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Marie était une jeune fille accordée en mariage à Joseph. Comme ils étaient jeunes, ils ne vivaient pas encore ensemble comme cela se faisait à cette époque. Marie ne demandait rien, elle voulait simplement se marier, donner des enfants à son futur époux, les élever dans la foi de ses ancêtres. Elle appartient à la grande lignée des femmes de sa culture, des femmes de sa lignée !

Et puis, l’inédit surgit, une expérience inattendue, mystérieuse se produit. Pour essayer de la décrire, Luc recourt à l’irruption brutale de l’ange Gabriel, messager inquiétant dans la vie prévisible d’une jeune fiancée et de son fiancé. S’adressant à Marie, ce messager est porteur d’une parole mystérieuse : « Sois joyeuse et sans crainte !  Le Seigneur est avec toi. Voici que tu concevras en ton sein un fils et tu lui donneras le nom de Jésus » (Lc 1, 28-31). Il n’est plus question de suivre les lignes tracées par les générations précédentes. « Il s’agit d’un face-à-face, droit dans les yeux », pour reprendre l’expression de Marion Muller Collard. Il s’agit de dire oui à la condition humaine inédite d’intranquillité qui va s’en suivre.

Certes dans la tradition des pères, il a déjà eu des naissances mystérieuses chez des parents âgés tels Sara et Abraham ou chez des mères stériles, telle Anne, la mère de Samuel. Suggérant ainsi que les héros de l’histoire d’Israël ont été donnés par Dieu lui-même. Mais quand cela lui arrive, Marie est surprise : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1,34). L’ange a bien glissé le mot grâce dans sa salutation et il le réemploie pour justifier à Marie qu’elle ne doit pas avoir peur : « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30). Mais la grâce donnée par Dieu signifie-t-elle la paix ? Le « oui » que Marie s’apprête à dire à l’ange est le début d’un basculement dont elle sait d’ores et déjà que rien ne sera plus comme avant. Marie ne peut qu’espérer et consentir qu’elle s’en tirera.

Dans la première lecture, David avait un projet louable : construire un temple pour Dieu alors que l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » (2 Sa 7,2). Mais la tentation est grande qu’un jour David utilise le temple pour consolider sa royauté et asseoir son pouvoir aux yeux d’Israël et des peuples étrangers ! Tentation toujours actuelle chez des chefs d’État ! D’ailleurs à travers le prophète Nathan, Dieu pose la question suivante : « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? » (2 Sa 7, 5b) Dieu n’a jamais demandé cela dans le passé, Il a toujours cheminé avec son peuple. Dans l’évangile de Jean, nous trouvons cette même méfiance à propos d’un lieu de culte. À la question de la Samaritaine, s’il faut adorer Dieu sur le mont Garizim ou à Jérusalem, Jésus répondra que les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité (Jn 4, 23a). Assigner à Dieu un lieu spécifique est contraire à ce qui a toujours été. Paroles encourageantes et stimulantes en ces temps de pandémie durant lesquels, nous sommes privés des lieux de cultes et des célébrations habituelles !

Si Dieu refuse la réalisation du projet de David, par contre il s’engage vis-à-vis de ce dernier : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je susciterai dans ta descendance un successeur… Moi je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils » (2 Sa 7, 12-16). Relecture faite par les premières communautés chrétiennes !

À travers le récit de l’annonciation et la réponse de Marie : «  Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole », Luc nous introduit, me semble-t-il, dans la réalisation de la promesse faite par Dieu à David. Pour conclure, je reviens à Marion Muller-Collard : « Dieu se laisse mettre au monde par le corps d’une femme, révolution religieuse qui ne laissera personne tranquille après elle. Ni Jésus, ni sa mère, ni son père voué au scandale et à l’adoption. Ni les athées agacés, ni les croyants déroutés » (p. 54 ) que nous sommes

Fr. Jean-Albert Dumoulin

Extraits de : « L’intranquillité » de Marion Muller Collard

Lectures du jour :
2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16
Ps 88 (89), 2-3, 4-5, 27.29
Rm 16, 25-27
Lc 1, 26-38

© 2016 - Monastère Saint-Remacle de Wavreumont

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