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Bien chers amis,

Un proche m’a raconté récemment une expérience vécue avec ses quatre enfants et son épouse. Un jour, il insiste auprès d’eux pour que tous soient présents au repas du soir, car il avait une communication importante à leur faire.

La curiosité habitait l’esprit de chacun en commençant ce souper familial, et mon ami prit la parole : « Me voici arrivé à un âge mûr ; nous ne savons pas ce que la vie nous réserve et, dans le contexte actuel, on voit beaucoup de gens trouver la mort de façon inattendue, aussi, j’ai décidé de vous transmettre dès à présent mon héritage. Il sera à votre disposition dès demain sans devoir attendre mon décès. » Le plus jeune des enfants, A., ouvre de grands yeux et s’exclame : « On pourra déjà acheter ce qu’on veut demain. Je pourrai avoir les baskets à 300 euros dont je rêve. » Son père trouve normal qu’il pense à de l’argent, car la plupart des héritages sont faits d’argent. Mais la maman intervient en précisant que si papa trouve la mort, c’est à elle que revient l’héritage en priorité. Et lui ajoute qu’avec sa santé de fer, maman risque de vivre centenaire. Dans ce cas, A. ne pourra acheter ses chaussures de sport qu’à l’âge de 65 ans, ce qui n’est guère intéressant. Y. le souligne en disant : « Dans ces conditions, l’argent de l’héritage ne servirait même pas à réaliser nos projets puisqu’on serait trop vieux… »

Mon ami reprend alors la parole pour dire qu’un héritage, ce n’est pas nécessairement de l’argent : « Je me suis demandé : Quelle est la chose la plus importante à mes yeux, que j’ai envie de transmettre à mes enfants ? J’ai beaucoup réfléchi. J’ai trouvé et je vais vous la transmettre aujourd’hui. » L’attention des enfants est à son comble. Un silence inhabituel envahit la cuisine et mon ami déclare : « Que vous soyez croyants ou pas, je vous demande de lire trois versets de l’évangile chaque jour de votre vie et d’en chercher le sens par rapport à votre réalité. » Après un tel décret, on aurait pu s’attendre à des huées de déception, des cris de moquerie ou d’opposition, eh bien pas du tout… Dans leur attitude corporelle et leur expression non verbale, les enfants montrent qu’ils ont compris que ceci n’était pas une plaisanterie, qu’il s’agit vraiment de quelque chose d’important légué par leur père et qu’ils l’accueillent. La femme de mon ami lui dira à l’oreille : « Aujourd’hui, tu as fait fort, mais ils ont intégré quelque chose ! »

Ce que j’aime dans cette histoire, c’est que mon ami n’a pas dit : « Je vous transmets ma foi », mais qu’il donne à ses enfants l’occasion de se positionner par rapport à un récit questionnant pour découvrir le sens de leur propre récit, de leur histoire personnelle. Il s’agit de devenir acteurs d’un Récit qui nous dépasse. Raconter, écouter, interpréter, décider, agir,… la confiance s’installe au fil de ces étapes. La foi apparaît en répondant à la question : Qui ? Qui suis-je ? Qui est Jésus pour moi ? Prendre sa place dans le questionnement, se situer sans être enfermé dans une réponse provisoire. Il vient l’enfant qui nous questionne. Accueillons-le.

Dans l’espérance de jours meilleurs, nous vous souhaitons une bonne fête de Noël et une heureuse année.

Frère Renaud
Décembre 2020