FUNÉRAILLES DE FRÈRE MANUEL

Deux instants ont été captés en vidéo (cliquez sur les liens correspondants) :

Veillée : https://www.youtube.com/watch?v=1MyrPSKz32o&t=1297s
Funérailles : https://www.youtube.com/watch?v=CkaQmeuho0A&t=5

Photos de la célébration de samedi et pêle-mêle (merci frère Beto) :

Célébration et mise en terre : https://www.facebook.com/photo/?fbid=10226562888203570&set=pcb.10226562907844061
Pêle-mêle : https://www.facebook.com/roberto.camposcerquera/videos/893498454626094

Homélie de frère Simon-Pierre :

L’amitié est la forme divine de l’amour. En elle, en effet, tout est grâce car toute recherche égoïste de soi-même y a disparu. Le Royaume, c’est la république des amis du Christ, nous suggère Saint Jean. Cher Manuel (querido Mañuco), par toi cette grâce s’est répandue généreusement sur nous et sur tant d’autres tout au long de ta vie.

Et pourtant, ce don d’aimer d’amitié avait ouvert en toi une blessure secrète et profonde, jamais refermée, d’où jaillissait, comme du côté du crucifié, l’attention bienveillante, fidèle et miséricordieuse.

Tu as toujours été un être fragile et ta fragilité t’a emporté dans cette longue et obscure étape finale de ton pèlerinage. Mais c’est aussi en elle que tu puisais ta force d’écoute et de discernement qui fut, pour tant d’entre nous, un repère dans la nuit.

Tu avais la vitalité inquiète et jaillissante de la flamme qui court, de-ci de-là, à travers les branches de la vie. C’est cette flamme dansante que nous avons vu lentement s’éteindre sous le vent froid de l’absence et de la perte. Frère, tu n’as fait que passer en te faufilant entre nous sans vraiment t’arrêter, mais en laissant sur ton passage la mystérieuse trace de ta fidélité.

Mais surtout il y avait en toi, j’en suis le témoin privilégié, une immense nostalgie, un désir inassouvi du Christ que nous avons partagé durant tant d’années. Ne rien préférer à l’amour du Christ : cette devise bénédictine par excellence, résume en toi le mystère d’amitié que tu as semé.

Il y avait en toi une sorte d’étrangeté. Tu as passé ta vie à chercher à te rencontrer toi-même, entre tes deux âmes, péruvienne et japonaise, sans jamais vraiment t’y retrouver. Ta vraie patrie, la nôtre, c’est le Christ dont plus rien désormais, ni toi-même, ni les blessures de la vie ne pourront désormais te séparer.

Cette étrangeté christique qui est le propre du mystique que tu étais, tu avais finalement décidé, après tant de va-et-vient, de l’incarner dans un chemin monastique en terre nouvelle à Wavreumont. En y adoptant une langue, une culture et une sensibilité nouvelles au milieu de frères que tu aimais, tu rêvais d’y trouver ton unité. Mais se ré-enfanter, comme Nicodème, passe par les douleurs de l’engendrement du fils de Dieu en soi-même, à l‘image du Christ. Processus douloureux, pour nous tous, et qui n’a pas de fin.

Ton sacerdoce, comme réponse joyeuse à un appel de ta communauté, fut pour toi, au crépuscule, le saut dans l’universel au-delà de toi-même, au point de devenir aujourd’hui, à la fin du sacrifice, hostie pour le sacrement ultime.

Nous partageons aujourd’hui ce pain que tu étais devenu au milieu de nous, comme tant de témoins de la souffrance dans le monde. Nous avions encore beaucoup de choses à nous dire. Mais tu avais perdu les mots. Seule parlait la chair douloureuse et l’âme meurtrie.

Je suis sûr que l’Ami divin, que tu as maintenant rejoint, t’aura rendu la joie, le rire et la paix que, depuis si longtemps, nous ne parvenions plus à susciter en toi.

Adios, Mañuco, amigo y hermano del alma. El vacío que dejas abierto en lo hondo del ser nunca se colmará. Pero yo sé que, en adelante, estás bien. Es lo único que nos importa.

Fr. Simon-Pierre Arnold