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Le temps pascal dure cinquante jours. C’est grâce à saint Luc. À cause de saint Luc, dira-t-on, si on préfère le temps ordinaire. C’est Luc qui a raconté que les apôtres furent remplis d’Esprit Saint le jour de la Pentecôte, que les Juifs fêtaient cette année-là le jour du sabbat, le samedi 27 mai de l’an 30. Si on avait adopté le calendrier de saint Jean, après avoir fêté la résurrection de Jésus pendant la vigile pascale, nous aurions fêté son ascension au petit matin, à l’heure où Marie Madeleine, à sa demande, a cessé de le retenir et l’a laissé monter vers son Père ; et nous aurions fêté le don de l’Esprit saint le soir de ce même jour, à l’heure où Jésus a soufflé sur ses disciples. Dès le lundi de Pâques, nous aurions retrouvé le temps ordinaire.

Si même nous fêtons la Pentecôte selon le calendrier de Luc, nous la célébrons cette année dans des conditions particulières qui nous mettent plutôt dans l’ambiance de l’évangile de Jean. Ainsi que beaucoup de commentaires l’ont souligné d’avance, nous sommes confinés comme les disciples, par crainte d’une menace extérieure. Nous sommes à peine plus nombreux qu’eux, privés depuis onze semaines déjà de la présence souriante de nos assemblées. Pour que l’illusion soit complète, nous aurions pu nous rassembler ce matin ci-dessus, dans la chambre haute que nous appelons justement le Cénacle. Si un bruit survenait du ciel comme un violent coup de vent, les gens n’auraient pas le droit de se rassembler en foule. Pensez un peu : trois mille personnes, ça en ferait, des contraventions !

Oublions donc un peu le récit des Actes des apôtres, contentons-nous des indications de l’évangile. En ce premier jour de la semaine, nous sommes réunis. Jésus vient, et il est là au milieu de nous, comme il nous l’a promis. Dans quelques minutes, il y sera de façon singulière, sous la forme du pain. Et il viendra en nous, qui avons le privilège de pouvoir encore communier. Il est là, il nous donne sa paix. Et il souffle sur nous. Jean utilise ici un verbe qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament, mais qu’il emprunte à la traduction grecque de l’Ancien. Jésus souffle sur ses disciples comme le Dieu créateur souffle dans les narines de l’homme qu’il a modelé de la terre (Genèse 2,7), comme Élie souffle sur le fils de la veuve (1Rois 17,21), comme Tobie souffle dans les yeux de son père aveugle (Tobie 11,11) … Répandre son souffle, c’est donner vie à ce qui n’en a pas ou n’en a plus. Les disciples, morts de peur, sont remplis d’une vie nouvelle.

Mais Jean nous dit d’abord autre chose. Jésus commence par souhaiter la paix. Parce qu’il est Juif et parle à des Juifs. Chez nous, il aurait simplement dit : « Bonsoir ! » Comme le pape. Il voit leur surprise, leur consternation, il les rassure en leur montrant ses mains et son côté. C’est bien lui, le crucifié d’avant-hier. Il leur donne la paix une seconde fois. Il ajoute : « Je vous envoie. » Et il souffle sur eux. Il faut se représenter la scène. Je vous envoie, ouste ! Il souffle sur eux comme on souffle sur de la poussière pour la chasser. Au diable les verrous ! Allez !

Dans les lectures proposées au groupe de méditation lundi dernier, il y avait une prière de Lytta Basset qui m’a beaucoup touché et qui dit bien ce que pourrait être aujourd’hui notre Pentecôte. Je vous en partage pour terminer la première partie, et j’emploierai la seconde pour conclure tout à l’heure la prière universelle :

« Nous sommes à bout de souffle, Seigneur,
mais tu nous reviens tout entier,
de toute ta force,
de toute ta ferveur,
de ton souffle brûlant.
Aide-nous à déchiffrer ta trace incandescente sur le visage de l’étranger ou de l’étrangère. Dis-nous comment accueillir autrui dans sa vérité,
dans sa langue et dans son langage,
dans ses ténèbres ou dans sa foi,
l’accueillir au cœur de ta silencieuse présence ! »
(Lytta Basset)

Fr. François Dehotte

Lectures de la messe :
Gn 11, 1-9
Ps 103 (104), 1-2a, 24.35c, 27-28 , 29bc-30
Rm 8, 22-27
Jn 7, 37-39

Conclusion de la prière universelle :

« Apprends-nous comment laisser brûler
Ce feu du dedans qui nous vient d’en-haut
À chaque Pentecôte de nos vies,
Comment laisser éclore cette tendresse des entrailles
Qui pousse aux gestes les plus fous,
Aux intercessions les plus audacieuses.
Dans l’étroitesse de nos demeures,
Entre nos barricades les plus sacrées,
Fais éclater ta Pentecôte, qu’elle nous redonne un second souffle !
Viens toi-même intercéder en nous pour les êtres qui souffrent
Pour les êtres qui blessent et qui détruisent,
Pour les êtres dont l’humanité est en danger. »
(Lytta Basset)

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