la paix intérieure devant l’hostilité des moines d’un monastère qu’il voulait réformer, saint Grégoire nous raconte qu’il retourna à sa solitude pour y retrouver la paix intérieure, et là il habitait avec lui-même. Habiter avec soi-même, c’est le résultat d’un combat spirituel car cela suppose accepter d’affronter nos désirs secrets et nos incohérences, cela suppose de se réconcilier avec soi-même et de mettre à jour ses motivations profondes. C’est une dure épreuve que d’arriver à habiter avec soi-même, parce qu’on est tenté de fuir hors de soi-même ; on est tenté de se réfugier dans toutes sortes d’activités, qui sont peut-être excellentes, mais qui nous évitent de nous arrêter et de mettre à jour les causes profondes de notre agir. Dans cet épisode de la vie de saint Benoît, le pape saint Grégoire présente le fils prodigue comme une mise en garde pour celui qui est tenté de se fuir lui-même, au lieu de consentir à la dure épreuve de regarder sa vie avec vérité, de s’accepter et de faire la paix avec soi-même.

A propos de saint Benoît, il faut ajouter quelque chose d’important : il est dit qu’il habita avec lui-même, seul, mais sous le regard de Dieu. C’est cette présence mystérieuse d’amour qui lui a permis de se réunifier et retrouver la paix intérieure. Et, si le fils prodigue a pu se mettre en route, c’est parce qu’il savait qu’il serait accueilli avec bonté. L’image de notre Père du ciel que nous révèle la parabole est celle d’un Dieu de tendresse et de miséricorde qui nous donne la force de revenir à lui, parce que nous croyons qu’il nous regarde et nous aime tel que nous sommes.

Ce sont les bras ouverts du Seigneur qui nous révèlent nos infidélités, c’est l’accueil de son père qui révèle au fils cadet son péché. Et si, comme le fils aîné, nous avons la chance de vivre dans la proximité de Dieu, travaillant pour son royaume, nous avons peut-être aussi à nous arrêter, pour réaliser le bonheur d’être tout simplement près du Seigneur et de prendre conscience de la chance de pouvoir nous retrouver réunis en sa présence, comme ce matin.

Ce temps de carême ne nous serait-il pas donné pour trouver l’occasion de nous arrêter, de faire le point et de nous réconcilier non seulement avec les autres mais d’abord avec nous-même ? Ce temps de carême et les circonstances dramatiques que nous vivons au niveau mondial, ne doivent-ils pas être le moment opportun pour nous et nos contemporains de nous assoir, de rentrer en nous-même et de réfléchir sur le sens et les priorités de notre vie ?

Fr. Bernard de Briey

Lectures de la messe :
Jos 5, 9a.10-12
Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7
2 Co 5, 17-21
Lc 15, 1-3.11-32

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