prieur2

Bien chers amis,

Saint Benoît a raison de nous conseiller de penser à la mort chaque jour, car spontanément nous avons tendance à l’oublier, à nous maintenir dans l’illusion qu’elle ne nous concerne pas ou si peu ou de si loin. Voilà bien des années qu’elle n’avait plus visité notre communauté et voilà que le 7 novembre, elle est venue chercher notre frère Manuel.

Elle est arrivée comme ces hôtes qui frappent à la porte sans avoir réservé leur chambre. Nous ne l’attendions pas. Bien sûr, nous savions que notre frère était plus fragile, qu’il avait même une maladie lente ; mais justement cette lenteur nous maintenait dans l’habitude de la vie fraternelle au quotidien qui n’envisage pas encore le terme.

Frère Manuel était important dans notre communauté. Il est entré au noviciat de Wavreumont en 1992, mais il connaissait les frères depuis les origines de notre aventure péruvienne et a aidé le projet de fondation à s’enraciner dans ce pays. Pendant ces années à Lima, il nous a apporté son appui et a fait en même temps un itinéraire intérieur qui l’a conduit à choisir la vie monastique pour finalement nous rejoindre en Belgique. Très tôt, il a contribué aux fabrications de notre atelier de SemaVinyl, il a appris le français, s’est initié avec frère Jean-Marie au travail des icônes pour un temps éphémère, a fait des études à Lumen Vitae, a mis ses talents culinaires au service de la communauté et a entrepris avec frère Luc des études d’hôtellerie. Il a accompagné frère Roberto Padilla pendant son noviciat en Belgique. Il a joué un précieux rôle de diplomate entre nos communautés péruvienne et belge. Le 30 novembre 2013, il a été ordonné prêtre par Mgr Jean-Pierre Delville et a mis son sacerdoce à notre service pendant huit années.

Son séjour d’un an au Japon chez les petits frères de Charles de Foucauld nous rappelle une problématique importante de la vie de notre frère : son identité. En effet, d’origine japonaise, né au Pérou et vivant en Europe, cette complexité n’était pas toujours facile à gérer pour lui. Par contre cela lui a permis d’être un lien, une passerelle et de trouver de plus en plus sa consistance dans son identité de disciple de Jésus, de chrétien.

Si nous ne pensons pas beaucoup à notre propre mort, nous ne pensons pas davantage à notre naissance, puisque nous ne nous en souvenons pas. Celle du Christ nous ramène à l’essentiel, le trésor de sa présence apparemment si fragile, qui nous permet pourtant de traverser toutes les épreuves et même de faire de la mort une entrée dans la VIE.

Beau temps de Noël et heureuse année.

Frère Renaud
Décembre 2021