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Bien chers amis,

Quand on entre dans une agglomération en voiture, on ne tarde pas à rencontrer des
signalisations libellées « Centre«  ou « Centrum« , nous indiquant la direction du cœur de la cité.

Centre, milieu, cœur, voilà des mots qui peuvent facilement s’appliquer à la vie spirituelle.
Le mot centre vient du grec kentron qui a pour premier sens aiguille, pointe, c‘estàdire tout
ce qui sert à piquer, aiguillon pour les chevaux, les bêtes de somme. Un stimulant, un excitant
pour faire bouger. Platon utilise le mot dans une expression « laisser l’aiguillon dans l’esprit »
pour exprimer l’impression produite par un orateur éloquent. Et enfin le mot désignera le point
central d’une circonférence.
La traduction liturgique de la deuxième lettre aux Corinthiens (5, 1415) choisit de faire  apparaître l’idée du centre dans notre relation au Seigneur : « En effet, l’amour du Christ nous  saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous… afin que les vivants n’aient plus leur  vie centrée sur euxmêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.«  Ainsi selon la richesse de sens du mot centre, avoir la vie centrée sur le Christ, cela veut dire : ° Éveil et mise en mouvement ° Parole qui s’imprime dans l’âme  ° Point central, cœur de la Vie

Dans une de ses recherches, Emma Jung écrit : « D’après une légende, Adam fut créé au centre
de la terre, à Jérusalem, à l’endroit où plus tard on érigea la croix… Un monument en
l’honneur de cette croyance existe encore aujourd’hui dans l’église du SaintSépulcre à
Jérusalem ; il est connu sous le nom d’Omphalos, c’estàdire nombril de la terre. Il s’agit d’un
pilier de marbre, en forme de coupe, surmonté d’une sphère aplatie, entourée d’osier, qui est
supposé représenter le centre du monde. Le centre du monde est donc le lieu où Adam fut
créé, où il est enterré, et où le Christ fut crucifié. Les Anciens comprirent que le Christ et son
œuvre de rédemption opéraient au centre du monde. Cette conception revêt une signification
psychologique très profonde, à savoir que le centre de l’âme humaine est le lieu où le pouvoir
de Dieu affluant des quatre directions se tient immobile, autrement dit, le lieu où s’unissent les
opposés, où est enterré le trésor caché, et d’où émane la rédemption. »
Concrètement, cela veut dire que plus nous laissons advenir le Christ au centre de notre être plus nous vivons du salut qu’il nous donne. Il nous attire en ce centre où il demeure et rend notre foi stable. Alors que la peur, la tristesse, l’égocentrisme nous poussent vers l’extérieur.

En ce centre, les tendances opposées trouvent donc leur résolution ; par exemple, paresse et
activisme trouvent leur résolution dans un travail manuel et intellectuel équilibré fixé à des
heures précises et au service de frères dans une communauté, comme le propose la règle de
saint Benoît qui cherche toujours un juste milieu et évite les excès. S’éloigner de sa volonté
propre avec ses impulsions, ses aspirations spontanées, ses illusions orgueilleuses sur soi
même, c’est se rapprocher du centre de son être et de la vie en Christ. On peut donc penser au
Christ comme notre centre et évaluer tout ce qui nous traverse par rapport à Lui.
Cela correspond bien aux premiers principes de vie monastique esquissé par saint Basile au  printemps de cette grande aventure : « Il faut s’efforcer de tenir son esprit en repos. En effet,
l’œil perpétuellement agité, qui tantôt se porte à droite, à gauche, tantôt se lève et s’abaisse
sans arrêt, ne peut voir distinctement ce qui s’offre à lui (il doit au contraire fixer son regard
sur l’objet, s’il veut en avoir une claire vision) : de même, l’esprit de l’homme, s’il est distrait
par les multiples soucis du monde, est incapable de se fixer sur la Vérité. »
En somme, laissonsnous réveiller par le Christ et levonsnous.

Laissons sa Parole s’imprimer  sur notre cœur de façon indélébile, et ajustonsnous sans cesse sur le centre qu’il est devenu  pour nous pour notre salut et notre liberté.

Frère Renaud
Juin 2021