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11 juillet 2019 – Fête de saint Benoît

Chers frères et sœurs,

Quel regard porterait saint Benoît sur ces images quotidiennes de notre planète souffrant d’une indigestion de déchets, d’animaux marins étouffés par les plastics de nos débordantes activités commerciales et de personnes démunies laissées à la surface des eaux comme de vulgaires détritus ?

Une injonction de la règle peut nous aider à réfléchir. Il y est demandé au moine de traiter les objets du monastère comme s’il s’agissait des vases sacrés de l’autel. Dans la logique du marché, les objets sont tous des choses qui doivent susciter l’envie dans le but d’être achetées et consommées, puis jetées quand elles perdent leur valeur. Même les humains ont tendance à être chosifiés, « codebarrés » et jetés.

Pour Benoît, il y a deux catégories d’objets : les choses du quotidien et les choses qui nous ouvrent à une autre dimension, la vie de l’Esprit. Ces deux réalités sont à la fois séparées et en pleine connivence.

Les objets rituels et spirituels semblent atteindre, comme par une onde bienfaisante, toutes les choses du quotidien et leur donner une valeur inédite, en les faisant rayonner d’un éclat imprévu. Et les instruments de nos multiples activités appellent et nous ramènent à une source qui nous murmure à l’oreille que, sans Lui, nous ne pouvons rien faire.

Ora et labora.

La prière est un travail et le travail est une prière. Si nous brisons le lien qui unit ces deux composantes bénédictines, nous devenons soit des pseudo-spirituels désincarnés, soit des forçats oublieux de la grâce et du soubassement de confiance qui soutient toute créature et toute entreprise.

Saint Benoît n’aime ni l’oisiveté, ni l’activisme. Pourquoi ? Olivier Clément nous suggère cette réponse:  » La paresse signifie l’oubli … L’oubli, c’est-à-dire l’incapacité de s’étonner et de s’émerveiller, à voir. Le non-éveil, une espèce de somnambulisme, celui de l’agitation comme celui de l’inertie. »

Nous pouvons finalement sortir de cette double ornière en redécouvrant la joie. Et redécouvrir la joie, c’est mettre la main dans celle de l’Esprit Créateur. C’est percevoir la direction vers laquelle la vie est lancée ; percevoir aussi que la vie gagne du terrain malgré les sombres apparences, car le Christ a déjà vaincu le monde. Être disciple de saint Benoît, c’est participer à cette joie mystérieuse capable de porter la souffrance par un amour donné.

Fr. Renaud Thon