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Goulwen Birot

Croire en la Résurrection ne fut pas évident pour Israël. Comme cela ne l’est pas pour nous ni pour nos contemporains ! C’est le fruit de tout un cheminement de foi élaboré peu à peu avec la grâce de Dieu, la méditation des Ecritures et le questionnement suscité par les diverses circonstances de la vie !

Dans un premier temps, Israël croyait que, dès ici bas, Dieu récompensait les justes en les comblant et punissait les pécheurs en leur envoyant des maux. Bref après la mort, il n’y a rien ! Le ps. 88 fait écho à cette conception : « Mon âme est rassasiée de maux et ma vie est au bord du shéol ; déjà compté comme descendu dans la fosse, je suis un homme fini ; congédié chez les morts, pareils aux tués qui gisent dans la tombe, eux dont tu n’as plus de souvenirs et qui sont retranchés de ta main. » ! Beaucoup de chrétiens aujourd’hui ne croient en aucune forme de vie après la mort. Pour eux tout se joue ici bas !

Dans la première lecture de ce jour, on n’en est plus là ! Face au choc provoqué par la culture grecque qui tente de s’imposer par la violence, des croyants juifs résistent au nom de leur foi en un Dieu fidèle même au-delà de la mort ! Ainsi Dieu récompensera la fidélité des martyrs en leur offrant la vie éternelle ! Vague survie après la mort pour les justes allant jusqu’au bout de leur fidélité à Dieu ! Pour eux, tous ne sont donc pas élus pour la vie éternelle ! Ebauche d’une conception qui deviendra plus tard celle des pharisiens ! Des psaumes rejoignent cette croyance : « Seigneur vers toi j’ai crié, et toi, mon Dieu, tu m’as guéri. Seigneur, tu as tiré mon âme des enfers, me ranimant d’entre ceux qui descendent à la fosse. » (ps. 29)

Au temps de Jésus, différents courants s’affrontaient dans le judaïsme à propos de la résurrection. L’évangile de ce jour, situe Jésus en pleine controverse ! Existence d’un judaïsme pluriel comme l’est l’Église aujourd’hui !

Je viens de le signaler, les pharisiens croyaient en la résurrection : Dieu a préparé pour ses élus une terre nouvelle. Dans ce jardin, tous les rêves d’ici-bas seront réalisés. Nous ressusciterons tels que nous sommes. D’où la question pernicieuse des sadducéens à propos d’une femme mariée successivement à sept maris ! « A la résurrection, duquel sera-telle l’épouse ? »

Vous l’auriez deviné, avec de tels propos, les sadducéens niaient la résurrection. Ils subirent fortement l’influence helléniste ! En recourant à la situation d’une veuve remariée sept fois, c’est par l’absurde qu’ils prouvent que la résurrection n’existe pas.

Comment, en pareille situation, Jésus pourra s’en sortir ?

D’abord, Jésus insiste sur la différence existant entre le monde d’ici-bas et les réalités à venir. Nos liens ne seront plus les mêmes. « Ceux qui auront part au monde à venir et à la résurrection ne prendront ni femme et mari car ils ne peuvent plus mourir. » Nous ressusciterons pour une autre vie qui fera de nous des fils et des filles de Dieu. Pour Jésus, il est impossible de se faire la moindre idée du monde à venir à partir des réalités que nous connaissons. Il n’entre donc pas dans la casuistique imposée par les sadducéens. Il affirme la résurrection en recourant à l’expérience de Moïse au buisson ardent où Dieu lui révèle son nom : « Je suis » dira-t-il ! (Ex. 3, 14) Il est le Dieu insondable face aux idoles qui ne sont pas. Il est le Dieu des pères d’Israël avec lesquels il a choisi de faire alliance. Celle-ci subsiste avec leur descendance alors qu’Abraham, Isaac et Jacob sont morts physiquement. Pour Jésus, Dieu ne brise jamais son alliance. La résurrection est l’œuvre de Dieu seul.

Croire à la résurrection ne répond pas à toutes les questions ! Comme l’a vécu Jésus, c’est entrer dans une attitude de confiance et d’espérance en un Dieu Père, en un Dieu qui a fait et continue de faire alliance avec les humains dans toutes les circonstances de leur vie. Pour Israël, à travers la Loi et les prophètes et pour ses disciples, à travers la personne du Christ. Tel sera le témoignage des Apôtres, lents à croire, bouleversés et transformés par la rencontre du Christ mort et rendu à la vie.

Si parfois le doute nous envahit, cette espérance, nourrie par l’Esprit de Jésus, plus forte que la mort, permet d’aller de l’avant et d’élargir encore notre compréhension de la résurrection. En effet avant de mourir, au cours d’un dernier repas partagé avec ses disciples, Jésus donna sens à ce qui allait suivre : une vie donnée non seulement pour les siens mais encore pour la multitude et pour les siècles des siècles. « Ceci est le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude…Vous ferez cela en mémoire de moi. » La résurrection apparaît ainsi comme don gratuit offert par Dieu à travers le Christ à tous les humains sans que ces derniers le méritent ! Le Corps et le Sang offerts à tous signifient que toute vie mérite d’être sauvée. Accepterons-nous ce don offert si nous arrivons devant Dieu avec les mains vides, sans rien avoir à échanger ?

Que l’Esprit Saint nous affermisse sur cette voie dès ici bas, qu’il conduise nos cœurs dans l’amour universel de Dieu et l’endurance du Christ ! Que la Parole de Dieu poursuive son œuvre en nous et nous rende davantage ses partenaires désireux qu’en tous et partout sa vie l’emporte sur les forces de mort !

Homélie inspirée des commentaires du « Feu Nouveau » 62/6 août-septembre 2019

Fr. Jean-Albert Dumoulin

Lectures de la messe :
2 M 7, 1-2.9-14
Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15
2 Th 2, 16 – 3, 5
Lc 20, 27-38

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