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Le temps des paraboles donc … Et il y en a trois aujourd’hui.

Chaque fois, Jésus recourt à une comparaison issue du monde de la nature : c’est le blé qui pousse, c’est une graine de moutarde qui devient un arbre ou encore de la pâte qui lève. Chaque fois, c’est la croissance de la vie qui est soulignée et qui est à voir. Peut-être est-ce cela qu’il s’agit de voir en premier lieu ? Pour Jésus, la croissance de la vie n’est pas dans une sorte de vitalité débridée qui consiste à produire toujours plus, aller toujours plus vite, aller toujours plus loin. Un vitalisme tel qu’on le voit dans les publicités …Toujours plus de consommation. La question est plutôt : qu’est-ce qui favorise la croissance de la vie bonne en chacun ? Il pourrait y avoir une vie très extériorisée, agitée mais qui finalement ne donne pas de fruit, qui n’est pas du tout à l’image du blé qui pousse, du piquant de la moutarde ou du levain qui fait lever toute la pâte. Il y a donc un déplacement à faire : passer de l’emprise à quoi nous invite une certaine mentalité à la vie qui donne du fruit.

Il me semble aussi que Jésus attire notre attention sur ceci. La vie du Royaume ou la vie de l’Esprit saint en nous peut tout traverser. Elle est capable de tout porter, même l’ivraie de nos vies. En invitant à regarder à partir du blé et non à partir de l’ivraie, c’est comme s’il nous disait : ne regardez pas à partir de vos fautes, de vos empêchements, de ce qui vous freine mais à partir de l’amour comme croissance. Celui-ci peut tout porter, peut tout reprendre. Dans la vie spirituelle, il ne s’agit pas d’abord de combattre ses défauts, ses travers, ses pentes mais de laisser pousser, de laisser grandir l’amour neuf en nous.

Enfin, le temps compte pour quelque chose. Chacune de ces petites paraboles nous reconduit vers la patience et la durée. Les serviteurs voudraient agir sur le champ, immédiatement. Allez, on va agir, on va changer ça, on va déraciner … Mais il faut discerner : il se peut qu’en arrachant l’ivraie vous arrachiez aussi le blé en même temps. En quoi a-t-on alors confiance ? Est-ce qu’on n’est pas là d’abord dans la dénonciation du mal au lieu d’aller à ce qui va à la vie ? Est-ce qu’on ne compte pas d’abord sur son propre agir qui n’est certes pas négligeable : c’est vrai qu’il faudra moissonner, il faudra recueillir les graines de moutarde, pétrir la pâte. Oui certes… mais sans oublier la grâce qui est dans la croissance silencieuse, dans le temps laissé pour la fécondité.

Qu’il s’agisse chaque fois d’un exemple tiré de la nature invite à voir la part laissée à la gratuité, au lâcher-prise. Il s’agit de laisser pousser, de laisser venir, de laisser monter la pâte. Si l’intervention humaine est requise, elle n’est pas tout, ne fait pas tout. Elle peut même détruire, abîmer alors qu’il faut accepter de laisser grandir l’ivraie avec le blé.

C’est dire que le fruit vient aussi du silence, de l’écoute, du non-agir parce que ce qui est au commencement du monde et qui le recommence sans cesse, c’est la vie neuve, pure de toute prétention, de toute emprise, en un mot de toute violence meurtrière. Et cette vie est reçue.

Est-ce pour cela que Jésus dit à fin : « « c’est en paraboles que je parlerai, je dirai des choses cachées depuis la fondation du monde ».

Les choses cachées depuis la fondation du monde, voilà qui est étonnant …

Fr. Hubert Thomas

Lectures de la messe :
Sg 12, 13.16-19
Ps 85 (86), 5-6, 9ab.10, 15-16ab)
Rm 8, 26-27
Mt 13, 24-43

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