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Octobre 2017

Bien chers amis,

J’aime les agnostiques sincères qui cherchent du sens avec droiture et cultivent un art de vivre empreint de justice et de bonté. L’un d’entre eux, à qui on demandait de compléter la phrase : « Pour vivre heureux,… », répondit : « …vivons tout honnêtement. » Nous voyons ici rassemblées simplicité et exigence, comme dans les versets du prophète Michée qui résument l’essence de la vie humaine : « Qu’est-ce que le Seigneur attend de toi ? Rien d’autre que de respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »

Notre vie monastique est de cet ordre-là et d’abord en sa colonne vertébrale que représente l’office : simplicité de l’application, d’une pratique attentive, d’une concentration détendue qui nous transforme jour après jour en nous dépouillant de nous-mêmes comme centre ; en nous unifiant sur le véritable centre qu’est Dieu ; en nous disposant à être ouverts à sa présence tout au long du jour.

Quand nous lisons certains textes spirituels, nous sommes parfois tentés de viser des sommets de contemplation que l’on pourrait atteindre par l’intellect et la prière pure en une sorte de néo-platonisme à la Plotin. Un autre écueil est de trop se regarder avec ses petits défauts, ses petits secrets et ses petits chagrins en une foi trop psychologisante ou trop perfectionniste dans les détails de la vie. Pourtant le sommet de l’échelle et la terre que nous foulons sont la même réalité. Le vrai mystique adhère au réel. C’est surtout la préoccupation de notre mental livré à lui-même qui pose problème, car il est à la fois un obstacle à la prière profonde comme à une juste présence au réel.

À vrai dire, je crois que plus on progresse dans une prière d’intimité avec Dieu, plus on se rend attentif aux petites choses de la vie ; et le trésor de notre foi chrétienne met en avant la charité où se rejoignent l’intensité d’une prière mystique et le lacet à renouer sur la chaussure d’un frère malade.

Frère Renaud