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Juin 2018

Bien chers amis,

J’aime l’office de laudes qui nous extrait du sommeil dans la douce présence du Seigneur, nous amène à l’éveil au son de la cithare et des psaumes familiers. Et ce temps privilégié s’achève souvent sur ce verset : « Que la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence garde nos cœurs et nos pensées dans le Christ. » La paix de Dieu n’est pas quelque chose qu’on réfléchit ni qu’on explique. On ne peut ni la produire ni la commander. On ne peut que la recevoir et l’éprouver. Elle est de l’ordre de l’affect, comme la vie.

Nous la désirons, cette paix, et pourtant nous restons trop souvent au niveau de la pensée et de l’intellect. Nous y trouvons sans doute certaines satisfactions, mais nous ne sommes pas comblés, car au fond c’est la présence de Dieu ressentie et simple que nous attendons. Il nous faut faire l’exode de la tête au centre de notre être. Saint Bernard l’a exprimé ainsi : « L’instruction nous rend certes savants, mais seule l’affection nous rend sages, et tel est le sens de la visitation du Verbe en chacun de nous. Là nous sommes instruits, mais là nous sommes touchés. »

Le cœur peut aussi se tourner démesurément vers lui-même et regarder ses projets, ses volontés, ses désirs de maîtrise,… Il doit se rendre disponible et hospitalier par ce moyen tout simple de l’oraison : consacrer du temps à celui qu’on aime. C’était évident pour Jeanne Guyon, cette mystique laïque du Grand Siècle : « Aimer Dieu, s’occuper de lui, est absolument nécessaire, laisser tout, raison et volonté pour être avec lui, entrer dans l’affection du cœur envers lui. »

Nous avons beau savoir que là est le meilleur pour nous, il nous arrive de fuir notre propre bien, nous nous inventons de bonnes raisons pour ne pas nous arrêter dans l’intimité avec le Seigneur : trop de travail, trop nerveux, trop de soucis,… Or c’est une erreur de se croire dispensé de l’Amour ou de juger la prière trop simple ou enfantine, comme Naaman le Syrien, qui se considérait insulté par la banalité de l’injonction du prophète l’invitant à se baigner dans le fleuve.

Une seule chose est importante : marcher en la présence de Dieu et seule la prière silencieuse peut nous donner cette présence et nous la donner continuellement. Au monastère, après les vêpres, chacun est invité à retrouver son Seigneur au cœur du silence. Dans la même perspective, un groupe de méditation chrétienne selon l’enseignement de John Main rassemble des personnes de l’extérieur chaque lundi à 16 heures 45 au grand parloir de la porterie, avec Chantal Camus et frère Luc. Les vacances sont peut-être un temps privilégié pour suivre Jésus pas à pas, pour nous ramener à ce lieu d’affection pour lui et de source de vie pour nous.

Bel été en communion avec vous tous.

Frère Renaud