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Il nous arrive de faire de beaux projets, et puis un imprévu fait tout capoter … Cela arrive même dans la liturgie. Le projet de lecture continue de l’évangile selon St Matthieu devait commencer dimanche dernier avec le début du sermon sur la montagne, le texte bien connu des béatitudes – mais c’était le 2 février et nous avons donc célébré la Chandeleur. Raté le début du grand discours ! Il faut donc nous remettre à l’esprit que Jésus monte sur la montagne, comme l’avaient fait Moïse et Élie, et il enseigne ses disciples. « Heureux êtes-vous …, allez, en avant les pauvres, les artisans de paix, ceux qui savent pardonner, même si vous êtes persécutés … » N’oublions pas qu’au moment de la composition de cet évangile, dans la seconde moitié du premier siècle, les disciples du Christ commencent à être malmenés dans les synagogues et les communautés juives. Et pourtant, « vous êtes le sel de la terre, vous êtes le lumière du monde … » : des paroles stimulantes, des encouragements qui font du bien !

Nous en avons besoin, nous aussi, dans un environnement social moins violent mais pas toujours favorable.

« Vous êtes le sel, la lumière » : ce n’est pas un ordre, une tâche à accomplir, ce n’est pas « vous devez être ». C’est une constatation, une mise à l’honneur : vous êtes effectivement le sel, la lumière. Le sel d’abord : ce qui donne du goût à la vie, ce qui protège et conserve – car avant l’invention du congélateur, c’est dans les saloirs que les aliments étaient conservés. Et au temps de Jésus, d’autres usages encore : le sel pour fertiliser la terre, ou encore la ration quotidienne des militaires … ce qui est à l’origine du mot « salaire » !

« Vous êtes la lumière du monde » : nous savons combien la lumière est nécessaire et bienfaisante, nous apprécions les belles journées lumineuses que nous venons de connaître. Soyons heureux et fiers de l’amitié du Christ et de notre foi ! « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée » : peut-être Jésus évoquait-il une ville nouvelle, une sorte de ville-lumière qui venait d’être construite aux environs du lac ? La lumière n’est pas faite pour être cachée, elle doit rayonner. « Qu’ainsi votre lumière brille aux yeux des hommes ! »

Comment interpréter ces paroles pour aujourd’hui ?

Il ne s’agit pas de vouloir être des phares qui éblouissent, ni que le sel reste dans la salière ou au contraire envahisse la soupe ou la terre – comme dans cette mer qu’on appelle « la mer morte ». Une Eglise qui voudrait tout envahir et régenter, ou une Église qui se replierait sur elle-même n’aurait pas de sens. « Alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père des cieux » : en voyant le bien … L’important n’est pas qu’on nous remarque, que les chrétiens soient mis en vedette, mais qu’on sente les effets de leur présence et de leur action, comme on sent le goût qu’apporte le sel et qu’on se réjouit de la lumière. Que les disciples du Christ rendent le monde meilleur, la vie bonne ; qu’ils servent l’intérêt général et non leurs intérêts et profits particuliers, comme on le voit trop souvent dans l’actualité.

« Je ne suis pas venu chez vous avec le prestige du langage ou de la sagesse, écrit St Paul, mais je me suis présenté à vous dans la faiblesse, pour que votre foi repose non sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu ». Et déjà le prophète proclamait : « partage avec celui qui a faim, accueille le sans-abri, ne te dérobe pas à ton semblable … alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres ». Le rayonnement de la Bonne Nouvelle ne consiste pas en discours ou programmes extraordinaires. Il se résume à faire le bien. Ainsi se manifestent, à travers nos faiblesses, l’Esprit et sa puissance – comme l’écrit Paul.

Au cours de cette eucharistie, rendons gloire à notre Père qui est aux cieux pour tout ce qui se fait de bien en nous et autour de nous, pour tout ce qui donne sens et goût à la vie. Et souvenons-nous qu’à notre baptême on nous a remis un cierge allumé en disant : « Recevez la lumière du Christ et vivez en enfant de lumière ».

Abbé René Rouschop

Lectures de la messe :
Is 58, 7-10
Ps 111 (112),.4-5, 6-7, 8a.9
1 Co 2, 1-5
Mt 5, 13-16

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