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S’il avait vécu à notre époque, saint Benoît aurait-il regardé la coupe du monde de foot ou aurait-il balayé d’un regard cette réalité ? Je pense qu’il aurait été intéressé par l’esprit d’équipe, par les relations entre les joueurs et leur entraîneur, par la capacité de s’effacer pour qu’une action  commune arrive au but : ne pas chercher à briller personnellement, mais chercher la réussite du groupe où chacun joue un rôle irremplaçable. Tout cela aurait fait écho à son projet humain et spirituel de vie monastique.

Ce qui motive les joueurs, c’est  sans doute le goût de la victoire, l’ambition, l’argent, le plaisir de pratiquer avec art ce qu’ils ont appris pendant des années. Toutes choses qui existent en chacun de nous. Or même si la technique est au top, l’entraînement parfait, le mental au beau fixe, pour gagner un match, il faut ce que les journalistes appellent les « dieux du foot », un brin de réussite ou de chance en plus. Bref, ce qui vient montrer la limite des préparations humaines. On ne peut maîtriser le réel.

Le disciple de saint Benoît est invité lui aussi à se préparer par l’accueil et l’écoute des préceptes, l’étude la sagesse, le désir de vérité, mais tant qu’il considérera cette quête comme une assimilation, une appropriation de savoir, une accumulation de lecture ou de pratiques, il restera dans un insatisfaction décevante. C’est seulement quand il comprendra le bienfait du dépouillement, le feeling d’une connivence fraternelle habitée par Dieu, quand il commencera à appeler, à demander, alors in entrera dans la perception paradoxale de l’immensité de Dieu (la crainte) et son incroyable proximité (la connaissance intime). C’est cette relation à Dieu vécue, savourée, chérie qui est le but de la  course pour saint Benoît. C’est cela qui peut nous faire dire : « nous pouvons tout quitter parce que là nous trouvons tout ».

C’est cette approche qui transfigure et illumine toutes nos autres relations : aux frères, aux sœurs, aux parents, aux enfants, aux collaborateurs, aux amis et même à ceux qu’on aime moins ou pas.

Ce trésor d’éternité, on ne peut le capter ni se l’accaparer, mais seulement le recevoir au cœur de cette rencontre. Si ton œil est simple, si, comme le Christ, « tu n’as pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu, alors tu peux te donner, te perdre pour tout gagner ».

Finalement, cette expérience nous unifie à l’image du Dieu Un et Trine, nous rend monos, moine pour aimer.

La  vie de saint Benoît est un festival de miracles, de prémonitions, de guérisons, d’actes symboliques, mais au cœur de tous ces rayons, au cœur du soleil, il y a un formidable travail intérieur exprimé dans la règle qui réconcilie tous ceux qui s’en approchent.

Saint Grégoire écrit : « Sache que l’homme de Dieu, parmi tant de miracles qui le firent connaitre au monde, brilla aussi par la doctrine. Il écrivit une règle des moines, magistralement conçue et clairement formulée. Quiconque veut connaître de plus près son caractère et sa vie, trouvera dans cette règle chaque trait du maître, car le saint homme n’a pu enseigner autrement qu’il ne vivait. »

Retournons encore et encore à cette source, à cette lumière, à ce fondement.

Fr. Renaud Thon

Lectures de la messe :
Pr 2, 1-9 ;
Ps 33 ;
Ph 1, 27 – 2, 18 ;
Mt 19, 27-29

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