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Nous sommes entrés hier dans la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Cette année, elle a été préparée par des chrétiens de Malte et on peut supposer qu’ils ont eu du plaisir à proposer à la méditation de toutes les Églises un texte biblique qui parle de leurs ancêtres. Dans les derniers chapitres du livre des Actes des Apôtres, en effet, Luc raconte comment le bateau qui le conduisait à Rome avec Paul et 274 autres personnes, a échoué sur une île. Et il écrit : Une fois hors de danger, nous avons appris que l’île s’appelait Malte. Les autochtones nous ont témoigné une humanité peu ordinaire. Nous en saurons davantage lors de la veillée de prière de jeudi prochain. Mais nous pouvons déjà retenir cet hommage rendu à des gens qui n’avaient pas encore reçu l’évangile : ils nous ont témoigné une humanité peu ordinaire. Ils n’étaient ni Juifs ni chrétiens, mais ils n’avaient pas attendu de l’être pour se montrer capables d’humanité. Prier pour l’unité, oser le dialogue, n’est-ce pas d’abord reconnaître que les autres, ceux qui ne pensent pas comme nous, ne sont pas moins bons que nous ? Chaque être humain n’est-il pas, de naissance et par définition, capable d’humanité ?

C’est peut-être à ce regard bienveillant et admiratif que nous introduit Jean-Baptiste. Il y a six semaines, il nous a dit des choses dures : « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Celui qui vient derrière moi vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner et il brûlera la paille au feu qui ne s’éteint pas. » Le feu, le feu, le feu, il n’avait que ce mot à la bouche. Le dimanche suivant, apprenant comment se comportait Jésus, il s’interrogeait : « Eh bien quoi ? Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Ça charbonne, là ! » Et aujourd’hui, le voilà tout radouci, comme s’il avait fini par se laisser convaincre. Sa cognée ne menace plus la racine des arbres. Jésus vient vers lui les mains vides et il ne lui demande pas s’il a oublié sa pelle à vanner. Il le désigne maintenant comme un agneau, qui enlève le péché au lieu de le punir. Il imaginait l’Esprit Saint comme un feu, qui brûle la paille et le bois stérile, il le compare désormais à une colombe. La colombe est devenue pour nous le symbole de la paix. Elle pourrait bien être d’abord, comme l’agneau, un symbole de la douceur. C’est le cardinal Danneels, si je me souviens bien, qui observait que les colombes se posent avec beaucoup de retenue : on dirait qu’elles craignent de blesser le sol. Le Jean-Baptiste du temps ordinaire n’est plus celui de l’avent : dans sa bouche, les symboles du jugement font place à ceux de la mansuétude.

Vous me direz qu’en parlant ainsi, je fais violence à la chronologie. Quand Jean-Baptiste s’est demandé, le troisième dimanche de l’avent, si Jésus était bien celui qu’il avait annoncé, il était déjà en prison. Aujourd’hui, la liturgie revient en arrière et nous ramène au bord du Jourdain. Celui dont nous parle ce matin l’évangile de Jean n’a pas eu le temps de changer depuis le temps où Matthieu nous l’a décrit, avec ses poils de chameau et son miel sauvage. C’est le même homme, à la même période de sa courte vie. Alors, comment se fait-il qu’il nous semble aujourd’hui si différent de celui qu’on nous a présenté en décembre ? La différence tient sans doute aux regards de Matthieu et de Jean, qui n’ont pas retenu du Baptiste les mêmes traits. Mais plus fondamentalement, ces différences nous rappellent à point nommé que Jean-Baptiste est plus que Jean-Baptiste. Comme chacun de ceux et de celles que nous rencontrons est plus que l’impression qu’il nous laisse d’abord. Personne ne se réduit à ce que nous savons de lui. L’autre ne se confond pas avec la caricature que je me suis faite de lui. Le dialogue, qu’il soit œcuménique ou non, est toujours un départ vers un inconnu, vers la part ignorée de l’autre. Et ceux que nous considérons comme de grands pécheurs, ceux qu’une certaine presse nous décrit comme des monstres, peuvent à l’occasion témoigner une humanité peu ordinaire.

Fr. François Dehotte

Lectures de la messe :
Is 49, 3.5-6
Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd
1 Co 1, 1-3
Jn 1, 29-34

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