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En général, les relations entre Jésus et les scribes ne sont pas bonnes ; elles se passent mal : controverses, questions-pièges, traquenards, pour finir par une condamnation.

Dans notre évangile, rien de tout cela, tout se passe dans le cadre de question/réponse. Et il vrai que ce scribe, aux yeux de Jésus, n’est pas loin du règne de Dieu.

Ce scribe ne demande pas quel est le premier commandement puis le deuxième. Ce n’est pas sa question mais bien : qu’est-ce qui est l’essentiel ? Il ne demande pas quelle est la hiérarchie des commandements mais ce qu’il faut mettre au-dessus de tout, par-dessus tout. Le scribe sait bien que la Torah, la Loi, contient tous les commandements. Mais qu’est-ce qui est primordial ?

À la question telle qu’elle est posée, Jésus ne répond pas d’emblée, il commence par dire : « Écoute Israël ». Il met au principe l’écoute. Pourquoi ? C’est une façon pour lui de mettre un écart entre la demande de son interlocuteur telle qu’il la formule. Ce qui est au principe c’est l’écoute parce que c’est la base, le socle de toute mise en relation. On peut donc dire que ce qui est au commencement de la relation avec Dieu, c’est écouter. Écouter, c’est faire de la place, faire du vide, pour entendre ce que l’autre peut nous dire. Et l’on sait bien par expérience que ce n’est pas acquis d’avance. On commence donc par du désencombrement, du dégagement. On veut laisser être, ici donner place à Dieu comme unique. Ce n’est pas rien. Sans cela, la place est déjà occupée. Par quoi ? Par des idoles de toutes sortes. C’est bien pourquoi toute la Bible invite à entrer dans le vide, à faire le vide et la voie mystique lui emboîte le pas. Maître Eckhart ne va-t-il pas jusqu’à demander à Dieu de le délivrer de Dieu ? Il s’agit de s’avancer vers Dieu comme origine, comme point source, être, vie, ce qui n’est pas pris et enfermé dans un commencement et une fin.

Celui-là, tu l’aimeras, dit Jésus. Et bien sûr les questions reviennent au galop : est-ce qu’on peut aimer Dieu ? Aimer ce qu’on ne voit pas ? Est-ce que parler ainsi a du sens ? Ou est-ce délirant ? Peut-on aimer Dieu ? Ce que Jésus veut mettre en lumière, c’est que tout autre rapport à lui le manquerait. On peut se tourner vers Dieu parce qu’on ne sait jamais, parce qu’on veut obtenir de lui une récompense, une sécurité, une conformité, avoir une belle image de soi-même, etc. Et sans doute n’est-on jamais libéré de ces attitudes, on les quitte, on y revient, on y retombe. Mais voilà : tu aimeras, c’est une relation filiale.

Il faut ajouter ceci : tu aimeras le Seigneur parce que c’est à partir de lui qu’il peut y avoir de l’amour. Ne serait-ce pas en voyant Jésus vivre, en voyant comment sa vie exprime sa relation filiale à son Père, comment nous le voyons rencontrer les gens que nous pressentons ce que veut dire aimer le proche, le plus proche, par-delà la possession d’autrui, sa mise à notre disposition, son accaparement ? Vaste programme…

L’amour de Dieu et l’amour du prochain sont inséparables. Il n’y a rien d’autre, rien au-dessus. Tu aimeras. Ce n’est pas un commandement, même le premier, c’est la loi de la vie et de la croissance. On peut toujours dire : mais peut-on aimer ce qui est invisible ? Allons-nous dire qu’il n’est pas plus facile pour un homme d’aimer une femme ou une femme d’aimer un homme, pas plus facile que d’aimer Dieu ? Il y a un point commun : d’un côté comme de l’autre, il y a de l’invisible. Et il me semble avoir lu quelque part : « l’essentiel est invisible pour les yeux ». Mais comment ça ? Pourquoi dire cela comme cela ? La Bible ne cesse d’insister : Dieu est invisible, irreprésentable. Et le petit prince dans le désarroi rencontre un renard qui lui dit : « l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur ». Il faut aller revoir les roses et trouver celle qui est unique…

Fr. Hubert Thomas

Lectures de la messe :
Dt 6, 2-6
Ps 17 (18), 2-3, 4, 47.51ab
He 7, 23-28
Mc 12, 28b-34

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