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Il y a quelques années, un dimanche où on lisait cet évangile, nous partagions l’eucharistie avec des membres d’une paroisse allemande et, selon l’usage, nous l’avons lu en deux langues. Le résultat était assez amusant, car dans la traduction allemande, c’est le premier fils qui dit à son père : « Oui, Seigneur ! » et qui ne va pas à la vigne. Ainsi donc, aujourd’hui encore, quand Jésus demande lequel des deux a fait la volonté du père, il y a dans notre diocèse bilingue des églises où on répond « le premier » et d’autres où on répond « der zweite », le second.

C’est évidemment sans importance, le résultat est le même, et la conclusion de Jésus est pareille dans les deux cas. Mais si les copistes qui nous ont transmis le texte évangélique ont pu intervertir les deux fils sans que cela modifie le sens de la parabole, c’est que ces deux fils sont en effet interchangeables. Il n’y a pas un bon et un mauvais, un aîné et un cadet, un pharisien et un publicain, un Juif et un païen. Il n’y a pas celui qui est prédestiné à bien faire et qui déçoit, celui dont on n’espère rien et dont on obtient tout. Si la parabole les appelle le premier et le second, c’est simplement parce que le père les a rencontrés ce matin-là l’un après l’autre, et l’autre version de l’histoire montre bien que rien n’aurait été différent si le hasard avait voulu qu’il tombe sur le second avant d’apercevoir le premier.

Un homme avait deux fils. Nous connaissons une parabole de saint Luc qui commence de la même façon, mais le texte grec n’est pas le même. Dans la parabole du fils prodigue, il y a un fils aîné et un fils cadet. Dans celle de Matthieu, on devrait traduire, plus littéralement : un homme avait deux enfants. Et il s’adresse aux deux dans les mêmes termes : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne. » Imaginez des jumeaux, que le père interpelle dans la pénombre, sans être bien certain de les reconnaître. Peu importe, puisqu’ils sont tout pareils et qu’il veut leur demander la même chose.

L’un des deux – notez bien que je ne dis pas si c’est le premier ou le second – l’un des deux répond : « Oui, Seigneur ! » Est-ce ainsi qu’on s’adresse à son père ? Il y a pourtant de la tendresse dans la demande du père : « Mon enfant… » Aurait-il dû dire : « s’il te plaît » ? Le gamin répond : « Bien, chef ! » C’est plutôt mal parti. Et en effet, il ne va pas à la vigne. Pourquoi un des deux fils appelle-t-il son père « Seigneur » ? Sans doute parce que Matthieu, selon son habitude, veut suggérer un rapprochement entre deux paroles de Jésus : Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur ! » qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.

L’autre fils – notez bien que je ne dis pas si c’est le premier ou le second – l’autre fils répond qu’il ne veut pas, mais il est pris de remords. Notre traduction dit : s’étant repenti. Mais le verbe n’est pas celui que l’évangile utilise d’ordinaire pour exprimer le repentir, la conversion. Dans les évangiles, Matthieu est seul à employer ce verbe-ci. « Vous n’avez même pas été pris de remords pour croire à la parole de Jean Baptiste. » Ici encore, Matthieu suggère peut-être un rapprochement : en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Judas ? Tiens, tiens… Nous précéderait-il aussi dans le royaume de Dieu ?

Fr. François Dehotte

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Lectures de la messe :
Ez 18, 25-28
Ps 24
Ph 2, 1-11
Mt 21, 28-32

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