Dieu n’est pas mort.

Il y a trente ans, une maman est venue au monastère avec sa fille, qui était une grande amie. Un jour, au détour d’une conversation, cette amie m’a confié que j’avais évoqué un sujet que sa mère ne pouvait pas entendre. Elle ne m’a jamais expliqué pourquoi, mais à partir de ce moment-là, notre relation s’est figée. Et pendant trente ans, je n’ai plus eu de nouvelles.

Début février de cette année, elle m’a soudain envoyé un mail pour me donner de ses nouvelles. Ce message m’a profondément touché : il venait rompre un silence de trois décennies. Je lui ai répondu en exprimant ma joie de la lire et en partageant un peu de ce que je vivais. Puis, pour mon anniversaire, elle m’a écrit qu’elle souhaitait me visiter !

Ce silence de trente ans, suivi de cette reprise de contact, avait pour moi la saveur d’un samedi saint : un temps où tout semble fermé, et où pourtant quelque chose s’ouvre.

En juin dernier, alors que j’allais en revalidation dans mon centre habituel, j’ai attrapé le covid, ce qui m’a immobilisé quinze jours. À la fin de cette période, j’ai fait un rêve : une femme confectionnait des boîtes en carton entourées de cuir, et elle disait : « Ces boîtes vides expriment l’amour ! » Il m’a fallu peu de temps pour faire le lien avec le Dieu amour, mais qu’il est aussi silence. Peut-être que ces boîtes vides représentaient Dieu lui-même. Le silence de Dieu est sa parole. Nous n’avons donc pas à craindre lorsqu’il ne répond pas comme nous l’attendons : son silence est parole.  Nos paroles nous empêchent d’écouter Dieu.

En mettant Jésus à mort, on a voulu faire taire Dieu. Mais Dieu n’est pas mort.

Dans la vie, chacun peut traverser un samedi saint. Il suffit d’avoir le cœur ouvert pour écouter le silence de Dieu. Peut-être veut-il nous dire quelque chose de nouveau à travers une épreuve, un deuil, une période difficile.

Je me souviens : il y a trente‑six ans, j’étais encore aux études lorsque ma mère est venue me trouver pour m’annoncer que l’hôpital où travaillait ma sœur Françoise avait brûlé. Pendant une semaine entière, elle est restée entre la vie et la mort.

Mes parents, mes frères et sœurs, et moi-même étions suspendus à l’attente de nouvelles encourageantes. Nous échangions entre nous, bien sûr, mais malgré les mots, on sentait qu’un silence profond nous unissait. Un silence lourd, mais aussi un silence qui nous rassemblait dans la même espérance.

Récemment, j’ai appris que ma mère avait été transportée à l’hôpital pour des difficultés respiratoires. Le médecin lui a dit : « Madame, ou bien on vous opère, ou bien dans six mois vous êtes décédée. » Elle m’a demandé ce qu’elle devait faire. Je lui ai simplement conseillé de prendre un temps de silence, sans pression, pour discerner. Deux jours plus tard, elle m’a écrit qu’elle avait décidé de se faire opérer. Ces deux jours étaient, pour elle aussi, comme un samedi saint. Et lorsqu’elle m’a annoncé sa décision, j’ai senti une libération en elle.

Un samedi saint n’est jamais sans issue. Il nous invite à être attentifs à ce que Dieu nous dit dans le silence. Dieu n’est pas mort.

frère Pierre  Wavreumont, 2026