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Je lisais l’autre jour que 53 % des français se déclarent catholiques et désirent s’inscrire dans les valeurs chrétiennes. Sur ces 53 % il y a 5 % de pratiquants. Les statistiques en Belgique doivent être assez proches de celles de la France.

Quoiqu’il en soit, comme vous ne faites pas partie des non-pratiquants, je me suis demandé ce que je pourrais bien vous dire à l’occasion de cette fête du corps et du sang du Seigneur, qui est appelée Fête-Dieu dans le diocèse de Liège.

Je me suis dit qu’on ne peut pas passer sous silence le fait que l’eucharistie, la messe est devenue un point de cristallisation de problèmes. Et en effet que signifie ce grand écart entre cette reconnaissance d’être un catholique et la pratique religieuse ? Les prêtres venant à se faire rare, faudra-t-il ordonner des laïcs mariés ? Et pourquoi pas des femmes prêtres ? Et encore faut-il un prêtre pour une eucharistie ? La messe donne ainsi l’impression d’être un paratonnerre qui attire la foudre et subit les secousses.

Sans prétendre apporter une réponse à toutes ces questions, ce qui serait d’une grande naïveté, il conviendrait pourtant de se demander d’où l’on vient. C’est introduire de nouvelles questions qui n’ont pas d’autre but que d’ouvrir le débat.

Dans la vie chrétienne, n’a-t-on pas mis trop l’accent sur l’eucharistie comme si croire c’était aller à la messe ? Comme si les fidèles, c’étaient les pratiquants, ceux qui vont à la messe. N’a-t-on pas multiplié les messes au point que pour réunir les chrétiens, il faille faire une messe ?

C’est alors que je me suis rappelé le passage des Actes des apôtres qui renvoie à la première communauté chrétienne. On y lit : « ils étaient fidèles à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (2,42). C’est en ces termes que les premiers chrétiens ont exprimé ce qui pour eux était essentiel. C’est une formule où chaque mot est important et en même temps à sa place. Nous y lisons que la fidélité chrétienne ne se porte pas uniquement sur la messe, ce que l’auteur des Actes appelle la fraction du pain. Celle-ci n’est pas nommée en premier lieu mais prend sa place dans un ensemble. Ce qui est premier c’est l’écoute de l’Évangile, la foi confiante donnant lieu à un style de vie qui s’inscrit dans la communion, la mise en commun, la solidarité dans les joies et les peines, l’entraide mutuelle. Si cela existe, alors il devient possible de célébrer l’eucharistie, la fraction du pain qui aura le sens de signifier : voilà, ce que nous vivons et pour y arriver nous faisons mémoire de Jésus comme il nous a dit de le faire. Son souci était de fractionner le pain afin qu’il y en ait pour tout le monde, de mettre les gens en communion les uns avec les autres et nous pensons que vivre ainsi est l’avenir du monde. Pour autant, ce n’est pas « tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil » car d’aller ainsi, Jésus en est mort, il a donné sa vie pour être fidèle à sa mission d’Évangile.

Ainsi donc l’eucharistie ne peut pas être isolée de toute la pratique de l’Évangile, elle n’est pas un pur rite de piété. Nous aurons sans doute comme tâche de relancer la vie selon l’Évangile et pour cela de retourner aux fondations, revenir aux commencements. Que signifierait aller vers les commencements ? Dans sa finale, celle qui a été ajoutée au texte primitif, l’évangile de Marc dit ceci : « voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris ». Voilà un texte intrigant… Serait-ce de la mythologie naïve, dépassée ? Je serais curieux d’entendre ce que cela vous suggère et on pourra en reparler.

Fr. Hubert Thomas

Lectures de la messe :
Ex 24, 3-8
Ps 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18
He 9, 11-15
Mc 14, 12-16.22-26)

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